Les 21 premiĂšres Ă©ditions dâEatâs Business en 2026 font apparaĂźtre plusieurs mouvements de fond qui dĂ©passent largement les effets de mode alimentaires.
DerriÚre le succÚs des fibres, des protéines ou de nouveaux formats de restauration, une transformation plus profonde est en cours. Le systÚme alimentaire doit simultanément répondre à des exigences parfois contradictoires : produire à des prix accessibles, mieux rémunérer les agriculteurs, réduire son empreinte environnementale, améliorer la qualité nutritionnelle des produits et conserver une industrie compétitive.
Au fil de cet été, je vous propose une rétrospective via 5 grands dossiers qui vont permettre de raconter ces mutations.
Agriculteurs, industriels, commerçants et distributeurs disent tous subir une pression croissante. Pourtant, les prix alimentaires augmentent et le sentiment dâun partage injuste de la valeur persiste. Pour comprendre ce paradoxe, il faut regarder au-delĂ des seules marges de la grande distribution.
Lorsquâun consommateur achĂšte un litre de lait, un paquet de biscuits ou une barquette de viande, il est bien incapable de savoir comment son argent sera rĂ©parti. Quelle somme reviendra Ă lâagriculteur ? Combien servira Ă transformer, emballer et transporter le produit ? Que conservera le magasin aprĂšs avoir payĂ© ses salariĂ©s, son loyer, son Ă©nergie et ses invendus ?
La question revient Ă chaque poussĂ©e dâinflation et Ă chaque mobilisation agricole. Les producteurs expliquent quâils vendent parfois sans couvrir leurs charges. Les industriels mettent en avant le coĂ»t des matiĂšres premiĂšres, de lâĂ©nergie et des emballages. Les distributeurs, eux, assurent quâils rĂ©duisent leurs marges pour dĂ©fendre le pouvoir dâachat.
Tout le monde semble donc perdant. Mais les consommateurs paient plus cher. Câest ce paradoxe, et surtout lâopacitĂ© qui lâentoure, qui a conduit le SĂ©nat Ă enquĂȘter sur la formation des prix alimentaires.
Ce que lâenquĂȘte du SĂ©nat a mis au jour
Dans la newsletter 2026-02, Le Monde prĂ©sente la commission dâenquĂȘte sĂ©natoriale créée pour Ă©tudier les marges des industriels et de la grande distribution.
Les sĂ©nateurs veulent notamment mesurer lâefficacitĂ© des lois Egalim, adoptĂ©es Ă partir de 2018 pour mieux protĂ©ger la rĂ©munĂ©ration agricole. Sur le papier, leur principe paraĂźt assez simple : le prix payĂ© au producteur doit davantage tenir compte de ses coĂ»ts et ne plus servir de variable dâajustement pendant les nĂ©gociations entre industriels et distributeurs.
Dans la pratique, le rĂ©sultat est beaucoup moins Ă©vident. La succession des lois a rendu le cadre particuliĂšrement complexe, tandis que lâinflation, la guerre en Ukraine et la volatilitĂ© des matiĂšres premiĂšres ont brouillĂ© les comparaisons. Lorsquâun prix augmente en magasin, il devient difficile de dĂ©terminer ce qui revient Ă lâagriculteur, Ă lâindustriel ou au distributeur.
La commission examine Ă©galement le seuil de revente Ă perte majorĂ© de 10 %, plus connu sous le nom de « SRP +10 ». Ce dispositif garantit aux enseignes une marge minimale sur certains produits alimentaires. LâidĂ©e Ă©tait quâen leur accordant un peu dâair sur leurs prix de vente, elles exerceraient moins de pression sur leurs fournisseurs.
Plusieurs annĂ©es aprĂšs sa mise en place, rien ne permet pourtant dâaffirmer que cette marge supplĂ©mentaire est vĂ©ritablement redescendue jusquâaux exploitations agricoles.
Les conclusions de lâenquĂȘte sont prĂ©sentĂ©es quelques mois plus tard dans la newsletter 2026-16, toujours Ă partir dâun article du Monde. AprĂšs prĂšs de 190 auditions, les sĂ©nateurs dĂ©crivent un systĂšme dominĂ© par un petit nombre de centrales dâachat disposant dâun poids considĂ©rable face aux producteurs et aux industriels.
Selon les chiffres citĂ©s, sur 100 euros dĂ©pensĂ©s dans lâalimentation, environ 8 euros reviendraient aux agriculteurs, contre prĂšs de 40 euros Ă la distribution.
Cette comparaison est spectaculaire, mais elle mĂ©rite une prĂ©cision. Les 40 euros perçus par la distribution ne correspondent pas Ă son bĂ©nĂ©fice. Ils servent Ă©galement Ă financer les magasins, les entrepĂŽts, les salariĂ©s, le transport, lâĂ©lectricitĂ© et les invendus. Comparer directement cette somme aux 8 euros de lâagriculture peut donc donner une vision un peu trompeuse de la rentabilitĂ© de chacun.
Il nâen reste pas moins que la faiblesse de la part agricole pose problĂšme. Le premier maillon de la chaĂźne, celui sans lequel aucun produit nâexisterait, reste aussi lâun des plus exposĂ©s aux alĂ©as climatiques, aux variations des cours et aux hausses de charges.
Le rapport insiste surtout sur le dĂ©sĂ©quilibre du pouvoir de nĂ©gociation. Un industriel peut difficilement renoncer Ă plusieurs milliers de points de vente. Une centrale, en revanche, peut menacer de rĂ©duire la prĂ©sence dâune marque ou de retirer certaines rĂ©fĂ©rences des rayons. MĂȘme lorsquâelle nâest pas mise Ă exĂ©cution, cette menace suffit Ă peser sur la discussion.
Les alliances dâachat europĂ©ennes compliquent encore la situation. Elles permettent aux enseignes de se regrouper pour nĂ©gocier avec de trĂšs grands fournisseurs comme NestlĂ©, Coca-Cola ou Unilever. Mais ce pouvoir peut aussi sâexercer contre des entreprises beaucoup plus petites.
Ces centrales facturent par ailleurs diffĂ©rents services : accĂšs Ă des donnĂ©es, participation Ă des campagnes commerciales, rĂ©fĂ©rencement dans plusieurs pays ou meilleure visibilitĂ© des produits. Une prestation rĂ©elle peut Ă©videmment ĂȘtre payante. La situation devient plus discutable lorsque le fournisseur ne peut pas vraiment la refuser ou lorsque son prix paraĂźt sans rapport avec le service rendu.
Les anciennes « marges arriĂšre », que les rĂ©formes successives Ă©taient censĂ©es limiter, nâont peut-ĂȘtre pas totalement disparu. Elles ont surtout changĂ© de forme.
Les industriels subissent eux aussi la hausse des coûts
PrĂ©senter le distributeur comme lâunique gagnant et lâindustriel comme un simple intermĂ©diaire serait toutefois trop facile.
Dans la newsletter 2026-11, Le Figaro examine le cas de Savencia, propriétaire notamment de Caprice des Dieux, St MÎret, Valrhona et Weiss.
En 2025, le prix du lait a dĂ©passĂ© 500 euros la tonne en moyenne, soit une progression de 43 % par rapport Ă 2020. Le chiffre dâaffaires de Savencia a lĂ©gĂšrement augmentĂ©, mais son rĂ©sultat opĂ©rationnel a reculĂ© de 10 % et son bĂ©nĂ©fice net de plus de 30 %.
Cet exemple rappelle une Ă©vidence souvent oubliĂ©e : une hausse du chiffre dâaffaires ne signifie pas que lâentreprise gagne davantage dâargent. Elle peut simplement reflĂ©ter lâaugmentation du coĂ»t des matiĂšres premiĂšres rĂ©percutĂ©e, en partie seulement, dans les tarifs.
Savencia explique ne pas avoir obtenu toutes les hausses demandées lors de ses négociations avec les distributeurs français. Le groupe se retire donc de certaines activités peu rentables, notamment de contrats de marques de distributeur, et cherche à vendre davantage de produits haut de gamme aux restaurateurs et aux professionnels.
Cette stratĂ©gie soulĂšve une question dĂ©licate. Lorsquâun industriel rĂ©clame une hausse de prix, quelle part est rĂ©ellement destinĂ©e Ă rĂ©munĂ©rer la matiĂšre premiĂšre agricole ? Quelle part compense lâĂ©nergie, les salaires ou les emballages ? Et quelle part sert Ă prĂ©server sa marge ?
Les distributeurs demandent des justificatifs, ce qui peut paraĂźtre lĂ©gitime. Mais les industriels craignent de dĂ©voiler des informations stratĂ©giques Ă des interlocuteurs qui commercialisent aussi leurs propres marques concurrentes. La transparence rĂ©clamĂ©e par les uns peut donc ĂȘtre vĂ©cue comme une mise Ă nu par les autres.
Réduire sa dépendance aux grandes surfaces
Les industriels tentent aussi de trouver dâautres dĂ©bouchĂ©s. Dans la newsletter 2026-18, Les Ăchos expliquent comment les grands groupes agroalimentaires cherchent Ă renforcer leur prĂ©sence dans la restauration hors domicile.
Cette catégorie réunit les restaurants, les hÎtels, les cantines, la restauration collective et les autres circuits de consommation hors foyer. Elle offre aux fabricants un moyen de réduire leur exposition aux négociations annuelles avec les grandes surfaces.
Les produits destinés aux professionnels sont souvent plus techniques et moins directement comparables. Un chocolat de couverture vendu à un pùtissier, un fromage conçu pour la restauration ou une sauce conditionnée pour une cuisine collective ne se retrouvent pas nécessairement face à dix équivalents parfaitement substituables.
Les discussions ne se rĂ©sument donc pas toujours Ă quelques centimes sur le prix dâune rĂ©fĂ©rence standardisĂ©e. La qualitĂ© du service, la rĂ©gularitĂ© des approvisionnements, le conseil technique et la capacitĂ© dâinnovation entrent aussi en ligne de compte.
Cette stratégie ne fera évidemment pas disparaßtre la grande distribution. Pour la plupart des industriels, elle restera le principal accÚs aux consommateurs. Mais disposer de plusieurs débouchés permet de négocier avec un peu moins de dépendance.
Le mouvement rĂ©vĂšle Ă©galement quelque chose de plus profond : lorsque les relations commerciales deviennent trop tendues, chaque acteur cherche Ă contourner lâautre. Les industriels se tournent vers les restaurants, les producteurs dĂ©veloppent la vente directe et les distributeurs renforcent leurs marques propres.
à force de vouloir réduire sa dépendance, chacun finit par empiéter sur le métier de son voisin.
Les commerces alimentaires cherchent eux aussi de nouvelles marges
La pression ne sâarrĂȘte pas aux portes des usines. Les commerces alimentaires doivent Ă©galement composer avec la hausse des coĂ»ts, la stagnation des volumes et une concurrence de plus en plus large.
Dans la newsletter 2026-05, Les Ăchos sâintĂ©ressent aux nouveaux relais de croissance recherchĂ©s par les boulangeries françaises.
AprĂšs plusieurs annĂ©es dâexpansion, le nombre de boulangeries indĂ©pendantes recule. Le secteur doit faire face Ă lâaugmentation du coĂ»t de lâĂ©nergie et des matiĂšres premiĂšres, mais aussi Ă la concurrence des chaĂźnes, des coffee shops, de la restauration rapide et des rayons boulangerie de la grande distribution.
Vendre du pain et des viennoiseries ne suffit plus toujours Ă assurer la rentabilitĂ© dâun Ă©tablissement. Les boulangeries dĂ©veloppent donc le snacking, les plats chauds, les brunchs, les recettes Ă©trangĂšres ou encore une activitĂ© de traiteur pour les entreprises.
Les chaĂźnes comme Marie BlachĂšre, Paul ou Ange disposent dâune capacitĂ© dâinvestissement et dâun maillage territorial difficiles Ă Ă©galer pour un artisan isolĂ©. Elles peuvent mutualiser les achats, standardiser la production et choisir des emplacements Ă fort passage.
Cet exemple montre que la concentration ne concerne pas uniquement les supermarchés. Elle gagne aussi les commerces de proximité. Partout, la taille devient un avantage pour négocier, investir et absorber les hausses de coûts.
La recherche de marges ne signifie dâailleurs pas nĂ©cessairement augmenter brutalement les prix. Elle peut consister Ă Ă©largir les horaires, vendre davantage de produits Ă forte valeur ajoutĂ©e ou trouver de nouveaux clients. Mais cette diversification rend aussi le mĂ©tier plus complexe : un boulanger doit parfois devenir restaurateur, traiteur et gestionnaire de plusieurs points de vente pour continuer Ă vivre de son activitĂ© initiale.
Les actionnaires participent aussi au partage de la valeur
Agriculteurs, industriels et distributeurs ne sont pas les seuls acteurs Ă prendre en compte. Les propriĂ©taires des entreprises et les fonds dâinvestissement influencent eux aussi les choix de prix, de marges et dâinvestissement.
Dans la newsletter 2026-20, Food Navigator analyse la place croissante du capital-investissement dans lâindustrie agroalimentaire.
Les fonds ciblent notamment les marques spécialisées, les ingrédients à forte valeur ajoutée et les activités dont les grands groupes veulent se séparer. Ils peuvent apporter les capitaux nécessaires pour moderniser une usine, développer une jeune marque ou financer une expansion internationale.
Leur intervention nâest donc pas forcĂ©ment synonyme de rĂ©duction des coĂ»ts Ă court terme. Certaines entreprises bĂ©nĂ©ficient rĂ©ellement de ces investissements pour changer dâĂ©chelle.
Mais les fonds attendent aussi une rentabilitĂ© et une possibilitĂ© de revendre leur participation. Cette logique peut accĂ©lĂ©rer les restructurations, les cessions dâactivitĂ©s et la recherche de marges plus Ă©levĂ©es.
Lorsquâun groupe agroalimentaire ferme un site, simplifie une gamme ou abandonne un contrat jugĂ© insuffisamment rentable, la dĂ©cision ne vient pas toujours uniquement de la pression des distributeurs. Elle peut Ă©galement rĂ©pondre aux attentes de ses actionnaires.
Ajouter les investisseurs Ă lâanalyse permet donc dâĂ©viter une vision trop simple de la chaĂźne alimentaire. La valeur ne circule pas seulement du consommateur vers lâagriculteur, lâindustriel et le magasin. Une partie sert aussi Ă rĂ©munĂ©rer le capital engagĂ© dans les entreprises.
La vraie question est celle de lâĂ©quilibre : combien faut-il distribuer aux actionnaires et combien faut-il conserver pour moderniser les outils, payer les salariĂ©s, accompagner les producteurs ou amĂ©liorer les produits ?
Peut-on construire le prix autrement ?
Certaines initiatives tentent de modifier non pas le rapport de force, mais la maniÚre dont le prix est défini.
Dans la newsletter 2026-14, Le Monde revient sur les dix premiĂšres annĂ©es de « Câest qui le patron ?! ».
La marque est nĂ©e pendant une crise laitiĂšre, alors que de nombreux Ă©leveurs vendaient leur production Ă un prix insuffisant pour couvrir leurs charges. Son principe consiste Ă faire participer les consommateurs Ă la dĂ©finition du produit : origine du lait, alimentation des animaux, durĂ©e dâengagement et niveau de rĂ©munĂ©ration du producteur.
Le prix lĂ©gĂšrement supĂ©rieur nâest plus prĂ©sentĂ© comme une hausse imposĂ©e, mais comme le rĂ©sultat de choix comprĂ©hensibles. Quelques centimes supplĂ©mentaires permettent, par exemple, dâassurer un revenu plus stable aux Ă©leveurs.
Le succĂšs de la marque montre quâune partie des consommateurs accepte de payer davantage lorsquâelle sait oĂč va lâargent. Le public ne recherche donc pas systĂ©matiquement le prix le plus bas. Il refuse surtout de payer plus sans comprendre pourquoi.
Le modĂšle rencontre nĂ©anmoins une limite Ă©vidente : tous les mĂ©nages ne disposent pas de la mĂȘme marge de manĆuvre. Une diffĂ©rence de quelques centimes paraĂźt minime sur un produit, mais devient significative lorsquâelle sâapplique Ă lâensemble du panier.
La transparence peut justifier un écart de prix. Elle ne le rend pas automatiquement accessible.
Le commerce Ă©quitable change dâĂ©chelle
Le commerce Ă©quitable propose une autre maniĂšre de sĂ©curiser la rĂ©munĂ©ration des producteurs. Dans la newsletter 2026-20, Les Ăchos annoncent que ses ventes ont atteint 3,2 milliards dâeuros en France en 2025, en hausse de 23 % sur un an.
Pour la premiĂšre fois, les filiĂšres françaises dĂ©passent lĂ©gĂšrement en valeur les filiĂšres tropicales. Le commerce Ă©quitable ne concerne donc plus seulement le cafĂ©, le cacao ou les bananes. Il sâĂ©tend au lait, Ă la farine, aux produits de boulangerie et Ă diffĂ©rentes productions agricoles françaises.
Cette progression montre que la rĂ©munĂ©ration du producteur peut devenir un vĂ©ritable argument commercial, au mĂȘme titre que lâorigine, le bio ou la qualitĂ© nutritionnelle.
Plus de la moitiĂ© des ventes Ă©quitables sont dĂ©sormais rĂ©alisĂ©es dans les grandes et moyennes surfaces. Câest Ă la fois une rĂ©ussite et un paradoxe : les enseignes rĂ©guliĂšrement accusĂ©es de comprimer les prix deviennent aussi le principal canal de diffusion de produits promettant une rĂ©munĂ©ration plus juste.
Tout dĂ©pend donc des conditions dans lesquelles ces rĂ©fĂ©rences sont nĂ©gociĂ©es et mises en rayon. Un label Ă©quitable nâa de sens que si la somme supplĂ©mentaire payĂ©e par le consommateur revient effectivement aux producteurs et nâest pas absorbĂ©e ailleurs dans la chaĂźne.
Le commerce Ă©quitable ne remplacera probablement pas le fonctionnement habituel du marchĂ© alimentaire. Avec 2,3 % des ventes, il reste minoritaire. Mais sa croissance prouve quâun autre rĂ©cit sur les prix est possible.
PlutĂŽt que de prĂ©senter le tarif comme le rĂ©sultat incomprĂ©hensible dâune nĂ©gociation entre professionnels, il explique ce quâil finance et les engagements qui lui sont associĂ©s.
Sortir de la guerre de tous contre tous
Lâexamen de ces diffĂ©rents articles ne dĂ©signe pas un gagnant unique qui capterait toute la valeur.
Les agriculteurs subissent les alĂ©as climatiques et lâaugmentation de leurs charges. Les industriels doivent financer leurs usines, leurs salariĂ©s et leurs innovations. Les commerçants affrontent la hausse des coĂ»ts et la concentration du marchĂ©. Les distributeurs paient leurs magasins, leur logistique et leurs invendus, tout en se livrant une guerre des prix. Les actionnaires, enfin, attendent une rĂ©munĂ©ration des capitaux investis.
Cela ne signifie pas que le partage actuel soit juste. Cela montre simplement quâil ne suffit pas de chercher un coupable unique.
La recherche du prix le plus bas protĂšge immĂ©diatement le pouvoir dâachat. Mais poussĂ©e trop loin, elle peut empĂȘcher les agriculteurs de vivre de leur travail, les industriels dâinvestir et les commerces indĂ©pendants de rĂ©sister. Ă lâinverse, demander aux consommateurs de payer systĂ©matiquement plus cher sans leur garantir la destination de cet argent ne constitue pas davantage une solution.
Les expĂ©riences de « Câest qui le patron ?! » et du commerce Ă©quitable ouvrent une piste intĂ©ressante : le consommateur peut accepter un prix supĂ©rieur lorsquâil comprend ce quâil finance, quâil a confiance dans le mĂ©canisme et quâil en a les moyens.
Câest probablement lĂ que se trouve le principal enjeu. Le dĂ©bat ne doit pas seulement porter sur la taille de la part captĂ©e par chaque acteur, mais sur ce que cette part permet de payer, sur le pouvoir exercĂ© pendant la nĂ©gociation et sur la personne qui assume le risque lorsque les coĂ»ts augmentent.
Le systĂšme alimentaire est devenu tellement complexe que chacun peut affirmer ĂȘtre perdant sans que le consommateur parvienne Ă vĂ©rifier oĂč passe son argent. Avant mĂȘme de mieux rĂ©partir la valeur, il faudra donc commencer par la rendre beaucoup plus visible.
Câest tout pour aujourdâhui.
On se retrouve dans une semaine avec le dernier dossier qui sera consacrĂ© aux nouveaux modĂšles de lâalimentation.
Si vous apprĂ©ciez cette newsletter nâhĂ©sitez pas Ă la partager.
Et si vous voulez vous pouvez mĂȘme me payer un cafĂ© ;-)
A la semaine prochaine!
O. Frey

