đŸđđ Eat's business đđ·đ§ 2026-02
Bonjour Ă toutes et Ă tous, Eatâs Business est une newsletter dans laquelle vous trouverez une revue de presse de quelques articles sur le monde de lâalimentaire qui mâont semblĂ© intĂ©ressants dans la semaine prĂ©cĂ©dente.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Le Figaro, «Un pays qui ne se nourrit plus lui-mĂȘme» : comment la France agricole est tombĂ©e de son piĂ©destal, 09/01/2026
Les Ăchos, Dry January : comment le secteur sâadapte Ă la dĂ©saffection des consommateurs pour lâalcool, 09/01/2026
Financial Times, The unstoppable rise of the âsuperberryâ, 03/01/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
Le Figaro, «Un pays qui ne se nourrit plus lui-mĂȘme» : comment la France agricole est tombĂ©e de son piĂ©destal, 09/01/2026
Lâagriculture française, longtemps fleuron Ă©conomique et pilier de lâexcĂ©dent commercial national, traverse une crise sans prĂ©cĂ©dent. Pour la premiĂšre fois depuis 1978, le secteur agroalimentaire pourrait basculer dans le rouge en 2025, selon les projections du ministĂšre de lâAgriculture. AprĂšs avoir Ă©tĂ© divisĂ© par 2 entre 2022 et 2024 (de 10,2 Ă 4,9 milliards dâeuros), lâexcĂ©dent commercial sâest encore effondrĂ© de 87 %, en 2025 pour atteindre seulement 715 millions dâeuros Ă fin octobre.
Trois piliers historiquement forts â cĂ©rĂ©ales, vins et spiritueux, produits laitiers â sont directement touchĂ©s. La mauvaise rĂ©colte de 2024 a fortement affaibli la commercialisation de cĂ©rĂ©ales, dĂ©jĂ fragilisĂ©e par des tensions diplomatiques avec lâAlgĂ©rie, premier client du secteur. Les vins et spiritueux ont souffert dâune fermeture partielle du marchĂ© chinois et de nouvelles barriĂšres douaniĂšres aux Ătats-Unis, aggravĂ©es par un ralentissement structurel de la consommation dâalcool. Le lait et les produits laitiers, Ă©galement visĂ©s par des hausses tarifaires, contribuent pour un quart Ă la chute des exportations.
Au-delĂ des alĂ©as conjoncturels, le recul de la France repose sur des problĂšmes structurels de compĂ©titivitĂ©. Dominique ChargĂ© (La CoopĂ©ration Agricole) alerte : un dĂ©ficit commercial signifie que la France ne parvient plus Ă se nourrir elle-mĂȘme. Depuis 2015, le pays est en dĂ©ficit alimentaire vis-Ă -vis de ses voisins europĂ©ens. Les causes sont multiples : alĂ©as climatiques (sĂ©cheresses, gel, inondations), accumulation de normes environnementales plus strictes quâailleurs (ex. : interdiction de lâacĂ©tamipride ou des nĂ©onicotinoĂŻdes), lourdeurs administratives et coĂ»ts de production Ă©levĂ©s.
La stratĂ©gie de montĂ©e en gamme, initiĂ©e aprĂšs les Ătats gĂ©nĂ©raux de lâalimentation de 2017, sâest heurtĂ©e Ă la rĂ©alitĂ© de lâinflation post-crise ukrainienne. Les consommateurs, en quĂȘte de prix bas, se tournent vers des produits importĂ©s, malgrĂ© leur attachement affichĂ© au « made in France ». RĂ©sultat : 70 % des fruits, 30 % des lĂ©gumes et 50 % de la volaille consommĂ©s en France sont dĂ©sormais importĂ©s. Le taux dâimportation du poulet a doublĂ© depuis les annĂ©es 2000.
Ă cela sâajoute un enjeu dĂ©mographique critique : prĂšs de la moitiĂ© des fermes françaises nâont pas encore de repreneur. Les rĂ©formes agricoles rĂ©centes, dont la loi Duplomb, pourraient lever certains blocages. Mais le redressement de la ferme France nĂ©cessite des dĂ©cisions urgentes pour enrayer ce dĂ©clin historique.
Le Figaro, Le bouillon, la nouvelle potion magique, 01/01/2026
Dans un contexte de retour au naturel et au rĂ©confort alimentaire, le bouillon connaĂźt une renaissance remarquable. Longtemps cantonnĂ© Ă un rĂŽle de plat de convalescence ou de recette mĂ©nagĂšre hivernale, il revient dĂ©sormais en force dans les cuisines des grands chefs, chez les artisans du goĂ»t, mais aussi chez les consommateurs en quĂȘte dâalimentation saine et ressourçante. Jennifer Hart-Smith, naturopathe et auteure du livre âBouillons bienfaisantsâ, en fait un symbole universel de chaleur et de bien-ĂȘtre, Ă la maniĂšre dâune madeleine de Proust culinaire. Cette rĂ©surgence sâinscrit aussi dans une tendance globale observĂ©e notamment dans le monde anglo-saxon depuis plusieurs annĂ©es.
Ce succĂšs nâest pas uniquement dĂ» Ă la nostalgie : la richesse nutritionnelle du bouillon, en particulier celui Ă base dâos, est largement plĂ©biscitĂ©e. Source de collagĂšne, glucosamines et autres nutriments essentiels, il est perçu comme un alliĂ© du systĂšme digestif, des articulations et de la peau. Sans ĂȘtre un mĂ©dicament, il agit comme un soutien naturel de lâorganisme. Les chefs, quant Ă eux, sâen emparent pour enrichir leur palette crĂ©ative. Manon Fleury, cheffe du restaurant Datil, en fait un marqueur fort de son identitĂ© culinaire axĂ©e sur le vĂ©gĂ©tal et le zĂ©ro dĂ©chet, avec des recettes aussi originales que du bouillon dâĂ©pluchures de pommes de terre.
Le bouillon reprĂ©sente aussi une rĂ©ponse aux enjeux Ă©conomiques et environnementaux. Peu onĂ©reux Ă produire, simple Ă rĂ©aliser, il permet de valoriser les restes, les parures et les lĂ©gumes de saison, parfois exclus des circuits de distribution classiques. Des entreprises comme Dohatsu, lancĂ©e en 2022, sâinscrivent dans cette logique vertueuse en proposant des bouillons artisanaux Ă base dâingrĂ©dients bio, locaux et en circuits courts. Le procĂ©dĂ© de cuisson au bain-marie pendant de longues heures garantit lâextraction optimale des nutriments, tout en sâadaptant aux contraintes Ă©nergĂ©tiques actuelles.
En somme, le bouillon se rĂ©invente comme une potion moderne, Ă la croisĂ©e du bien-ĂȘtre, de la durabilitĂ© et de la gastronomie. Ă la fois simple et sophistiquĂ©, traditionnel et innovant, il incarne parfaitement lâĂ©volution de nos habitudes alimentaires vers plus de sens et dâauthenticitĂ©.
Libération, «On a de bonnes terres, du bon lait...» : comment la mozzarella devient un fromage français, 03/01/2026
Traditionnellement associĂ©e Ă lâItalie, la mozzarella connaĂźt une transformation significative en France. Ă la faveur dâun engouement croissant pour ce fromage frais et consensuel, de plus en plus de producteurs artisanaux se lancent dans sa fabrication locale. Ce changement de paradigme permet non seulement une fraĂźcheur accrue du produit mais aussi une meilleure traçabilitĂ©, en opposition avec certaines pratiques industrielles italiennes ou allemandes dĂ©noncĂ©es pour leur opacitĂ© sur lâorigine du lait.
Les Français, grands amateurs de fromages, plĂ©biscitent la mozzarella pour sa douceur, sa lĂ©gĂšretĂ© et sa polyvalence en cuisine. DeuxiĂšme pays consommateur aprĂšs lâItalie, la France voit Ă©merger une production artisanale dynamique. Des marques comme Nanina ou des fermes comme Le Champ des Bufflonnes dans les Landes valorisent le lait local, parfois mĂȘme de bufflonnes Ă©levĂ©es en pĂąturage tournant. Le rĂ©sultat : une mozzarella plus ferme, Ă©lastique, et souvent supĂ©rieure en goĂ»t aux versions industrielles importĂ©es, parfois molles ou insipides du fait des longs dĂ©lais de transport.
Cette nouvelle vague artisanale repose sur une vĂ©ritable exigence qualitative. Le lait utilisĂ© provient de troupeaux locaux, souvent nourris Ă lâherbe, et la fabrication sâinscrit dans une logique durable et respectueuse du bien-ĂȘtre animal. Toutefois, le terme « mozzarella » nâĂ©tant pas protĂ©gĂ© comme une AOP, il reste sujet Ă des dĂ©tournements marketing. Les artisans français profitent donc dâune certaine libertĂ©, mais doivent aussi faire face Ă une concurrence industrielle fĂ©roce, notamment celle du gĂ©ant Galbani, leader du marchĂ© avec plus de 50 000 tonnes vendues en France en 2025.
Au-delĂ du goĂ»t, cette production française est un enjeu de souverainetĂ© alimentaire et de relocalisation. Elle permet de valoriser des filiĂšres laitiĂšres françaises, souvent fragilisĂ©es, et de rĂ©pondre Ă une demande de transparence accrue des consommateurs. MĂȘme si elle reste encore de niche, la mozzarella made in France gagne du terrain, Ă travers les circuits courts, les marchĂ©s locaux, les crĂ©miers ou les restaurateurs engagĂ©s.
La saisonnalitĂ© du lait et la diversitĂ© des recettes permettent aussi de consommer la mozzarella toute lâannĂ©e, y compris en hiver, dans des plats chauds ou gratinĂ©s. Ă terme, elle pourrait bien se hisser au mĂȘme rang que les fromages traditionnels français dans le cĆur des consommateurs.
Le Monde, Agroalimentaire : des sénateurs déterminés à faire la lumiÚre sur les marges des industriels et des distributeurs, 07/01/2026
Face aux tensions croissantes dans le secteur agricole, une commission dâenquĂȘte sĂ©natoriale, initiĂ©e par le groupe Ăcologiste-SolidaritĂ© et territoires, a Ă©tĂ© mise en place pour examiner les marges rĂ©alisĂ©es par les industriels de lâagroalimentaire et les distributeurs. Cette initiative intervient alors que les nĂ©gociations annuelles sur les prix battent leur plein et que les agriculteurs, tout comme les consommateurs, dĂ©noncent une rĂ©partition injuste de la valeur ajoutĂ©e dans la chaĂźne alimentaire.
La commission, qui doit rendre ses conclusions en mai 2026, cherche Ă comprendre comment se construisent les prix entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Elle sâinscrit dans la continuitĂ© des lois EGalim (2018, 2021, 2023), censĂ©es amĂ©liorer lâĂ©quilibre des relations commerciales dans le secteur. Toutefois, leur efficacitĂ© reste difficile Ă Ă©valuer en raison de la forte volatilitĂ© des prix ces derniĂšres annĂ©es, exacerbĂ©e par la sortie de la crise sanitaire et la guerre en Ukraine. Le dispositif SRP +10, censĂ© assurer une marge minimale pour les distributeurs afin de rĂ©duire la pression sur les producteurs, est particuliĂšrement scrutĂ©, mais peu dâĂ©lĂ©ments concrets permettent Ă ce jour dâen dĂ©montrer lâimpact rĂ©el.
La commission dispose de pouvoirs Ă©tendus pour mener ses investigations : auditions sous serment, demandes de documents, visites dâentreprises. Les premiers tĂ©moignages ont dĂ©jĂ soulignĂ© une disparitĂ© marquĂ©e entre la valorisation des produits transformĂ©s (avec peu de marges) et celle des produits frais, notamment les fruits et lĂ©gumes, sur lesquels les marges sont souvent plus importantes. Cette mĂ©canique de pĂ©rĂ©quation des marges serait utilisĂ©e pour prĂ©server les profits globaux des enseignes.
Les sĂ©nateurs souhaitent aussi mettre en lumiĂšre la position dominante des centrales dâachat, souvent dĂ©localisĂ©es Ă lâĂ©tranger, ainsi que les marges des marques de distributeurs. Si les acteurs de la grande distribution se disent ouverts au dialogue, ils appellent Ă une Ă©valuation objective des lois EGalim et dĂ©noncent lâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des pratiques dans le secteur.
Cette enquĂȘte pourrait reprĂ©senter une opportunitĂ© pour redĂ©finir la justice Ă©conomique dans lâagroalimentaire, en apportant plus de transparence sur les mĂ©canismes de formation des prix. Elle donne la parole Ă tous les maillons de la chaĂźne, dans lâespoir de restaurer une confiance fragilisĂ©e entre producteurs, consommateurs et distributeurs.
Les Ăchos, Avocats, mangues, citrons : les professionnels craignent des « pĂ©nuries » et des « mesures de rĂ©torsion » aprĂšs la suspension des importations, 07/01/2026
LâarrĂȘtĂ© publiĂ© par la France dĂ©but janvier 2026, suspendant lâimportation de certains fruits, lĂ©gumes et cĂ©rĂ©ales traitĂ©s avec des pesticides interdits dans lâUnion europĂ©enne, suscite de fortes inquiĂ©tudes dans le secteur agroalimentaire. Cette dĂ©cision, bien que motivĂ©e par un souci de santĂ© publique, soulĂšve des tensions commerciales avec plusieurs pays fournisseurs, notamment ceux du Mercosur, Ă lâimage du BrĂ©sil, qui menace dĂ©jĂ de restreindre ses exportations de pommes françaises.
Sont concernĂ©s les produits traitĂ©s avec cinq substances bannies par lâUE, dont le mancozĂšbe ou le glufosinate. Or, 30 % des fruits et lĂ©gumes consommĂ©s en France proviennent de pays tiers, reprĂ©sentant environ 1,3 million de tonnes. Cette dĂ©pendance vis-Ă -vis des importations rend la situation dâautant plus critique. Les professionnels, notamment ceux regroupĂ©s au sein de lâinterprofession Interfel ou de la chambre syndicale des importateurs (CSIF), pointent le risque de pĂ©nuries et dĂ©noncent une dĂ©cision unilatĂ©rale française, prise sans harmonisation au niveau europĂ©en.
Les arboriculteurs français, loin de se rĂ©jouir, redoutent un effet boomerang : suspicion gĂ©nĂ©ralisĂ©e sur les produits, recul de la consommation, alors mĂȘme quâune partie des produits concernĂ©s â mangues, avocats, papayes â ne peuvent pas ĂȘtre produits en France. Le dĂ©lai dâun mois pour Ă©couler les stocks existants est jugĂ© irrĂ©aliste, compte tenu des dĂ©lais dâacheminement maritime et des cycles de production longue.
Pour les importateurs, cette mesure reprĂ©sente une remise en cause de lâautoritĂ© de lâEFSA, lâagence europĂ©enne de sĂ©curitĂ© alimentaire, qui dĂ©finit les limites maximales de rĂ©sidus tolĂ©rĂ©s. Certains produits tropicaux, soulignent-ils, arrivent en France sans traces dĂ©tectables des substances en question, ces derniĂšres ayant Ă©tĂ© mĂ©tabolisĂ©es durant le transport. Ils craignent Ă©galement une distorsion de concurrence avec dâautres pays europĂ©ens qui nâappliqueraient pas les mĂȘmes restrictions.
Du cĂŽtĂ© des distributeurs, comme Carrefour, on minimise lâimpact, en assurant que les contrĂŽles sont dĂ©jĂ en place et que les lots non conformes sont Ă©cartĂ©s. NĂ©anmoins, une rĂ©union est prĂ©vue avec la Direction gĂ©nĂ©rale de lâalimentation pour Ă©valuer les consĂ©quences concrĂštes sur les filiĂšres concernĂ©es.
Au-delĂ du dĂ©bat sanitaire, cette dĂ©cision ouvre une nouvelle fracture entre les ambitions de souverainetĂ© alimentaire française et les rĂ©alitĂ©s dâun marchĂ© mondialisĂ©. Elle met aussi en lumiĂšre les limites des surtranspositions nationales, appelĂ©es Ă ĂȘtre revues dans une perspective europĂ©enne plus coordonnĂ©e.
Les Ăchos, Quand les titres-restaurant nourrissent la malbouffe, 06/01/2026
Lâoctroi rĂ©cent de lâagrĂ©ment titre-restaurant Ă lâenseigne nĂ©erlandaise Hema, dont lâoffre alimentaire est principalement composĂ©e de produits de grignotage, suscite une vive rĂ©action dans le secteur de la restauration. LâUnion des mĂ©tiers et des industries de lâhĂŽtellerie (Umih) a saisi le ministre du Commerce pour dĂ©noncer une dĂ©rive prĂ©occupante : permettre Ă des enseignes non alimentaires de capter une part croissante de ce moyen de paiement destinĂ© Ă financer des repas Ă©quilibrĂ©s.
Ă lâorigine conçus pour favoriser lâaccĂšs Ă une alimentation de qualitĂ©, les titres-restaurant ont vu leur usage Ă©voluer, en particulier depuis la crise sanitaire. Leur utilisation en supermarchĂ©, Ă©largie de façon temporaire, a Ă©tĂ© prolongĂ©e jusquâĂ fin 2026. Aujourdâhui, prĂšs de 5 millions de salariĂ©s en bĂ©nĂ©ficient, mais les restaurateurs constatent une perte de clientĂšle au profit des grandes surfaces et, dĂ©sormais, de commerces non spĂ©cialisĂ©s. Entre 2022 et 2025, la part de marchĂ© de la grande distribution sur les titres-restaurant est passĂ©e de 22,4 % Ă 31,2 %, reprĂ©sentant plus de 800 millions dâeuros de chiffre dâaffaires en moins pour la restauration traditionnelle.
LâagrĂ©ment donnĂ© Ă Hema apparaĂźt comme un prĂ©cĂ©dent dangereux. Selon lâUmih, il pourrait ouvrir la voie Ă dâautres enseignes de sport ou de prĂȘt-Ă -porter, dĂšs lors quâelles commercialisent quelques snacks ou boissons, de devenir Ă©ligibles au dispositif. Cette extension inquiĂšte dâautant plus dans un contexte de lutte contre lâobĂ©sitĂ©, alors que dâautres pays, comme le Royaume-Uni, prennent des mesures restrictives sur la publicitĂ© pour la junk food. En France, oĂč le repas structurĂ© reste un pilier culturel, cette Ă©volution interroge profondĂ©ment.
Une rĂ©forme globale du systĂšme des titres-restaurant est en prĂ©paration et pourrait faire lâobjet de vifs dĂ©bats au Parlement en 2026. Lâenjeu est de taille : redĂ©finir les contours dâun dispositif perçu comme un outil social, mais de plus en plus dĂ©tournĂ© de son objectif initial. Pour les restaurateurs, il est urgent de rĂ©affirmer la vocation nutritionnelle du titre-restaurant, afin de ne pas voir sâinstaller une banalisation de la malbouffe financĂ©e indirectement par lâemployeur.
Ce dĂ©bat cristallise une tension croissante entre innovation commerciale, libertĂ©s de consommation et santĂ© publique. Il rĂ©vĂšle aussi la fragilitĂ© dâun modĂšle Ă©conomique oĂč les restaurateurs indĂ©pendants peinent Ă rivaliser avec la puissance des chaĂźnes de distribution.
Les Ăchos, « Il se prend pour Dieu tout-puissant » : la guerre fĂ©roce pour le contrĂŽle du groupe Castel, lâempire des boissons, 08/01/2026
Le groupe Castel, acteur majeur de lâagroalimentaire et leader du vin et de la biĂšre en Afrique, traverse une crise de gouvernance inĂ©dite. FondĂ© par Pierre Castel, aujourdâhui ĂągĂ© de plus de 99 ans et affaibli, le groupe est dĂ©chirĂ© entre la direction actuelle incarnĂ©e par Gregory Clerc, un ancien avocat fiscaliste promu directeur gĂ©nĂ©ral en 2023, et les membres de la famille du fondateur, dĂ©sireux de reprendre le contrĂŽle.
Lâorigine du conflit remonte Ă lâabsence de succession organisĂ©e par Pierre Castel. Bien que lâentreprise ait Ă©tĂ© structurĂ©e via un systĂšme complexe de trusts (avec IBBM Ă Singapour comme organe clĂ©), les luttes internes ont Ă©clatĂ© dĂšs que la santĂ© du patriarche sâest dĂ©gradĂ©e. En dĂ©cembre 2025, Gregory Clerc fait rĂ©voquer Alain Castel, neveu du fondateur, du conseil dâadministration. En riposte, la famille tente, sans succĂšs, de destituer Clerc lors dâune assemblĂ©e extraordinaire Ă Singapour, en raison de vices de procĂ©dure.
Le fond du diffĂ©rend repose sur la vision stratĂ©gique de Clerc. InspirĂ© par les standards anglo-saxons, il a engagĂ© une transformation du groupe : rotation des dirigeants, digitalisation, rigueur de gouvernance, recrutements externes. Ces choix ont dĂ©plu aux hĂ©ritiers, qui dĂ©noncent un style autoritaire, une absence de consultation et la volontĂ© de vendre certaines filiales sans les en avertir. Pour eux, Clerc se comporte en « Dieu tout-puissant » et agit contre les intĂ©rĂȘts familiaux.
Sâajoute Ă cette crise de gouvernance une menace judiciaire : le Parquet national financier (PNF) a lancĂ© une enquĂȘte pour fraude fiscale prĂ©sumĂ©e, suite Ă un signalement de lâOffice national antifraude. DĂ©jĂ condamnĂ© en Suisse en 2022 Ă une amende de 350 millions dâeuros, Pierre Castel est dans le viseur. Une rĂ©gularisation fiscale partielle a Ă©tĂ© amorcĂ©e par la direction actuelle, mais les hĂ©ritiers jugent la dĂ©marche insuffisante, ce qui attise davantage les tensions.
MalgrĂ© lâĂ©chec de la tentative de rĂ©vocation Ă Singapour, la famille Castel compte poursuivre le bras de fer et convoquer une nouvelle assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale. Pendant ce temps, Gregory Clerc conserve la main sur lâopĂ©rationnel grĂące au soutien du conseil dâadministration de DF Holding, structure centrale du groupe.
Ce feuilleton, digne dâun thriller dâentreprise, mĂȘle enjeux de pouvoir, conflits gĂ©nĂ©rationnels, fiscalitĂ© opaque et hĂ©ritage dâun empire bĂąti Ă lâancienne. Il illustre les fragilitĂ©s des grandes dynasties entrepreneuriales non prĂ©parĂ©es Ă la transmission et met en lumiĂšre les dĂ©fis contemporains de la gouvernance dans les groupes familiaux internationaux.
Les Ăchos, Dry January : comment le secteur sâadapte Ă la dĂ©saffection des consommateurs pour lâalcool, 09/01/2026
La pratique du Dry January, ce dĂ©fi de janvier consistant Ă ne pas consommer dâalcool pendant un mois, ne cesse de gagner en popularitĂ© en France. PortĂ©e par une quĂȘte de sobriĂ©tĂ© post-fĂȘtes, cette initiative reflĂšte surtout une tendance structurelle Ă la baisse de la consommation dâalcool, en particulier chez les jeunes gĂ©nĂ©rations. Selon une Ă©tude de lâhĂŽpital Le Vinatier (Lyon), 58 % des participants au Dry January rĂ©duisent durablement leur consommation huit mois aprĂšs le dĂ©fi.
Les chiffres sont clairs : dâaprĂšs lâObservatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les volumes dâalcool pur vendus ont chutĂ© de 5,8 % en 2024, et la consommation globale a diminuĂ© de 60 % en 60 ans. Le vin, qui reprĂ©sente plus de la moitiĂ© du marchĂ© de lâalcool, est particuliĂšrement touchĂ© : la consommation annuelle par habitant est passĂ©e de 127 Ă 40 litres depuis 1960. MĂȘme la biĂšre, un temps en progression, est en recul sur les deux derniĂšres annĂ©es.
Face Ă cette Ă©rosion, les acteurs traditionnels revoient leur stratĂ©gie. La coopĂ©rative InVivo se dĂ©sengage de son pĂŽle viticole, et lâĂtat poursuit les politiques dâarrachage de vignes pour ajuster lâoffre Ă la demande. Du cĂŽtĂ© des grands groupes, les plans de rĂ©duction des coĂ»ts se multiplient, notamment dans les spiritueux.
Le salut pourrait venir du segment âno-lowâ (sans alcool ou Ă faible teneur), en pleine structuration. Si sa croissance annuelle est aujourdâhui de 5 %, le marchĂ© pĂšse encore moins de 450 millions dâeuros en France, sur un total de 20 milliards. La filiĂšre brassicole, plus mature, tire son Ă©pingle du jeu : Carlsberg et AB InBev enregistrent des hausses significatives sur leurs gammes sans alcool. Les spiritueux sây engagent Ă©galement : Diageo propose dĂ©jĂ des versions 0,0 % de Captain Morgan et Tanqueray, ce dernier gĂ©nĂ©rant 20 % de ses ventes en sans alcool. RĂ©my Cointreau a investi dans la start-up française JNPR.
CĂŽtĂ© vin, lâentrĂ©e est plus difficile. Castel a nĂ©anmoins lancĂ© une unitĂ© de dĂ©salcoolisation innovante en Loire-Atlantique, avec une premiĂšre gamme commercialisĂ©e par Maison Nicolas. Lâambition est claire : sĂ©duire les 45 % de Français qui manifestent un intĂ©rĂȘt croissant pour le vin sans alcool, mĂȘme si peu lâont encore goĂ»tĂ©.
The Guardian, Ban on TV junk food advertising before 9pm comes into force in UK, 05/01/2026
Depuis le 5 janvier 2026, le Royaume-Uni applique une interdiction stricte de la publicitĂ© pour les produits riches en graisses, sucres et sel (HFSS) Ă la tĂ©lĂ©vision avant 21 heures (le « watershed ») et un bannissement total de ces publicitĂ©s sur internet, dans le cadre dâun effort national pour lutter contre lâobĂ©sitĂ© infantile.
Cette mesure, supervisĂ©e par lâAdvertising Standards Authority (ASA), concerne 13 catĂ©gories de produits jugĂ©s nĂ©fastes pour la santĂ© publique. Bien que les rĂšgles ne soient entrĂ©es en vigueur officiellement quâen janvier, les annonceurs britanniques sây Ă©taient dĂ©jĂ conformĂ©s de maniĂšre volontaire dĂšs octobre 2025. Cela a entraĂźnĂ©, pour la premiĂšre fois, des campagnes publicitaires de NoĂ«l centrĂ©es sur des aliments sains comme les fruits et lĂ©gumes, au dĂ©triment des desserts sucrĂ©s traditionnels.
Les rĂšgles sont toutefois complexes et parfois paradoxales. Par exemple, des aliments perçus comme sains, tels que les sandwiches, les bretzels ou mĂȘme le porridge, peuvent ĂȘtre interdits sâils dĂ©passent le seuil fixĂ© par le nutrient profiling model du gouvernement. Ă lâinverse, certains produits ayant Ă©tĂ© reformulĂ©s pour mieux respecter les critĂšres nutritionnels demeurent interdits, simplement en raison de leur catĂ©gorie dâappartenance (chips, pizzas, etc.), perçue comme contribuant Ă lâobĂ©sitĂ©.
Une faille majeure rĂ©side dans le maintien des publicitĂ©s dites « de marque » : tant quâaucun produit identifiable nâest montrĂ©, les gĂ©ants de lâalimentaire comme McDonaldâs ou Cadbury peuvent continuer Ă diffuser des campagnes gĂ©nĂ©ralistes, comme la cĂ©lĂšbre publicitĂ© du gorille batteur de Cadbury. Les dĂ©fenseurs de la santĂ© publique, Ă lâinstar dâAnna Taylor de la Food Foundation, dĂ©noncent cette faille, estimant quâelle affaiblit considĂ©rablement lâefficacitĂ© du dispositif.
Par ailleurs, les entreprises ont redĂ©ployĂ© leurs investissements publicitaires vers dâautres supports, notamment lâaffichage extĂ©rieur, qui nâest concernĂ© par les restrictions quâĂ proximitĂ© des Ă©coles ou centres de loisirs. Entre 2021 et 2024, les dĂ©penses dans ce secteur ont bondi de 28 %, McDonaldâs enregistrant la hausse la plus spectaculaire.
Initialement annoncĂ©e en 2020 sous le gouvernement de Boris Johnson pour une entrĂ©e en vigueur en 2023, cette lĂ©gislation avait Ă©tĂ© repoussĂ©e Ă plusieurs reprises, notamment sous la pression juridique des lobbies de lâindustrie agroalimentaire.
Malgré ce pas jugé important, les militants estiment que la législation actuelle reste insuffisante. La Food Foundation appelle à un bannissement total de la publicité pour la malbouffe destinée aux enfants, sans distinction entre produit ou marque, ni entre supports.
Fast Company, The Trump administration just gave the food pyramid a Sweetgreen makeover, 07/01/2026
Lâadministration Trump a dĂ©voilĂ© une nouvelle version simplifiĂ©e et inversĂ©e de la pyramide alimentaire, dans le cadre de sa politique nutritionnelle 2026, promue par Robert F. Kennedy Jr., secrĂ©taire Ă la SantĂ© et fervent dĂ©fenseur de lâalimentation naturelle. Ce nouvel outil de communication nutritionnelle se veut le reflet de lâinitiative âMake America Healthy Againâ (MAHA).
Contrairement à la pyramide classique de 1992, qui comportait six groupes alimentaires, cette version réduite à trois catégories met en avant :
les protéines, les produits laitiers et les graisses saines (en haut de la pyramide),
les légumes et fruits (au centre),
les céréales complÚtes (à la base, mais en plus petite proportion).
Les sucres ajoutĂ©s sont totalement exclus du schĂ©ma. Lâobjectif affichĂ© est de recentrer les habitudes alimentaires sur des produits bruts, non ou peu transformĂ©s, dĂ©signĂ©s comme des âvrais alimentsâ dans le langage du site officiel realfood.gov, au ton quasi-manifesto.
Le design de la nouvelle pyramide est colorĂ© et moderne, inspirĂ© de marques comme Sweetgreen ou Chobani. Cependant, lâaspect pĂ©dagogique est critiquĂ© : le graphique ne donne pas dâindications prĂ©cises sur les portions ou les frĂ©quences de consommation. Les utilisateurs doivent eux-mĂȘmes calculer leur poids en kilogrammes pour obtenir leurs besoins en protĂ©ines, une dĂ©marche jugĂ©e peu accessible. De plus, les graisses saturĂ©es sont mentionnĂ©es dans les documents annexes, mais pas clairement sur la pyramide.
Autre Ă©volution notable : la suppression des recommandations chiffrĂ©es sur lâalcool, remplacĂ©es par une simple injonction Ă âboire moinsâ. Le modĂšle prĂŽne aussi davantage de protĂ©ines et de produits laitiers entiers, Ă rebours de certaines recommandations nutritionnelles antĂ©rieures.
Ce changement marque un nouveau tournant, aprĂšs plusieurs refontes depuis 2005 : la version âMyPlateâ de 2011, basĂ©e sur lâimage dâune assiette, avait remplacĂ© la pyramide pour plus de clartĂ©. Avec cette nouvelle mouture 2026, le gouvernement revient Ă une forme pyramidale, mais minimaliste et symbolique, sans rĂ©elle valeur prescriptive.
Enfin, cette rĂ©forme intervient dans un contexte controversĂ© : deux jours aprĂšs une rĂ©duction du nombre de vaccins recommandĂ©s pour les enfants, une dĂ©cision qui inquiĂšte le corps mĂ©dical. Si cette pyramide reflĂšte une volontĂ© de simplification et de recentrage sur le ânaturelâ, son utilitĂ© rĂ©elle pour guider les citoyens amĂ©ricains vers une alimentation saine reste incertaine.
Wall Street Journal, Parents Are Going Broke From Their Kidsâ Sushi Obsession, 02/01/2026
Le sushi est devenu la nouvelle lubie culinaire des enfants de la génération Alpha, reléguant pizzas et nuggets au second plan⊠au grand désespoir de leurs parents. Ces derniers voient leurs additions grimper en flÚche, entre restaurants omakase, commandes à domicile et anniversaires luxueux à base de thon cru et de tempura. Ce phénomÚne touche aussi bien les familles urbaines branchées que les banlieues plus classiques.
Ă Calgary, Grace Embury, mĂšre de deux enfants de 6 et 8 ans, raconte que ses enfants dĂ©voreraient du sushi tous les jours si elle les laissait faire. Une simple sortie hebdomadaire atteint souvent 150 dollars, ce quâelle qualifie â Ă moitiĂ© en plaisantant â de pire dĂ©cision financiĂšre de sa vie. MĂȘme les solutions simples comme les nuggets ou le fromage grillĂ© ne trouvent plus grĂące aux yeux de ses enfants, devenus de petits gastronomes exigeants.
La scĂšne se rĂ©pĂšte dans de nombreuses familles amĂ©ricaines : des enfants de 3 Ă 8 ans rĂ©clament dĂ©sormais des rouleaux de saumon, du nigiri ou du tamago, parfois jusquâĂ tard le soir, comme le rapporte une mĂšre dont les filles voulaient commander des sushis Ă 21 h chez leur grand-pĂšre. Le sushi est devenu synonyme de rĂ©compense, de maturitĂ© et de distinction, un marqueur social presque valorisant pour ces jeunes mangeurs qui dĂ©laissent les plats pour enfants.
Selon David Seo, restaurateur dans le New Jersey, il nâest pas rare de voir des enfants de 6 ans dans ses restaurants omakase Ă 95 dollars par personne. Les parents justifient ces dĂ©penses par le plaisir culinaire, mais aussi par la qualitĂ© nutritionnelle du sushi, perçue comme plus saine que la junk food habituelle.
Historiquement rĂ©servĂ© aux hommes dâaffaires et aux cercles aisĂ©s, le sushi sâest dĂ©mocratisĂ© grĂące aux technologies de surgĂ©lation et Ă sa prĂ©sence dans les supermarchĂ©s. Il est dĂ©sormais banalisĂ© chez les enfants, qui nâont pas les apprĂ©hensions culturelles des gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes. Le sucre ajoutĂ© au riz y contribue Ă©galement, rendant le produit plus addictif dĂšs le plus jeune Ăąge.
RĂ©sultat : les fĂȘtes dâanniversaire avec chef sushi Ă domicile se multiplient, notamment dans les milieux aisĂ©s, comme cette fĂȘte organisĂ©e dans un club privĂ© du New Jersey. MĂȘme les enfants les plus sceptiques finissent par y trouver leur compte, transformant le sushi en nouvelle norme festive et familiale.
MalgrĂ© le coĂ»t, beaucoup de parents cĂšdent. « Trouver un plat que les enfants acceptent sans rechigner, câest une victoire », rĂ©sume Caitlin Murray, mĂšre de trois enfants. Pour certains, le sushi nâest plus un luxe occasionnel, mais une solution de facilité⊠et de paix domestique, mĂȘme si elle coĂ»te cher.
Financial Times, The unstoppable rise of the âsuperberryâ, 03/01/2026
Le phĂ©nomĂšne des « superbaies » connaĂźt une nouvelle flambĂ©e dâintĂ©rĂȘt, portĂ©e par lâĂ©mergence de fruits exotiques ou oubliĂ©s tels que la honeyberry (ou haskap), lâaronia, le maqui ou encore la goji. Ces petites baies aux teintes pourpres ou rouges foncĂ©es sont vantĂ©es pour leur fort taux dâanthocyanines, des pigments aux propriĂ©tĂ©s antioxydantes et anti-inflammatoires, parfois supĂ©rieur Ă ceux des baies classiques comme les fraises ou framboises.
Au Royaume-Uni, des producteurs comme la coopĂ©rative Scottish Honeyberry Growers dĂ©veloppent la culture de la honeyberry, jugĂ©e prometteuse pour sa rĂ©sistance au froid et son profil nutritionnel Ă©levĂ©. Des marques comme Marks & Spencer ou Ocado ont mĂȘme lancĂ© en 2025 des fruits hybrides innovants comme les BOOMBITES, entre grain de raisin et baie sucrĂ©e.
Mais ces superbaies rencontrent plusieurs obstacles : leur goĂ»t souvent astringent (comme lâaronia, surnommĂ©e « chokeberry »), leur fragilitĂ© logistique, et leur prix Ă©levĂ©. Beaucoup ne sont disponibles quâen version surgelĂ©e, transformĂ©e ou sucrĂ©e, comme lâaçaĂŻ, prisĂ© sous forme de sorbet dans les quartiers chics de Londres ou de Manchester. Certains producteurs les recommandent mĂȘme enrobĂ©es de chocolat pour en attĂ©nuer lâaciditĂ©.
Malgré les affirmations sur leurs bienfaits (soutien du cerveau, prévention de maladies comme Alzheimer, Parkinson ou certains cancers), les preuves scientifiques restent limitées. Des chercheurs, comme Anthony Warner, auteur de The Angry Chef, dénoncent les effets de sur-promesse marketing autour de ces « aliments miracles », souvent survalorisés par des récits simplifiés et séduisants, renforcés par leur esthétisme ou leur exotisme.
Des Ă©tudes reconnaissent certes les effets anti-inflammatoires ou antioxydants des anthocyanines, mais des organismes comme Cancer Research UK rappellent quâaucune baie ne peut Ă elle seule prĂ©venir le cancer. Les baies locales, comme la groseille ou le cassis britannique, contiennent elles aussi des antioxydants en quantitĂ©, souvent plus que les baies importĂ©es, et Ă un coĂ»t bien plus accessible.
Le prix reste en effet un frein majeur à leur démocratisation : 21 £/kg pour les baies de goji séchées contre 11,25 £/kg pour les fraises fraßches, selon les prix relevés chez Waitrose. De plus, leur manque de standardisation et de rentabilité freine leur développement commercial à grande échelle.
En conclusion, si les superbaies sĂ©duisent par leur image de fruit-santĂ© globalisĂ©, leur avenir semble encore rĂ©servĂ© Ă des niches de consommateurs avertis ou aisĂ©s. Les baies locales, souvent sous-estimĂ©es, pourraient bien leur faire concurrence⊠sans avoir besoin de revĂȘtir une cape de super-hĂ©ros.
Food Dive, The food and beverage trends to watch in 2026, 08/01/2026
LâannĂ©e 2026 sâannonce complexe pour lâindustrie agroalimentaire, contrainte de naviguer entre exigences santĂ©, attentes de praticitĂ©, dĂ©sirs dâindulgence et pressures rĂ©glementaires. Le consommateur type est dĂ©sormais un paradoxe ambulant : il rĂ©clame des produits naturels, riches en fibres ou en protĂ©ines, mais aussi des aliments rĂ©confortants, abordables et parfois⊠trĂšs transformĂ©s.
Voici les 5 grandes tendances Ă surveiller :
1. Le âbizarreâ a la cote
Les consommateurs, surtout chez les millennials et Gen Z, sont en quĂȘte de saveurs inattendues et dâexpĂ©riences alimentaires inĂ©dites. Les marques misent sur des innovations dĂ©calĂ©es et des collaborations improbables pour attirer lâattention. NestlĂ© a lancĂ© une pizza garnie de dinde de Thanksgiving ou encore une croĂ»te façon frites. Campbellâs a mĂȘme sorti une soupe aromatisĂ©e Ă la biĂšre en partenariat avec Pabst Blue Ribbon.
Le âweird marketingâ devient une stratĂ©gie durable : plus câest Ă©trange, mieux ça marche.
2. Fusions-acquisitions ciblées et expansion stratégique
Face Ă une croissance ralentie, les grands groupes multiplient les acquisitions ciblĂ©es. En 2025, PepsiCo a rachetĂ© la marque de soda prĂ©biotique Poppi pour prĂšs de 2 milliards de dollars, et Hershey a acquis LesserEvil, fabricant de snacks âbetter-for-youâ. LâannĂ©e 2026 pourrait voir Ă©merger des mĂ©ga-fusions, Ă lâimage de lâachat par Mars de Kellanova (Cheez-It, Pringles).
Ces opĂ©rations visent Ă optimiser les portefeuilles et rĂ©duire les coĂ»ts (fermeture dâusines, mutualisation, etc.).
3. Lâalcool innove pour survivre
Avec une baisse de 19 % des ventes dâalcool depuis 2019, les fabricants doivent se rĂ©inventer. La croissance se concentre sur les boissons prĂȘtes Ă boire et les versions sans alcool ou allĂ©gĂ©es des marques classiques. Les groupes comme Molson Coors ou Anheuser-Busch diversifient leur offre avec des boissons Ă©nergĂ©tiques ou fonctionnelles.
Lâenjeu : rester attractif pour des consommateurs plus modĂ©rĂ©s, soucieux de leur santĂ© et de leur budget.
4. SantĂ© et bien-ĂȘtre au cĆur des attentes
Les protĂ©ines et fibres dominent les attentes en matiĂšre dâingrĂ©dients fonctionnels. Lâessor des mĂ©dicaments GLP-1 pour la perte de poids stimule la demande pour des produits enrichis. McKinsey souligne que les consommateurs attendent des aliments quâils soutiennent leur bien-ĂȘtre global, du matin au soir, avec des fonctions prĂ©cises (Ă©nergie, sommeilâŠ).
Le programme âMake America Healthy Againâ de lâadministration Trump intensifie la pression sur les aliments ultra-transformĂ©s. Des Ătats amĂ©ricains interdisent dĂ©jĂ certains additifs, annonçant une vague rĂ©glementaire Ă venir.
5. Boissons âsainesâ, mais toujours rĂ©gressives
Les marques cherchent Ă concilier plaisir et nutrition : sodas prĂ©biotiques, versions allĂ©gĂ©es ou enrichies en fibres/protĂ©ines, comme chez PepsiCo ou les nouveaux entrants type Stillerâs Soda. Toutefois, les consommateurs restent attachĂ©s aux recettes classiques et aux saveurs nostalgiques (cerise, citron vert, etc.). Des marques comme Coca-Cola ou Keurig Dr Pepper investissent dans le retour de produits cultes comme Mr. Pibb ou RC Cola.
La stratĂ©gie gagnante semble ĂȘtre un Ă©quilibre subtil entre lâhĂ©ritage gustatif et lâinnovation santĂ©.
En rĂ©sumĂ©, 2026 sera une annĂ©e de transition stratĂ©gique pour les acteurs de lâagroalimentaire, contraints de conjuguer hygiĂšne de vie, fantaisie gustative, sobriĂ©tĂ© Ă©conomique et innovation produits, tout en restant cohĂ©rents et rentables. LâagilitĂ© et la crĂ©ativitĂ© seront les clĂ©s de la rĂ©ussite.
Câest tout pour aujourdâhui.
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A la semaine prochaine!
O. Frey
















