đŸđđ Les dossiers de Eat's business đđ·đ§ N°2 : Les fibres seront-elles les nouvelles protĂ©ines ?
Les 21 premiĂšres Ă©ditions dâEatâs Business en 2026 font apparaĂźtre plusieurs mouvements de fond qui dĂ©passent largement les effets de mode alimentaires.
DerriÚre le succÚs des fibres, des protéines ou de nouveaux formats de restauration, une transformation plus profonde est en cours. Le systÚme alimentaire doit simultanément répondre à des exigences parfois contradictoires : produire à des prix accessibles, mieux rémunérer les agriculteurs, réduire son empreinte environnementale, améliorer la qualité nutritionnelle des produits et conserver une industrie compétitive.
Au fil de cet été, je vous propose une rétrospective via 5 grands dossiers qui vont permettre de raconter ces mutations.
AprĂšs les protĂ©ines, les fibres deviennent le nouveau moteur de lâalimentation santĂ©
AprĂšs avoir enrichi presque tous les rayons en protĂ©ines, lâindustrie agroalimentaire sâempare dĂ©sormais des fibres et de la santĂ© digestive.
1) De la nutrition Ă lâalimentation fonctionnelle
Pendant longtemps, les produits alimentaires étaient principalement évalués selon leur goût, leur prix et leur capacité à rassasier. Ils doivent désormais apporter un bénéfice supplémentaire : améliorer la digestion, soutenir le microbiote, augmenter la satiété, préserver la masse musculaire ou favoriser les performances physiques.
Cette Ă©volution donne naissance Ă une alimentation de plus en plus « fonctionnelle ». Lâaliment nâest plus seulement un produit ; il devient presque un service rendu Ă lâorganisme.
Les protĂ©ines ont Ă©tĂ© le premier grand moteur de cette transformation. Elles ont investi les yaourts, les boissons, les cĂ©rĂ©ales, les barres, les pĂątes et mĂȘme les confiseries. Mais les fibres apparaissent dĂ©sormais comme un nouveau territoire dâinnovation.
2) Pourquoi les fibres intĂ©ressent-elles autant lâindustrie agroalimentaire?
Dans la newsletter 2026-01, CNBC décrit les fibres comme la prochaine grande obsession des rayons alimentaires américains.
Les chiffres citĂ©s permettent de comprendre lâintĂ©rĂȘt des industriels : environ 90 % des femmes et 97 % des hommes aux Ătats-Unis ne consommeraient pas suffisamment de fibres. La carence est massive et les bĂ©nĂ©fices associĂ©s aux fibres sont nombreux : rĂ©gulation de la digestion, diminution du cholestĂ©rol, stabilisation de la glycĂ©mie, prolongation de la satiĂ©tĂ© et soutien du microbiote.
Les fibres prĂ©sentent Ă©galement un avantage marketing. Leur utilitĂ© est assez simple Ă expliquer et elles peuvent ĂȘtre intĂ©grĂ©es Ă de nombreuses catĂ©gories de produits.
PepsiCo dĂ©veloppe des snacks riches en fibres. NestlĂ© ajoute des prĂ©biotiques Ă certaines boissons (NDLR : les prĂ©biotiques sont des fibres alimentaires fermentescibles (qui peuvent fermenter) qui sont bĂ©nĂ©fiques pour la santĂ© grĂące Ă leurs effets sur la composition et lâactivitĂ© du microbiome). Coca-Cola explore des sodas enrichis. Des marques spĂ©cialisĂ©es dans la santĂ© digestive utilisent dĂ©jĂ les fibres comme principal argument commercial.
La fibre peut ainsi suivre une trajectoire comparable Ă celle des protĂ©ines : partir dâun besoin nutritionnel rĂ©el, devenir une allĂ©gation visible sur les emballages puis se diffuser dans presque toutes les catĂ©gories.
3) Le fibermaxxing transforme un nutriment discret en phénomÚne culturel
Dans la newsletter 2026-11, Bloomberg analyse la popularitĂ© du fibermaxxing. Le terme dĂ©signe la volontĂ© dâaugmenter activement sa consommation quotidienne de fibres.
Les rĂ©seaux sociaux jouent un rĂŽle essentiel dans cette transformation. Les fibres, autrefois associĂ©es Ă des prĂ©occupations mĂ©dicales ou au vieillissement, sont prĂ©sentĂ©es comme un outil de bien-ĂȘtre moderne. Elles rejoignent les routines alimentaires mises en scĂšne sur TikTok et Instagram.
Le succĂšs du phĂ©nomĂšne repose aussi sur lâintĂ©rĂȘt croissant pour le microbiote. Les consommateurs Ă©tablissent dĂ©sormais un lien entre santĂ© digestive, immunitĂ©, humeur et santĂ© gĂ©nĂ©rale. MĂȘme lorsque les connaissances scientifiques sont simplifiĂ©es, cette association renforce lâattractivitĂ© des aliments riches en fibres.
Les médicaments GLP-1 jouent également un rÎle indirect. Certains utilisateurs de ces traitements cherchent à augmenter leurs apports en fibres pour améliorer la satiété ou limiter les effets secondaires digestifs.
Les fibres se situent donc Ă la rencontre de trois tendances : la santĂ© intestinale, la gestion du poids et la recherche dâaliments fonctionnels.
4) Une récupération rapide par les industriels
Dans la newsletter 2026-16, LibĂ©ration constate quâ« aprĂšs les protĂ©ines, les fibres aiguisent lâappĂ©tit des industriels ».
Cet intĂ©rĂȘt des industriels de lâagroalimentaire peut apporter une amĂ©lioration nutritionnelle rĂ©elle. En effet, si ces derniers reformulent des produits pour augmenter leur teneur en fibres, cela peut in fine contribuer Ă rĂ©duire un dĂ©ficit en fibres trĂšs rĂ©pandu dans la population.
Mais cette rĂ©cupĂ©ration soulĂšve une question : faut-il mettre davantage de fibres dans les produits existants ou encourager la consommation dâaliments qui en contiennent naturellement ?
Un biscuit enrichi en fibres reste un biscuit. Un soda contenant des prĂ©biotiques peut conserver une teneur Ă©levĂ©e en sucre ou en Ă©dulcorants. Le bĂ©nĂ©fice fonctionnel risque alors de dĂ©tourner lâattention de la composition gĂ©nĂ©rale du produit.
Cette tension entre amélioration nutritionnelle et argument marketing devrait devenir centrale à mesure que les allégations liées aux fibres se multiplient.
Focus sur Mondelez
Dans la newsletter 2026-11, Food Dive explique comment MondelÄz identifie les nouvelles tendances du snacking Ă travers son activitĂ© dâinvestissement SnackFutures.
Le groupe sâintĂ©resse aux fibres, Ă la santĂ© digestive, aux protĂ©ines et aux ingrĂ©dients susceptibles dâavoir des effets cognitifs. Il observe lâĂ©mergence du mindful snacking, une forme de grignotage qui doit conserver une dimension de plaisir tout en apportant un bĂ©nĂ©fice nutritionnel.
Cette stratégie traduit une évolution importante. Les consommateurs ne veulent pas nécessairement renoncer aux biscuits, aux confiseries ou aux snacks. Ils souhaitent pouvoir les consommer sans avoir le sentiment de compromettre leur santé.
Lâindustrie dĂ©veloppe donc une forme dâ« indulgence permise » : un produit demeure gourmand, mais sa teneur en fibres, en protĂ©ines ou en fruits permet de le prĂ©senter comme un choix plus acceptable.
5) Focus sur 2 ingrédients phares de cette tendance
Les légumineuses réunissent fibres, protéines et durabilité
Dans la newsletter 2026-01, The Guardian présente une campagne britannique destinée à doubler la consommation de haricots et de légumineuses.
Ces aliments ont presque toutes les qualitĂ©s recherchĂ©es en 2026. Ils sont riches en fibres et en protĂ©ines, peu coĂ»teux, polyvalents et dotĂ©s dâun impact environnemental infĂ©rieur Ă celui de la viande. Ils rĂ©pondent donc simultanĂ©ment aux prĂ©occupations de santĂ©, de budget et de durabilitĂ©.
Pourtant, leur consommation reste faible.
Dans la newsletter 2026-17, une Ă©tude de Terres Univia montre que les Français ne consomment en moyenne que 1,6 kg de lĂ©gumineuses par an. Seuls 13 % des adultes interrogĂ©s en avaient mangĂ© pendant les trois jours de suivi de lâĂ©tude.
Le Programme national nutrition santé recommande au moins deux portions par semaine. Or, à peine 1 % des adultes atteindrait ce niveau.
LâĂ©tude rĂ©vĂšle Ă©galement de fortes inĂ©galitĂ©s sociales. Les cadres consomment beaucoup plus de lĂ©gumineuses que les ouvriers. Les personnes diplĂŽmĂ©es, les mĂ©nages aisĂ©s et les individus suivant une alimentation sans viande en mangent Ă©galement davantage.
Ces rĂ©sultats montrent que lâinformation nutritionnelle ne suffit pas. Pour dĂ©velopper les lĂ©gumineuses, il faut travailler sur le goĂ»t, les recettes, la praticitĂ©, le prix, les formats et la familiaritĂ© culturelle.
Les dattes deviennent une plateforme dâinnovation
Dans la newsletter 2026-17, le New York Times décrit le succÚs des dattes sur le marché américain du snacking.
Les marques les utilisent dans des bonbons, des barres Ă©nergĂ©tiques, des boissons, des pĂ©pites de chocolat, des sirops ou des substituts du sucre. Elles bĂ©nĂ©ficient dâune image particuliĂšrement favorable : naturellement sucrĂ©es, riches en fibres et facilement reconnaissables par le consommateur.
Leur succÚs traduit un déplacement intéressant. Les consommateurs ne recherchent pas uniquement un nutriment isolé ajouté à une recette. Ils valorisent aussi les aliments qui possÚdent naturellement une fonction nutritionnelle.
La datte permet aux marques de revendiquer simultanĂ©ment la gourmandise, la naturalitĂ©, les fibres et lâabsence de sucre raffinĂ©. Elle se trouve donc au croisement de plusieurs tendances majeures.
Cette popularitĂ© commence toutefois Ă crĂ©er des tensions sur les approvisionnements, car les plantations amĂ©ricaines ne peuvent pas ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es aussi rapidement que la demande.
6) La protéine reste la référence dominante
Les fibres progressent, mais elles nâont pas encore remplacĂ© les protĂ©ines.
Dans la newsletter 2026-20, le Wall Street Journal montre que la mode des produits protĂ©inĂ©s provoque une pĂ©nurie de whey. Lâindustrie cherche Ă ajouter des protĂ©ines Ă un nombre croissant de produits, mais la production de lactosĂ©rum ne suit pas toujours.
La whey est un coproduit de lâindustrie fromagĂšre. Sa disponibilitĂ© dĂ©pend donc en partie de la production de fromage, ce qui limite la capacitĂ© du marchĂ© Ă rĂ©pondre immĂ©diatement Ă lâexplosion de la demande.
Dans la newsletter 2026-21, Inc. analyse le succĂšs du yaourt grec aux Ătats-Unis. Sa teneur Ă©levĂ©e en protĂ©ines lui permet de devenir un produit de petit-dĂ©jeuner, un snack et parfois mĂȘme un substitut Ă dâautres sources de protĂ©ines.
Des start-up profitent de cette demande pour concurrencer les grandes marques. Elles renouvellent les recettes, les parfums et les identités visuelles, tout en conservant la promesse principale : apporter beaucoup de protéines dans un format simple.
7) Fibres et protĂ©ines ne rĂ©pondent pas exactement au mĂȘme imaginaire
La protĂ©ine est associĂ©e Ă la force, au sport, Ă la masse musculaire et Ă la satiĂ©tĂ©. Son succĂšs a Ă©tĂ© largement portĂ© par lâunivers du fitness, avant de se gĂ©nĂ©raliser.
La fibre, quant à elle, est associée à la digestion, au microbiote, à la santé à long terme et à une alimentation plus végétale. Elle possÚde une image moins spectaculaire, mais peut toucher un public beaucoup plus large.
Les deux nutriments convergent nĂ©anmoins dans les produits destinĂ©s au contrĂŽle du poids et de lâappĂ©tit. Ils peuvent aussi ĂȘtre rĂ©unis dans certains aliments, notamment les lĂ©gumineuses.
8) Conclusion
Lâessor des fibres montre que lâindustrie alimentaire cherche constamment une nouvelle promesse positive.
AprĂšs des annĂ©es consacrĂ©es Ă retirer le sucre, le sel ou les matiĂšres grasses, les marques mettent davantage en avant ce quâelles ajoutent : protĂ©ines, fibres, prĂ©biotiques ou vitamines. Le discours ne repose plus seulement sur la rĂ©duction dâun ingrĂ©dient jugĂ© nĂ©gatif, mais sur lâapport dâune fonction bĂ©nĂ©fique.
Le risque est de rĂ©duire la santĂ© Ă quelques nutriments vedettes. La qualitĂ© dâun rĂ©gime alimentaire dĂ©pend pourtant de lâensemble des produits consommĂ©s, de leur variĂ©tĂ© et de leur degrĂ© de transformation.
Câest tout pour aujourdâhui.
On se retrouve dans quinze jours avec le prochain dossier qui sera consacré aux fibres.
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Et si vous voulez vous pouvez mĂȘme me payer un cafĂ© ;-)
A dans deux semaines!
O. Frey

