Bonjour Ă toutes et Ă tous,
Je suis Olivier Frey, Ă©conomiste et consultant spĂ©cialisĂ© dans lâagriculture et lâagroalimentaire. Chaque semaine, dans le cadre de mon activitĂ© et de ma veille personnelle, je lis de nombreux articles et Ă©tudes consacrĂ©s aux entreprises, aux filiĂšres et aux transformations du monde alimentaire.
Eatâs Business rassemble ceux qui mâont paru les plus intĂ©ressants ou les plus rĂ©vĂ©lateurs des Ă©volutions en cours.
Comme toujours, vous trouverez une formule ristretto pour aller Ă lâessentiel et une formule lungo pour celles et ceux qui souhaitent approfondir.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Le Parisien, « Sans conservateur » ou « sans colorant »⊠mais toujours pleins dâadditifs : ces produits accusĂ©s dâ« additive washing », 03/11/2026
The Guardian, Lab-grown meat was supposed to save the world. What happened?, 05/11/2026
Food Dive, Oatly bets on fiber drinks to fuel plant-based turnaround, 02/11/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :


Le Monde, Comment lâessor des mĂ©dicaments anti-obĂ©sitĂ© modifie les habitudes alimentaires, 03/11/2026
Lâessor des mĂ©dicaments contre lâobĂ©sitĂ© commence Ă transformer les comportements alimentaires dans les pays occidentaux. Une Ă©tude du cabinet Bain, publiĂ©e le 3 novembre, met en Ă©vidence une diminution des achats de produits sucrĂ©s, gras et transformĂ©s, parallĂšlement Ă une progression des aliments prĂ©sentant un meilleur profil nutritionnel.
Aux Ătats-Unis, une enquĂȘte menĂ©e auprĂšs de plus de 4 000 utilisateurs rĂ©vĂšle une baisse moyenne de 6 % des dĂ©penses en boulangerie, desserts, confiseries et biscuits, de 5 % pour les snacks salĂ©s et de 4 % pour les sodas. Au Royaume-Uni, oĂč 7 % des adultes ont dĂ©jĂ utilisĂ© ces traitements, les diminutions atteignent 10 % dans certaines catĂ©gories. Ă lâinverse, les achats de fruits, lĂ©gumes, poissons, volailles, vitamines et complĂ©ments alimentaires progressent de 2 % Ă 4 %.
La restauration subit Ă©galement les consĂ©quences de cette Ă©volution. Les dĂ©penses dĂ©clarĂ©es dans les Ă©tablissements spĂ©cialisĂ©s dans les burgers, pizzas, sandwichs et pĂątisseries reculent de 4 % Ă 8 % aux Ătats-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne. Seuls les bars Ă salade enregistrent une croissance. Lâanalyse des transactions bancaires amĂ©ricaines confirme cette tendance, avec une diminution globale de 3 % Ă 4 % des dĂ©penses alimentaires et dâenviron 5 % dans la restauration rapide.
Ces changements rĂ©sultent Ă la fois dâune modification des prĂ©fĂ©rences alimentaires et dâune rĂ©duction des portions, liĂ©e Ă lâeffet de satiĂ©tĂ© des traitements. Pour les industriels, ils reprĂ©sentent un dĂ©fi stratĂ©gique. NestlĂ© a dĂ©jĂ lancĂ© aux Ătats-Unis sa gamme Vital Pursuit, destinĂ©e aux utilisateurs de GLP-1, tandis que McDonaldâs travaille sur des menus davantage protĂ©inĂ©s. Les produits enrichis en protĂ©ines gagnent Ă©galement du terrain, notamment pour contribuer Ă prĂ©server la masse musculaire pendant lâamaigrissement.
Selon Bain, prĂšs dâun AmĂ©ricain sur trois pourrait avoir utilisĂ© ces mĂ©dicaments dâici 2030. En Europe occidentale, cette proportion passerait de 3,2 % actuellement Ă 12 %. MalgrĂ© leurs effets secondaires et leur coĂ»t, leur diffusion pourrait encore sâaccĂ©lĂ©rer avec lâarrivĂ©e des versions orales. Novo Nordisk commercialise ainsi Wegovy en comprimĂ©s en France, tandis que Lilly prĂ©pare une offre concurrente.

Le Parisien, « Sans conservateur » ou « sans colorant »⊠mais toujours pleins dâadditifs : ces produits accusĂ©s dâ« additive washing », 03/11/2026
Les mentions valorisantes apposĂ©es sur les emballages alimentaires, telles que « sans conservateur », « sans colorant » ou « sans nitrite », ne garantissent pas lâabsence dâautres additifs dans les produits transformĂ©s. Une enquĂȘte conjointe de lâassociation Que choisir ensemble et de lâapplication Yuka dĂ©nonce cette pratique marketing, qualifiĂ©e dâ« additive washing », qui pourrait induire les consommateurs en erreur malgrĂ© sa conformitĂ© Ă la rĂ©glementation.
Les deux organisations ont analysĂ© vingt produits alimentaires affichant des allĂ©gations de ce type. Tous contiennent entre un et huit additifs, dont certains sont controversĂ©s. Des madeleines prĂ©sentĂ©es comme dĂ©pourvues de conservateurs renferment ainsi six autres additifs, tandis que des confiseries sans colorants artificiels comportent notamment des acidifiants, Ă©mulsifiants et agents dâenrobage.
Le problĂšme repose sur un mĂ©canisme psychologique appelĂ© « effet de halo » : une caractĂ©ristique positive mise en avant sur lâemballage influence favorablement la perception globale du produit, mĂȘme lorsque sa composition demeure complexe. Les consommateurs peuvent ainsi croire quâun aliment est exempt dâadditifs alors que seule une catĂ©gorie particuliĂšre de substances est absente.
Les inquiĂ©tudes sanitaires alimentent cette controverse. Deux Ă©tudes de lâInserm publiĂ©es dĂ©but 2026 ont Ă©tabli des associations entre certains conservateurs et une augmentation du risque de cancer ou de diabĂšte. Que choisir ensemble critique Ă©galement le fonctionnement des autorisations europĂ©ennes, fondĂ©es en partie sur les donnĂ©es des fabricants, ainsi que les dĂ©lais parfois importants entre les réévaluations.
Plusieurs industriels dĂ©fendent nĂ©anmoins leurs pratiques. Labeyrie Fine Foods, Carrefour et Vico soulignent que leurs mentions sont exactes et que les ingrĂ©dients employĂ©s sont autorisĂ©s. Les dĂ©bats portent notamment sur les phosphates, les sulfites et lâĂ©mulsifiant E471. Pasquier indique avoir dĂ©jĂ supprimĂ© ce dernier de certaines rĂ©fĂ©rences et poursuivre ses efforts de reformulation, tout en soulignant les contraintes techniques associĂ©es.
Les deux organisations demandent un durcissement des rÚgles européennes concernant les allégations « sans ». Elles souhaitent notamment leur interdiction sur les aliments ultratransformés et sur les produits classés D ou E au Nutri-Score.

Le Monde, La sardine sort de sa boĂźte, 05/11/2026
Longtemps considĂ©rĂ©e comme un poisson populaire, essentiellement consommĂ© en conserve ou grillĂ©, la sardine connaĂźt un regain dâintĂ©rĂȘt dans la gastronomie contemporaine. Son prix accessible, ses qualitĂ©s nutritionnelles et sa polyvalence culinaire sĂ©duisent dĂ©sormais les rĂ©seaux sociaux comme les chefs, qui explorent des prĂ©parations originales mettant en valeur sa finesse et sa puissance aromatique.
Ă Marseille, le restaurant La BoĂźte Ă sardine illustre cette redĂ©couverte. Son propriĂ©taire, Fabien Rugi, prĂ©pare quotidiennement environ 300 sardines fraĂźches, dont les filets sont levĂ©s manuellement pour prĂ©server leur chair dĂ©licate. Sa partenaire, la cheffe CĂ©line Bonnieu, privilĂ©gie des cuissons courtes et des associations mĂ©diterranĂ©ennes. Les poissons peuvent ĂȘtre farcis de brousse, dâolives noires, de citron confit, de fenouil sauvage et de parmesan, ou simplement marinĂ©s dans lâhuile dâolive et le citron avant de garnir un fricassĂ© tunisien.
Cette approche contraste avec les traditionnelles sardinades estivales, oĂč les poissons sont grillĂ©s entiers, produisant des saveurs beaucoup plus prononcĂ©es. Elle tĂ©moigne dâune volontĂ© de renouveler lâimage de ce produit en valorisant diffĂ©rentes textures et intensitĂ©s gustatives.
Lâinfluence japonaise contribue Ă©galement Ă cette Ă©volution. Jean-Baptiste Meusnier, fondateur des restaurants parisiens Kodawari Ramen, utilise la sardine fraĂźche et sĂ©chĂ©e pour Ă©laborer ses bouillons. InspirĂ© du niboshi japonais, un assemblage de petits poissons sĂ©chĂ©s, il a dĂ©veloppĂ© une production française avec lâentreprise Makurazaki France Katsuobushi, installĂ©e Ă Concarneau. Les sardines bretonnes sont sĂ©chĂ©es et lĂ©gĂšrement fumĂ©es avant dâintĂ©grer des prĂ©parations riches en umami, notamment les dashis et les ramens.
Dâautres cuisiniers explorent la fermentation. Ă Marseille, Neil Mahatsry, chef du restaurant Grenat, transforme les tĂȘtes, arĂȘtes et intestins de sardines en garum. AprĂšs prĂšs dâun an de fermentation avec du sel, ce condiment concentrĂ© permet de renforcer les saveurs marines des soupes et bouillons, mais aussi dâenrichir certains jus de viande.

LibĂ©ration, LâĂ©popĂ©e du poulet, ergots Ă gogo, 06/11/2026
Devenu la viande la plus consommée en France et dans le monde, le poulet occupe une place particuliÚre dans les habitudes alimentaires, entre tradition familiale, gastronomie et restauration rapide. Son succÚs repose sur son accessibilité économique, sa polyvalence culinaire et son acceptation dans de nombreuses cultures, mais soulÚve également des questions sur les modÚles de production et les inégalités sociales.
En France, la consommation moyenne atteignait 32 kilogrammes de volaille par habitant en 2024, dont 25 kilogrammes de poulet. Pour la premiÚre fois, la volaille dépassait le porc. Son prix, généralement compris entre 4,50 et 12 euros le kilogramme selon les produits et les élevages, contribue à cette popularité. Sa faible teneur en matiÚres grasses et sa place dans les régimes sportifs renforcent également son attractivité.
Cette dĂ©mocratisation est relativement rĂ©cente. Lâhistorien Pierre Leclercq rappelle que la volaille constituait autrefois un mets prestigieux, particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© sur les tables aristocratiques. Durant lâentre-deux-guerres, le poulet-frites demeurait environ 30 % plus cher que le steak-frites dans les brasseries. Lâindustrialisation de lâĂ©levage aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, puis le dĂ©veloppement de la grande distribution dans les annĂ©es 1960 et 1970, ont progressivement rendu cette viande accessible au plus grand nombre.
Le poulet conserve nĂ©anmoins une dimension symbolique forte. Entier et rĂŽti, il demeure associĂ© aux repas dominicaux et au partage familial. Les chefs Eric GuĂ©rin, Jean Covillault et Alessandra Montagne tĂ©moignent de sa richesse culinaire, depuis les prĂ©parations traditionnelles jusquâaux techniques gastronomiques permettant de mieux maĂźtriser la cuisson des diffĂ©rentes parties.
Son goût relativement neutre facilite également son intégration dans les cuisines internationales, du yassa sénégalais au tandoori indien, tandis que les enseignes spécialisées multiplient les propositions de restauration rapide.
Cette expansion suscite toutefois des tensions. La production française reste insuffisante pour satisfaire la demande nationale. Par ailleurs, la polĂ©mique autour de lâenseigne halal Master Poulet Ă Saint-Ouen a rĂ©vĂ©lĂ© les contradictions entre dĂ©fense de la qualitĂ© alimentaire, critiques de lâĂ©levage intensif et accusations de stigmatisation sociale.

Les Ăchos, Huile dâolive : lâEspagne intervient en urgence pour prĂ©server ses producteurs, 06/11/2026
Le gouvernement espagnol a dĂ©cidĂ© dâintervenir exceptionnellement sur le marchĂ© de lâhuile dâolive afin dâĂ©viter un effondrement des prix provoquĂ© par une rĂ©colte particuliĂšrement abondante. Par dĂ©cret du 6 novembre 2026, le ministĂšre de lâAgriculture impose aux pressoirs de stocker 12 % de leur production, une mesure inĂ©dite destinĂ©e Ă limiter lâoffre disponible et Ă prĂ©server les revenus des olĂ©iculteurs.
Cette dĂ©cision illustre le retournement spectaculaire du marchĂ©. En 2023, lâEspagne avait subi une rĂ©colte historiquement faible, limitĂ©e Ă 673 000 tonnes, sous lâeffet dâune sĂ©cheresse prolongĂ©e et de tempĂ©ratures extrĂȘmes. Cette pĂ©nurie avait entraĂźnĂ© une flambĂ©e des cours mondiaux, compte tenu du poids dĂ©terminant du pays, qui reprĂ©sente 45 % de la production mondiale et 70 % de la production europĂ©enne.
Depuis, les conditions climatiques se sont nettement amĂ©liorĂ©es. AprĂšs une reprise durant la campagne 2025-2026, la saison 2026-2027 sâannonce exceptionnelle grĂące Ă des tempĂ©ratures favorables et des prĂ©cipitations bien rĂ©parties. La production espagnole devrait atteindre 1,6 million de tonnes, soit une progression de 22,7 % sur un an et la quatriĂšme meilleure rĂ©colte de son histoire.
Aux volumes nouvellement produits sâajoutent 357 000 tonnes de stocks issus de la campagne prĂ©cĂ©dente, en hausse de 23 %. Lâoffre totale disponible avoisinerait ainsi 1,96 million de tonnes, contre une moyenne habituelle de 1,38 million.
Cette abondance profite potentiellement aux consommateurs, mais inquiĂšte les producteurs. Les prix ont dĂ©jĂ reculĂ© de 6 % en octobre, selon lâobservatoire Poolred, menaçant la rentabilitĂ© des exploitations.
Face Ă cette situation, les organisations agricoles ont obtenu lâactivation dâun mĂ©canisme europĂ©en autorisant le retrait temporaire des excĂ©dents lorsque lâoffre dĂ©passe un seuil rĂ©glementaire, fixĂ© cette saison Ă 1,84 million de tonnes. Les volumes concernĂ©s seront conservĂ©s dans les pressoirs, appelĂ©s « almazaras », jusquâen novembre 2027, dans lâattente de dĂ©bouchĂ©s commerciaux.
Si les petits agriculteurs soutiennent cette intervention, les industriels de lâembouteillage et du raffinage contestent son efficacitĂ©. Ils privilĂ©gient une stratĂ©gie structurelle reposant sur la conquĂȘte de nouveaux marchĂ©s.

Les Ăchos, « La situation sâaggrave dâannĂ©e en annĂ©e » : la rĂ©invention contrainte et forcĂ©e des producteurs de rhum aux Antilles, 06/11/2026
La filiĂšre du rhum aux Antilles françaises traverse une crise profonde, confrontĂ©e simultanĂ©ment au recul de la consommation, Ă lâaugmentation des coĂ»ts de production et aux consĂ©quences du changement climatique. En Guadeloupe comme en Martinique, les distilleries cherchent Ă renouveler leurs offres et leurs mĂ©thodes agricoles pour prĂ©server une activitĂ© essentielle Ă lâĂ©conomie locale.
En Guadeloupe, la production de rhum a chutĂ© de 31 % en 2024, atteignant 65 954 hectolitres dâalcool pur. Le recul sâĂ©lĂšve mĂȘme Ă 35 % pour le rhum agricole. Les ventes vers lâHexagone, principal dĂ©bouchĂ© du rhum industriel guadeloupĂ©en, ont diminuĂ© de 9 %. HervĂ© Damoiseau, prĂ©sident du Syndicat des Rhumiers indĂ©pendants de Guadeloupe, souligne que le marchĂ© baisse continuellement depuis 2021, retrouvant les niveaux commerciaux de 2014.
Pour compenser cette contraction, les producteurs diversifient leurs gammes. Longueteau propose dĂ©sormais prĂšs de quarante rĂ©fĂ©rences, contre quelques-unes auparavant, tandis que Damoiseau dĂ©veloppe des cocktails prĂȘts Ă boire destinĂ©s aux jeunes consommateurs. Dâautres distilleries privilĂ©gient la montĂ©e en gamme, comme Papa Rouyo, qui expĂ©rimente diffĂ©rentes maturitĂ©s et variĂ©tĂ©s de cannes. Ces stratĂ©gies se heurtent toutefois Ă des coĂ»ts supplĂ©mentaires et Ă la sensibilitĂ© des consommateurs aux prix.
En Martinique, lâappellation dâorigine contrĂŽlĂ©e obtenue en 1996 favorise un positionnement premium, mais limite Ă©galement certaines possibilitĂ©s dâadaptation.
Le changement climatique constitue une menace particuliÚrement préoccupante. Les sécheresses et les températures élevées perturbent la croissance de la canne à sucre. En Guadeloupe, les volumes broyés pourraient passer de 732 499 tonnes en 2007 à 351 000 tonnes en 2026. En Martinique, la production de canne recule également, et les professionnels anticipent une nouvelle dégradation en 2027.
Les distilleries expĂ©rimentent des variĂ©tĂ©s plus rĂ©sistantes, sans avoir encore identifiĂ© de solution satisfaisante associant rendement et adaptation climatique. Une Ă©ventuelle modification du cahier des charges de lâAOC martiniquaise divise les professionnels.
Les conséquences sociales sont déjà visibles. En Martinique, les emplois de la filiÚre canne-sucre-rhum sont passés de 4 000 en 2016 à 3 000 en 2025. En Guadeloupe, ils ont diminué de 10 000 à 8 000.


The Guardian, Lab-grown meat was supposed to save the world. What happened?, 05/11/2026
PrĂ©sentĂ©e comme une rĂ©volution capable de rĂ©duire lâimpact environnemental de lâĂ©levage et de rĂ©pondre Ă la demande mondiale de protĂ©ines, la viande cultivĂ©e en laboratoire peine Ă concrĂ©tiser ses promesses. Treize ans aprĂšs la prĂ©sentation du premier hamburger issu de cellules animales, la filiĂšre traverse une crise financiĂšre, industrielle et commerciale qui remet en question son dĂ©veloppement Ă grande Ă©chelle.
En 2013, le chercheur nĂ©erlandais Mark Post dĂ©voilait un hamburger produit Ă partir de cellules bovines, aprĂšs deux annĂ©es de recherche et un investissement de 250 000 euros. Cette innovation avait dĂ©clenchĂ© un engouement mondial, favorisant lâĂ©mergence de 140 entreprises et attirant environ 3 milliards de dollars dâinvestissements.
Cependant, les obstacles techniques et Ă©conomiques demeurent considĂ©rables. Les procĂ©dĂ©s nĂ©cessitent des biorĂ©acteurs coĂ»teux, une consommation Ă©nergĂ©tique importante et des milieux nutritifs complexes. La fabrication de morceaux entiers reste particuliĂšrement difficile, les cellules musculaires et graisseuses devant gĂ©nĂ©ralement ĂȘtre cultivĂ©es sĂ©parĂ©ment. Les produits commercialisables prennent donc principalement la forme de prĂ©parations reconstituĂ©es.
AprĂšs un pic en 2021, les financements se sont effondrĂ©s, atteignant seulement 177 millions de dollars en 2023. LâĂ©chec de Believer Meats illustre ces difficultĂ©s. MalgrĂ© la construction en Caroline du Nord dâune usine censĂ©e produire 9,5 millions de kilogrammes de poulet cultivĂ© annuellement, lâentreprise a fait faillite avant mĂȘme son dĂ©marrage industriel.
La commercialisation demeure extrĂȘmement limitĂ©e. Ă Singapour, des produits GOOD Meat contenant seulement 3 % de cellules de poulet sont vendus Ă des prix nettement supĂ©rieurs Ă ceux de la viande conventionnelle. Aux Ătats-Unis, plusieurs Ătats ont Ă©galement adoptĂ© des restrictions rĂ©glementaires.
Lâacceptation des consommateurs reprĂ©sente un autre frein majeur. Selon le Good Food Institute, seuls 18 % des AmĂ©ricains jugent cette viande trĂšs attractive, tandis que prĂšs de 60 % dĂ©clarent peu susceptibles dâen acheter.
Face Ă ces difficultĂ©s, certaines entreprises rĂ©orientent leur stratĂ©gie. Mission Barns privilĂ©gie dĂ©sormais les applications hybrides associant protĂ©ines vĂ©gĂ©tales et graisses animales, avec lâambition dâintĂ©grer progressivement des graisses cultivĂ©es. Dâautres, comme Vow, ciblent des produits gastronomiques innovants et haut de gamme.

Eater, How Flavored Syrup Became a Coffee-Shop Culture War, 03/11/2026
Aux Ătats-Unis, les sirops aromatisĂ©s utilisĂ©s dans les coffee shops deviennent un nouveau critĂšre de diffĂ©renciation commerciale. Longtemps incontournables pour prĂ©parer les boissons gourmandes, les rĂ©fĂ©rences industrielles de marques comme Torani ou Monin suscitent dĂ©sormais la mĂ©fiance dâune partie des consommateurs, qui privilĂ©gient les prĂ©parations artisanales rĂ©alisĂ©es sur place.
AmplifiĂ©e par les rĂ©seaux sociaux, cette tendance traduit une Ă©volution des attentes en matiĂšre de qualitĂ©, dâauthenticitĂ© et de transparence. Pour certains clients, lâutilisation de sirops industriels dans un latte vendu huit dollars constitue un manque de savoir-faire, particuliĂšrement lorsquâil sâagit dâun Ă©tablissement indĂ©pendant revendiquant une offre haut de gamme.
Cette transformation bouleverse les stratĂ©gies des coffee shops spĂ©cialisĂ©s. Ă Ventura, en Californie, les fondateurs de Room Service Coffee envisageaient initialement un Ă©tablissement consacrĂ© aux cafĂ©s de spĂ©cialitĂ©, sans boissons aromatisĂ©es. Face Ă la demande, ils proposent dĂ©sormais une dizaine de sirops maison et plusieurs crĂšmes parfumĂ©es. Certaines recettes, comme leur sirop associant courge japonaise et Ă©pices, nĂ©cessitent deux jours de prĂ©paration. Lâentreprise a mĂȘme recrutĂ© un salariĂ© exclusivement chargĂ© de ces productions.
MĂȘme Ă©volution chez Trust Coffee Co., dans lâOhio, oĂč les crĂ©ations saisonniĂšres associant Ă©rable et romarin, banane caramĂ©lisĂ©e ou fraise et rhubarbe rencontrent un succĂšs commercial important. En GĂ©orgie, Bizarre Coffee rĂ©alise dĂ©sormais 90 % de ses boissons avec des sirops maison, tout en conservant certaines rĂ©fĂ©rences industrielles pour limiter les contraintes de production.
Cette tendance accompagne lâessor de lâ« hyperflavor », caractĂ©risĂ© par des associations aromatiques complexes et des boissons inspirĂ©es de la pĂątisserie ou de la mixologie. Les consommateurs recherchent dĂ©sormais des crĂ©ations originales plutĂŽt quâune approche exclusivement centrĂ©e sur la qualitĂ© intrinsĂšque du cafĂ©.
Les sirops artisanaux deviennent Ă©galement un outil de rĂ©sistance concurrentielle face aux grandes chaĂźnes. Le coffee shop Little Joy, dans le Minnesota, commercialise ainsi ses recettes et formations auprĂšs dâautres Ă©tablissements indĂ©pendants, favorisant leur diffĂ©renciation collective.
Cette évolution présente néanmoins des limites économiques. La fabrication maison nécessite du personnel, du temps et des investissements supplémentaires. Certains professionnels dénoncent également une opposition excessive aux produits industriels, parfois davantage alimentée par le marketing que par des différences objectives de qualité.

Eater, Food-Themed Fashion Is Starting to Feel Gluttonous, 29/10/2026
La multiplication des vĂȘtements et accessoires inspirĂ©s de lâunivers alimentaire tĂ©moigne dâun rapprochement croissant entre gastronomie, mode et culture populaire. Mais cette tendance, initialement perçue comme crĂ©ative et dĂ©calĂ©e, semble dĂ©sormais souffrir de sa surexploitation commerciale, soulevant des interrogations sur sa durabilitĂ© et sa pertinence.
Des maisons de luxe aux enseignes grand public, les références culinaires envahissent les collections. Loewe commercialise ainsi une pochette en cuir en forme de tomate à 4 150 dollars, tandis que Walmart propose des accessoires évoquant le poulet rÎti à partir de 5,97 dollars. Cette démocratisation trouve notamment son origine dans les créations de Puppets and Puppets, dont les sacs ornés de biscuits et les accessoires alimentaires extravagants avaient rencontré un succÚs viral dÚs 2020.
La pandĂ©mie a accĂ©lĂ©rĂ© ce phĂ©nomĂšne, avec lâengouement pour les vĂȘtements reprĂ©sentant des fraises, des fruits de mer ou des spĂ©cialitĂ©s culinaires. Cette Ă©volution prolonge la culture des « foodies » des annĂ©es 2000 et 2010, lorsque les prĂ©fĂ©rences alimentaires sont progressivement devenues des marqueurs identitaires.
Selon Cole Poska, directeur crĂ©atif de Beyond Studios, les marques alimentaires disposent dâun avantage considĂ©rable : leur histoire, leur identitĂ© visuelle et lâattachement Ă©motionnel de leurs consommateurs. Afficher son goĂ»t pour une enseigne, un plat ou un produit permet dĂ©sormais dâexprimer son appartenance culturelle et sociale.
Cependant, lâaccĂ©lĂ©ration des tendances sur les rĂ©seaux sociaux favorise une multiplication dâarticles conçus pour susciter rapidement lâattention, au dĂ©triment de leur qualitĂ© et de leur longĂ©vitĂ©. Cette logique contribue Ă la surconsommation et au dĂ©veloppement de produits rapidement dĂ©modĂ©s.
Dans un contexte dâinflation alimentaire, ces crĂ©ations prennent Ă©galement une dimension sociale. Un vĂȘtement cĂ©lĂ©brant le caviar ou les huĂźtres peut devenir un symbole de richesse et dâaccĂšs Ă une alimentation prestigieuse, accentuant le contraste avec les difficultĂ©s Ă©conomiques de certains consommateurs.
Face Ă cette saturation, des marques comme Meals privilĂ©gient une approche plus discrĂšte et fonctionnelle, associant rĂ©fĂ©rences culinaires, vĂȘtements utilitaires et qualitĂ© de fabrication. Son cofondateur, Sam Salad, dĂ©fend une stratĂ©gie fondĂ©e sur des collections limitĂ©es et cohĂ©rentes.

Food Dive, Oatly bets on fiber drinks to fuel plant-based turnaround, 02/11/2026
Le fabricant suĂ©dois de boissons vĂ©gĂ©tales Oatly engage une nouvelle Ă©tape de sa stratĂ©gie de dĂ©veloppement en misant sur les fibres alimentaires. ConfrontĂ©e au ralentissement du marchĂ© des alternatives au lait et Ă des difficultĂ©s persistantes de rentabilitĂ©, lâentreprise souhaite repositionner ses produits comme des boissons fonctionnelles rĂ©pondant aux nouvelles attentes nutritionnelles des consommateurs.
Cette orientation se traduit par le lancement dâune gamme de boissons Ă lâavoine enrichies en fibres, dĂ©jĂ commercialisĂ©e en Europe et dont lâarrivĂ©e en AmĂ©rique du Nord est prĂ©vue en janvier 2027. Elle comprend notamment une version peu calorique et sans sucre, adaptĂ©e Ă la prĂ©paration de boissons protĂ©inĂ©es, ainsi quâune rĂ©fĂ©rence destinĂ©e aux baristas, pauvre en sucre. Une portion dâenviron 250 millilitres apporte entre 5 et 6 grammes de fibres.
Pour Daniel Ordonez, directeur des opĂ©rations dâOatly, cette diversification constitue une Ă©volution naturelle du positionnement de lâentreprise, qui sâappuie sur plus de trente annĂ©es de recherche consacrĂ©es Ă lâavoine. Lâobjectif est de faire dâOatly un acteur majeur de la rĂ©duction du dĂ©ficit de consommation de fibres, particuliĂšrement important aux Ătats-Unis.
Selon les donnĂ©es du ministĂšre amĂ©ricain de lâAgriculture, plus de 90 % des femmes et 97 % des hommes ne respectent pas les recommandations nutritionnelles concernant les fibres. ParallĂšlement, lâutilisation croissante des mĂ©dicaments anti-obĂ©sitĂ© GLP-1 et lâintĂ©rĂȘt pour les ingrĂ©dients fonctionnels crĂ©ent de nouvelles opportunitĂ©s commerciales.
Cette stratĂ©gie intervient dans un contexte difficile pour les boissons vĂ©gĂ©tales. Aux Ătats-Unis, ce marchĂ©, Ă©valuĂ© Ă 2,7 milliards de dollars, a enregistrĂ© une baisse de 2 % de ses ventes en valeur en 2025, tandis que celles du lait traditionnel progressaient de 2 %.
AprĂšs plusieurs annĂ©es de difficultĂ©s financiĂšres et la cession dâune grande partie de ses actifs industriels amĂ©ricains, Oatly a renouĂ© avec une croissance rentable en 2025, soutenue notamment par ses performances europĂ©ennes. Au troisiĂšme trimestre 2026, son chiffre dâaffaires a progressĂ© de 9,1 % sur un an.
Lâentreprise entend dĂ©sormais dĂ©passer lâopposition traditionnelle entre lait animal et alternatives vĂ©gĂ©tales, en valorisant les qualitĂ©s gustatives, la texture et les bĂ©nĂ©fices nutritionnels de ses boissons.

Food Dive, Ultraprocessed food labels could cost industry $14B a year, 27/10/2026
Aux Ătats-Unis, lâinstauration dâun Ă©tiquetage obligatoire signalant les aliments ultratransformĂ©s pourrait entraĂźner des consĂ©quences Ă©conomiques majeures pour lâindustrie agroalimentaire. Selon une Ă©tude de lâuniversitĂ© de Chicago, cette mesure reprĂ©senterait un coĂ»t supplĂ©mentaire de 14 milliards de dollars par an pour les fabricants, alimentant le dĂ©bat entre impĂ©ratifs de santĂ© publique et compĂ©titivitĂ© industrielle.
LâĂ©tude estime que 72 % des produits alimentaires emballĂ©s seraient concernĂ©s, reprĂ©sentant 51 % des dĂ©penses alimentaires des consommateurs. Les coĂ»ts supplĂ©mentaires se rĂ©partiraient entre 9,5 milliards de dollars consacrĂ©s Ă la reformulation des produits et 4,5 milliards liĂ©s au renchĂ©rissement des ingrĂ©dients.
Cette analyse intervient alors que lâadministration amĂ©ricaine cherche Ă Ă©tablir une dĂ©finition rĂ©glementaire des aliments ultratransformĂ©s. Cette initiative sâinscrit dans le programme « Make America Healthy Again », portĂ© par le secrĂ©taire Ă la SantĂ© Robert F. Kennedy Jr. La Food and Drug Administration a transmis une proposition de dĂ©finition Ă la Maison-Blanche, mais son examen progresse lentement, notamment en raison des rĂ©ticences industrielles.
Plus de cent spĂ©cialistes de nutrition et de mĂ©decine ont rĂ©cemment demandĂ© aux autoritĂ©s de publier cette dĂ©finition. Selon eux, lâĂ©tablissement dâun rĂ©fĂ©rentiel commun permettrait dâamĂ©liorer lâinformation des consommateurs sans imposer immĂ©diatement de nouvelles obligations aux entreprises ni provoquer automatiquement une augmentation des prix.
Pour Ă©valuer les consĂ©quences Ă©conomiques dâun Ă©ventuel Ă©tiquetage, les chercheurs ont retenu une dĂ©finition inspirĂ©e de la classification Nova, fondĂ©e sur la prĂ©sence dâingrĂ©dients caractĂ©ristiques de lâultratransformation. Certains aliments rĂ©pondant aux critĂšres nutritionnels de la FDA seraient toutefois exemptĂ©s.
Au-delĂ des coĂ»ts industriels, lâĂ©tude anticipe une diminution annuelle dâun milliard de dollars des revenus de lâagriculture amĂ©ricaine et une augmentation potentielle des importations alimentaires pouvant atteindre 9,7 milliards. Ces estimations nâintĂšgrent pas les Ă©ventuels frais judiciaires liĂ©s Ă la rĂ©glementation.
Les chercheurs soulignent Ă©galement les limites scientifiques dâune approche fondĂ©e exclusivement sur le degrĂ© de transformation, estimant que celui-ci ne reflĂšte pas systĂ©matiquement la qualitĂ© nutritionnelle des produits.

The Grocer, The big shots: how Moju built a ÂŁ100m category, 05/11/2026
Au Royaume-Uni, Moju sâest imposĂ©e comme la marque de rĂ©fĂ©rence des shots de jus fonctionnels, contribuant Ă crĂ©er une catĂ©gorie dĂ©sormais Ă©valuĂ©e Ă plus de 100 millions de livres sterling en grande distribution. PortĂ©e par lâintĂ©rĂȘt croissant des consommateurs pour le bien-ĂȘtre et les boissons moins sucrĂ©es, lâentreprise affiche une croissance soutenue, avec des ventes en hausse de 25 % sur un an, Ă prĂšs de 38 millions de livres.
Fondée par Rich Goldsmith et Charlie Leet-Cook, Moju a débuté modestement avec la fabrication artisanale de jus pressés à froid. Initialement distribuée dans les commerces indépendants et les coffee shops, la marque a progressivement réorienté son activité vers les shots, introduits en 2016 et devenus son unique spécialité en 2019.
Ce repositionnement a permis de diffĂ©rencier Moju des jus traditionnels grĂące Ă des formats concentrĂ©s, pratiques et aux saveurs intenses, notamment Ă base de gingembre et de curcuma. Le lancement dâune bouteille multidoses de sept portions a constituĂ© une Ă©tape dĂ©cisive, transformant un achat impulsif en habitude de consommation quotidienne.
MalgrĂ© son succĂšs, la marque doit justifier un positionnement premium. Sa bouteille de 420 millilitres, commercialisĂ©e 5,95 livres, coĂ»te environ sept fois plus cher au litre quâun jus dâorange de marque distributeur chez Sainsburyâs. Moju investit donc massivement dans la communication pour expliquer les usages et les bĂ©nĂ©fices recherchĂ©s de ses produits.
Les perspectives restent importantes, puisque moins de 10 % des foyers britanniques achÚtent des shots. Pour élargir les occasions de consommation, Moju développe de nouvelles références, notamment Sweet Cherry Night Time, associant cerises, camomille, passiflore, curcuma et magnésium, destinée au rituel du soir.
Cette diversification vise à dépasser la consommation matinale et à installer les shots dans différents moments de la journée.
Sur le plan international, lâentreprise privilĂ©gie nĂ©anmoins la prudence. AprĂšs une implantation difficile chez Carrefour, elle prĂ©voit de quitter le marchĂ© français. Une expansion amĂ©ricaine reste envisageable, mais nâest pas prioritaire.

MinistĂšre de lâAgriculture, Performances commerciales et structuration des filiĂšres agricoles et agro-alimentaires, analyse comparĂ©e de six pays de lâUnion europĂ©enne
Lâagriculture et lâagroalimentaire français traversent une pĂ©riode de fragilisation commerciale. En 2025, leur excĂ©dent est tombĂ© Ă seulement 181 millions dâeuros, contre prĂšs de 5 milliards un an auparavant. LâĂ©tude du Centre dâĂ©tudes et de prospective montre que cette dĂ©gradation rĂ©sulte principalement des variations de prix, responsables de 70 % du recul, mais Ă©galement de difficultĂ©s structurelles dans plusieurs filiĂšres.
La France conserve des positions solides dans les cĂ©rĂ©ales et les boissons, mais ses dĂ©ficits se creusent dans les viandes et les fruits. Elle perd Ă©galement des parts de marchĂ© Ă lâinternational, malgrĂ© la progression de ses exportations en valeur. Sa dĂ©pendance croissante aux importations europĂ©ennes de produits transformĂ©s constitue une faiblesse majeure.
La comparaison avec cinq partenaires europĂ©ens rĂ©vĂšle des trajectoires divergentes. Tandis que la France et lâAllemagne voient leurs balances commerciales se dĂ©tĂ©riorer, lâEspagne, lâItalie, les Pays-Bas et la Pologne renforcent leurs excĂ©dents.
LâEspagne bĂ©nĂ©ficie dâune production diversifiĂ©e, de coĂ»ts du travail compĂ©titifs et de filiĂšres puissantes, notamment dans le porc, les fruits et lĂ©gumes et lâhuile dâolive. La Pologne sâappuie sur la modernisation de ses industries et son intĂ©gration au marchĂ© europĂ©en. LâItalie privilĂ©gie la valorisation de produits transformĂ©s, les marques nationales et les districts agroalimentaires spĂ©cialisĂ©s.
La France dispose pourtant dâatouts structurels : ses exploitations sont gĂ©nĂ©ralement plus grandes et sa population agricole relativement moins vieillissante. Toutefois, cette dimension ne garantit pas de meilleures performances Ă©conomiques. Dans les grandes cultures, les charges dâintrants rĂ©duisent la valeur ajoutĂ©e. Dans lâĂ©levage bovin, les revenus restent infĂ©rieurs Ă ceux de plusieurs concurrents.
Lâindustrie agroalimentaire française prĂ©sente Ă©galement un paradoxe : elle gĂ©nĂšre un chiffre dâaffaires et une valeur ajoutĂ©e importants, avec une productivitĂ© du travail relativement Ă©levĂ©e, mais sa rentabilitĂ© apparaĂźt moins favorable que celle de ses partenaires. Sa capacitĂ© dâinvestissement demeure nĂ©anmoins prĂ©servĂ©e.
LâĂ©tude souligne ainsi que la compĂ©titivitĂ© ne dĂ©pend pas uniquement des volumes produits ou de la taille des entreprises. Elle repose aussi sur la maĂźtrise des coĂ»ts, la transformation industrielle, la valorisation commerciale et lâorganisation des filiĂšres.
Pour la France, lâenjeu consiste Ă mieux convertir sa puissance agricole en valeur ajoutĂ©e, tout en renforçant sa prĂ©sence sur les marchĂ©s europĂ©ens et internationaux.
Les principaux point Ă retenir :
1. Une dĂ©gradation commerciale historique : lâexcĂ©dent français a quasiment disparu en 2025, mĂȘme si les effets conjoncturels de prix expliquent une grande partie de la chute.
2. Un problÚme de compétitivité sur les produits transformés : la France reste forte dans certaines matiÚres premiÚres agricoles, mais perd du terrain face à ses voisins dans plusieurs productions alimentaires à plus forte valeur ajoutée.
3. Des concurrents europĂ©ens aux stratĂ©gies efficaces : lâEspagne sâappuie sur ses coĂ»ts et sa diversification, la Pologne sur son industrie de transformation, et lâItalie sur la valorisation de son origine et de ses spĂ©cialitĂ©s.
4. La taille des exploitations ne suffit pas : les exploitations françaises disposent dâavantages structurels, mais leurs charges et leurs performances Ă©conomiques limitent parfois leur compĂ©titivitĂ©.
5. Une industrie agroalimentaire productive mais sous pression : la France crée beaucoup de valeur, sans toujours parvenir à dégager des marges comparables à celles de ses concurrents.

Un Ă©pisode de podcast en anglais qui sâintĂ©resse Ă ce qui fait une marque bien-ĂȘtre
Câest tout pour aujourdâhui.
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A la semaine prochaine!
O. Frey

