Bonjour Ă toutes et Ă tous,
Je suis Olivier Frey, Ă©conomiste et consultant spĂ©cialisĂ© dans lâagriculture et lâagroalimentaire. Chaque semaine, dans le cadre de mon activitĂ© et de ma veille personnelle, je lis de nombreux articles et Ă©tudes consacrĂ©s aux entreprises, aux filiĂšres et aux transformations du monde alimentaire.
Eatâs Business rassemble ceux qui mâont paru les plus intĂ©ressants ou les plus rĂ©vĂ©lateurs des Ă©volutions en cours.
Comme toujours, vous trouverez une formule ristretto pour aller Ă lâessentiel et une formule lungo pour celles et ceux qui souhaitent approfondir.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Les Ăchos, « Leur porte-avions Ă eux, câest la pizza » : lâItalie talonne la France sur le terrain agroalimentaire, 21/10/2026
Réussir, Manger en 2050 : les leviers du Shift Project pour un « systÚme alimentaire bas carbone, robuste et souverain », 22/10/2026
Financial Times, Cannabis drinks boom sparks rift in US alcohol industry, 24/10/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :


LSA, Grande distribution : le Sénat enterre le panier de 80 produits à prix coûtant, 23/10/2026
Le SĂ©nat a rejetĂ© cette semaine une proposition de loi visant Ă imposer aux grandes surfaces alimentaires la commercialisation permanente dâun panier de 80 produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© Ă prix coĂ»tant. DĂ©fendue par la sĂ©natrice Ă©cologiste Antoinette Guhl, cette mesure entendait amĂ©liorer lâaccĂšs des mĂ©nages Ă une alimentation Ă©quilibrĂ©e tout en encadrant certaines pratiques tarifaires de la grande distribution.
Le dispositif concernait les magasins alimentaires de plus de 400 mĂštres carrĂ©s appartenant Ă des rĂ©seaux comptant au moins cinq Ă©tablissements. Les enseignes auraient dĂ» proposer, pendant toute lâannĂ©e, un assortiment dâau moins 80 rĂ©fĂ©rences sĂ©lectionnĂ©es pour leurs qualitĂ©s nutritionnelles.
Les produits concernés comprenaient notamment des fruits, des légumes, des légumineuses, des céréales complÚtes et du poisson, conformément aux orientations du Programme national nutrition santé.
La notion de prix coĂ»tant constituait le principal point de dĂ©saccord. Le texte autorisait les distributeurs Ă intĂ©grer le prix dâachat et les frais nĂ©cessaires Ă la commercialisation, mais interdisait lâajout dâune marge supplĂ©mentaire. Une dĂ©rogation au seuil de revente Ă perte majorĂ© de 10 % Ă©tait Ă©galement prĂ©vue.
La commission des affaires Ă©conomiques du SĂ©nat, qui avait dĂ©jĂ rejetĂ© les dispositions du texte le 14 octobre, a soulignĂ© les difficultĂ©s juridiques et opĂ©rationnelles dâune telle obligation.
Son rapporteur, Marc SĂ©nĂ©, a notamment estimĂ© que le calcul et le contrĂŽle du prix coĂ»tant seraient particuliĂšrement complexes, cette notion ne disposant pas dâune dĂ©finition juridique prĂ©existante directement applicable.
Les opposants au dispositif redoutaient Ă©galement des effets indirects sur les prix. Les distributeurs auraient pu compenser les marges abandonnĂ©es sur les produits concernĂ©s en augmentant celles dâautres rĂ©fĂ©rences. La mesure risquait aussi de crĂ©er des dĂ©sĂ©quilibres concurrentiels avec les commerces de proximitĂ©.
La majorité sénatoriale a privilégié les initiatives volontaires déjà engagées par plusieurs enseignes, notamment Coopérative U, Intermarché et Carrefour.
Les dĂ©fenseurs du texte considĂšrent au contraire quâune obligation nationale permettrait de garantir un accĂšs durable aux produits sains, indĂ©pendamment des stratĂ©gies promotionnelles des distributeurs.

Libération, «Certaines adresses fonctionnent comme des fast-foods» : les coffee-shops, un marché sans filtre, 17/10/2026
Le marchĂ© français des coffee-shops connaĂźt une expansion spectaculaire, accompagnĂ©e dâune diversification croissante des concepts et dâune segmentation de lâoffre. Initialement portĂ© par des passionnĂ©s de cafĂ© de spĂ©cialitĂ©, le secteur attire dĂ©sormais des entrepreneurs privilĂ©giant les tendances de consommation, les expĂ©riences originales et la visibilitĂ© sur les rĂ©seaux sociaux.
Cette dynamique sâest accĂ©lĂ©rĂ©e aprĂšs la pandĂ©mie, pĂ©riode durant laquelle les consommateurs ont dĂ©veloppĂ© leur intĂ©rĂȘt pour les cafĂ©s de qualitĂ©. Le modĂšle Ă©conomique sĂ©duit Ă©galement les professionnels de la restauration grĂące Ă ses contraintes dâexploitation relativement limitĂ©es : surfaces commerciales rĂ©duites, horaires principalement diurnes et Ă©quipements de cuisine moins complexes.
Selon le Collectif café, le nombre de coffee-shops a progressé de 74 % entre 2010 et 2025. En 2023, la France comptait environ 2 150 établissements. Cette multiplication des enseignes soulÚve toutefois des interrogations sur une éventuelle saturation du marché, particuliÚrement dans les grandes villes.
Deux modÚles se distinguent progressivement. Le premier repose sur une expertise approfondie du café, associant sélection rigoureuse des grains, traçabilité, torréfaction artisanale et maßtrise de la préparation. Le second privilégie les boissons gourmandes, les recettes aromatisées et les concepts visuels susceptibles de séduire une clientÚle sensible aux tendances.
Cette Ă©volution sâaccompagne dâune banalisation de lâexpression « cafĂ© de spĂ©cialitĂ© ». Bien que cette catĂ©gorie repose sur une Ă©valuation sensorielle reconnue internationalement, son utilisation commerciale ne constitue pas un label contrĂŽlĂ©. Certains Ă©tablissements peuvent ainsi revendiquer cette appellation sans garantir une qualitĂ© constante dans la tasse.
ParallĂšlement, une nouvelle gĂ©nĂ©ration dâadresses affirme des identitĂ©s culinaires et culturelles plus marquĂ©es. Des Ă©tablissements valorisent notamment les traditions vietnamiennes, corĂ©ennes ou mĂ©diterranĂ©ennes, dĂ©passant les codes standardisĂ©s du coffee-shop international.
Dâautres professionnels revendiquent une dĂ©marche plus responsable, en limitant volontairement leur carte et en refusant certains produits devenus populaires mais jugĂ©s incompatibles avec leurs engagements environnementaux.

LâUsine Nouvelle, Le leader français des pĂątes Panzani veut fusionner avec le portugais Cerealis, pour former un gĂ©ant europĂ©en valorisĂ© Ă 1,8 milliard dâeuros, 19/10/2026
Le fabricant français Panzani et le groupe portugais Cerealis ont annoncĂ© leur entrĂ©e en nĂ©gociations exclusives en vue dâun rapprochement stratĂ©gique.
Le futur ensemble reprĂ©senterait environ un milliard dâeuros de chiffre dâaffaires annuel consolidĂ©, prĂšs de 1 800 salariĂ©s et onze sites industriels. Cette alliance permettrait de rĂ©unir deux entreprises disposant de positions solides sur leurs marchĂ©s nationaux et de compĂ©tences complĂ©mentaires dans la transformation des cĂ©rĂ©ales.
Leader français des pĂątes alimentaires, Panzani a rĂ©alisĂ© 620 millions dâeuros de chiffre dâaffaires en 2025. Lâentreprise emploie plus de 860 personnes et possĂšde six sites industriels en France, notamment Ă Nanterre, Gennevilliers, Marseille et Vitrolles. Elle dispose Ă©galement de trois centres de recherche et dĂ©veloppement, consacrĂ©s notamment au blĂ© dur, aux pĂątes et aux sauces.
De son cĂŽtĂ©, Cerealis, implantĂ© Ă Porto, a gĂ©nĂ©rĂ© 400 millions dâeuros de revenus en 2025. Le groupe familial portugais emploie plus de 900 collaborateurs et exploite cinq sites industriels. Ses activitĂ©s couvrent les pĂątes sĂšches, les cĂ©rĂ©ales pour petit-dĂ©jeuner, les biscuits, les barres cĂ©rĂ©aliĂšres et la farine. Il possĂšde Ă©galement des implantations en Espagne, en RĂ©publique tchĂšque et en Pologne.
Le projet prĂ©voit une rĂ©organisation de lâactionnariat. Les familles historiques de Cerealis et la sociĂ©tĂ© dâinvestissement Sofina conserveraient une participation, tandis que CVC Capital Partners, propriĂ©taire de Panzani depuis 2021, deviendrait actionnaire minoritaire.
Lâorganisation opĂ©rationnelle resterait dĂ©centralisĂ©e. Chaque entreprise conserverait son siĂšge et sa direction. Les partenaires mettent en avant les complĂ©mentaritĂ©s industrielles, technologiques et commerciales susceptibles de renforcer leur capacitĂ© dâinnovation et leurs perspectives de croissance.
Le rapprochement demeure toutefois conditionnĂ© aux procĂ©dures dâinformation et de consultation des reprĂ©sentants du personnel ainsi quâaux autorisations rĂ©glementaires nĂ©cessaires.
Les Ăchos, « Leur porte-avions Ă eux, câest la pizza » : lâItalie talonne la France sur le terrain agroalimentaire, 21/10/2026
Lâindustrie agroalimentaire italienne renforce sa prĂ©sence internationale et menace dĂ©sormais la position française sur le marchĂ© des produits alimentaires transformĂ©s. Cette progression sâest illustrĂ© particuliĂšrement lors du SSIAL Paris 2026 qui avait lieu cette semaine.
Les performances commerciales confirment ce rapprochement. En 2025, les exportations françaises de produits alimentaires transformĂ©s atteignaient 63 milliards dâeuros, plaçant lâHexagone au quatriĂšme rang mondial, derriĂšre les Ătats-Unis, lâAllemagne et les Pays-Bas. LâItalie enregistrait 59 milliards dâeuros. Selon le Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires, les industriels italiens pourraient rattraper leurs concurrents français dâici cinq ans.
Cette Ă©volution traduit deux stratĂ©gies commerciales diffĂ©rentes. La France privilĂ©gie traditionnellement les produits gastronomiques prestigieux, notamment les grands vins, le champagne et les spĂ©cialitĂ©s haut de gamme. LâItalie sâappuie davantage sur des produits accessibles et largement consommĂ©s, comme les pĂątes, les pizzas, la charcuterie ou le prosecco.
La rĂ©ussite italienne repose Ă©galement sur une stratĂ©gie collective de promotion. Les entreprises, les organisations professionnelles et les institutions publiques valorisent leurs productions sous une identitĂ© nationale commune, le « made in Italy », tout en conservant leurs spĂ©cificitĂ©s rĂ©gionales. Lâagence italienne ICE-ITA accompagne ainsi 218 entreprises prĂ©sentes au Sial.
Ă lâinverse, les professionnels français regrettent une organisation plus fragmentĂ©e, caractĂ©risĂ©e par de nombreuses PME disposant de moyens limitĂ©s pour conquĂ©rir les marchĂ©s Ă©trangers. Ils soulignent Ă©galement une difficultĂ© Ă adapter les produits aux attentes des consommateurs internationaux.
MalgrĂ© le lancement de la marque institutionnelle Taste France en 2020, la promotion collective de lâagroalimentaire français est jugĂ©e insuffisante. Les industriels dĂ©plorent notamment le manque de visibilitĂ© politique accordĂ©e Ă leur secteur, pourtant premier employeur industriel national. Dans un contexte de consommation intĂ©rieure peu dynamique, lâexportation reprĂ©sente un relais de croissance de plus en plus essentiel.
Les Ăchos, Glaces, truffes, soupes⊠ces industriels qui veulent sâĂ©manciper des saisons, 18/10/2026
Face aux contraintes Ă©conomiques liĂ©es Ă la saisonnalitĂ©, les industriels agroalimentaires multiplient les initiatives destinĂ©es Ă rĂ©partir leur activitĂ© sur lâensemble de lâannĂ©e. Lâobjectif consiste Ă rĂ©duire les fluctuations de production, amĂ©liorer la rentabilitĂ© des usines et dĂ©velopper de nouvelles occasions de consommation.
La concentration des ventes sur quelques semaines engendre des coûts importants : recours aux travailleurs temporaires, capacités industrielles sous-utilisées pendant certaines périodes et tensions de trésorerie. Une production plus réguliÚre permettrait de stabiliser les charges, de mieux planifier les approvisionnements et de préserver les compétences des salariés.
Le fabricant de confiseries Chocmod illustre cette stratĂ©gie. SpĂ©cialisĂ©e dans les truffes chocolatĂ©es et les guimauves, lâentreprise rĂ©alisait encore 90 % de son chiffre dâaffaires pendant les fĂȘtes de fin dâannĂ©e en 2021. Cette proportion a Ă©tĂ© ramenĂ©e Ă 68 % en 2025, sans recul de son activitĂ© saisonniĂšre.
Cette Ă©volution repose sur la conquĂȘte de marchĂ©s internationaux, qui reprĂ©sentent dĂ©sormais 80 % de ses 56 millions dâeuros de revenus, et sur la diversification des Ă©vĂ©nements commerciaux : Halloween, PĂąques ou Nouvel An chinois. Lâentreprise a ainsi augmentĂ© ses effectifs permanents dans son usine du nord de la France, passant de 45 Ă 96 salariĂ©s en CDI.
Les fabricants de glaces poursuivent des objectifs similaires. En France, Magnum rĂ©alise 60 % de son chiffre dâaffaires durant les cent premiers jours de lâĂ©tĂ©. DĂ©sormais sĂ©parĂ©e dâUnilever, lâentreprise souhaite dĂ©velopper les ventes hivernales grĂące Ă des bĂ»ches glacĂ©es et des formats adaptĂ©s Ă dâautres moments de consommation.
Les fabricants de soupes cherchent Ă©galement Ă renouveler leur offre. Liebig travaille notamment sur des recettes de gaspacho afin de rĂ©pondre aux tempĂ©ratures estivales et Ă lâĂ©volution climatique, qui tend Ă raccourcir la saison favorable aux soupes chaudes.
Le secteur des sirops explore quant à lui les cocktails sans alcool et les boissons chaudes inspirées des coffee-shops. Les références évoquant le spritz ou le mojito enregistrent une progression de 30 % des ventes en deux ans, selon les données Nielsen communiquées par la profession.

Les Ăchos, « Ce nâest pas seulement une boisson alcoolisĂ©e, câest un produit culturel » : pour ses 90 ans dâAOC, le cognac fait un pari, 23/10/2026
Alors que lâappellation dâorigine contrĂŽlĂ©e cognac cĂ©lĂšbre ses 90 ans, la filiĂšre traverse une crise Ă©conomique majeure, marquĂ©e par la contraction des exportations et les tensions commerciales internationales. Les festivitĂ©s du quatriĂšme Ban de la distillation, organisĂ©es en octobre 2026, tĂ©moignent de la volontĂ© des professionnels de valoriser davantage leur patrimoine et leur attractivitĂ© touristique.
Depuis 2022, le cognac a perdu 40 % de ses marchĂ©s. La derniĂšre campagne sâest achevĂ©e sur des expĂ©ditions historiquement faibles de 143 millions de bouteilles, en recul de 7,1 % en volume et de 16,4 % en valeur, Ă 2,2 milliards dâeuros.
Quelques indicateurs suggÚrent néanmoins une stabilisation. Les expéditions ont progressé de 3,2 % durant les sept premiers mois de 2026. Moët Hennessy affiche une croissance organique de 5 %, tandis que la division cognac de Rémy Cointreau enregistre une hausse de 7,7 %. Le Bureau national interprofessionnel du cognac reste toutefois prudent sur la pérennité de cette amélioration.
Les marchĂ©s amĂ©ricains et chinois prĂ©sentent des situations contrastĂ©es. Les Ătats-Unis montrent des signes de reprise, tandis que la Chine demeure difficile, malgrĂ© les accords commerciaux rĂ©cemment conclus. Les restrictions entourant la consommation dâalcool lors des rĂ©ceptions officielles chinoises pĂšsent Ă©galement sur les perspectives.
Face Ă cette situation, certains dirigeants envisagent une adaptation structurelle du vignoble. Alexandre Gabriel, prĂ©sident de Maison Ferrand, prĂ©conise notamment une rĂ©duction des capacitĂ©s de production et une reconquĂȘte du marchĂ© français, historiquement secondaire puisque 98 % du cognac est exportĂ©.
Les collectivitĂ©s et les maisons de cognac misent dĂ©sormais sur lâĆnotourisme pour diversifier leurs revenus. Lâobjectif territorial consiste Ă doubler les nuitĂ©es touristiques, de 600 000 Ă 1,2 million dâici 2030, en sâinspirant notamment du modĂšle Ă©cossais. Trente-cinq maisons proposent dĂ©jĂ des visites permanentes. Des investissements portent Ă©galement sur le patrimoine architectural, les itinĂ©raires cyclables, la navigation fluviale et lâaccueil de sĂ©minaires.
Enfin, Cognac ambitionne une inscription au patrimoine mondial de lâUnesco, afin de renforcer son rayonnement culturel et touristique dans un contexte de profonde transformation Ă©conomique.

Le Figaro, Quâest-ce que lâhexane, ce solvant dont les dĂ©putĂ©s ont votĂ© lâinterdiction dans lâalimentation Ă partir de 2027 ?, 22/10/2026
Lâutilisation de lâhexane dans lâindustrie agroalimentaire pourrait ĂȘtre interdite en France Ă partir de 2027. Cette semaine les dĂ©putĂ©s ont adoptĂ© de justesse, contre lâavis du gouvernement, une disposition visant Ă supprimer le recours Ă ce solvant pĂ©trochimique dans la fabrication des produits alimentaires. Cette dĂ©cision constitue une avancĂ©e importante pour les organisations environnementales, notamment Greenpeace France, mobilisĂ©es depuis plusieurs annĂ©es sur ce dossier.
Lâhexane est principalement utilisĂ© pour extraire les matiĂšres grasses des graines olĂ©agineuses, notamment le colza, le tournesol et le soja. AprĂšs une premiĂšre pression mĂ©canique, les graines sont traitĂ©es avec ce solvant afin de rĂ©cupĂ©rer lâhuile rĂ©siduelle. Ce procĂ©dĂ© permet dâatteindre un rendement dâenviron 97 %, contre 89 % pour une extraction mĂ©canique Ă froid, selon Greenpeace.
ConsidĂ©rĂ© rĂ©glementairement comme un auxiliaire technologique et non comme un ingrĂ©dient, lâhexane nâapparaĂźt pas dans les listes de composition des produits alimentaires. Cette absence dâinformation alimente les critiques concernant la transparence des procĂ©dĂ©s industriels.
Les prĂ©occupations sanitaires portent principalement sur sa toxicitĂ©. LâAutoritĂ© europĂ©enne de sĂ©curitĂ© des aliments (EFSA) a signalĂ© en juin 2025 lâexistence de donnĂ©es rĂ©centes concernant de possibles effets neurologiques, rĂ©naux, hĂ©patiques, pulmonaires, immunitaires et reproductifs, dont la pertinence reste Ă Ă©valuer.
Depuis mai 2026, lâhexane est classĂ© comme neurotoxique avĂ©rĂ© au niveau europĂ©en. Les risques documentĂ©s concernent notamment les personnes fortement exposĂ©es par inhalation, chez lesquelles des atteintes des nerfs pĂ©riphĂ©riques peuvent survenir. Ces dangers professionnels ne permettent toutefois pas, Ă eux seuls, de quantifier les risques liĂ©s aux rĂ©sidus alimentaires.
Greenpeace souligne Ă©galement les insuffisances du cadre rĂ©glementaire concernant lâalimentation animale et certains produits dâorigine animale. Selon lâorganisation, une partie de lâhexane rĂ©siduel pourrait se retrouver dans les tourteaux destinĂ©s Ă nourrir les Ă©levages, soulevant des interrogations sur sa prĂ©sence indirecte dans la chaĂźne alimentaire.
Au-delà des enjeux sanitaires, le solvant soulÚve des préoccupations environnementales liées à son origine pétroliÚre et aux émissions associées à son utilisation.

Réussir, Manger en 2050 : les leviers du Shift Project pour un « systÚme alimentaire bas carbone, robuste et souverain », 22/10/2026
Le Shift Project a prĂ©sentĂ© cette semaine un rapport intermĂ©diaire consacrĂ© Ă lâavenir du systĂšme alimentaire français Ă lâhorizon 2050. Cette Ă©tude vise Ă identifier les transformations nĂ©cessaires pour concilier rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă effet de serre, amĂ©lioration de la santĂ© publique, prĂ©servation des ressources naturelles et renforcement de la souverainetĂ© alimentaire.
Ces travaux prolongent un prĂ©cĂ©dent rapport publiĂ© fin 2024 sur lâavenir de lâagriculture française. Le think tank entend dĂ©sormais Ă©largir son analyse aux interactions entre production agricole, transformation industrielle et consommation alimentaire.
Trois scénarios prospectifs sont examinés : la poursuite des tendances actuelles, une trajectoire privilégiant les innovations et une troisiÚme approche reposant sur des changements plus traditionnels des pratiques alimentaires et agricoles.
Leur Ă©valuation sâappuie sur plusieurs critĂšres : qualitĂ© nutritionnelle des rĂ©gimes alimentaires, dĂ©pendance aux importations, Ă©missions de gaz Ă effet de serre, consommation dâeau et biodiversitĂ©. Des simulations de crises climatiques et une analyse Ă©conomique complĂ©teront ces travaux avant la publication du rapport dĂ©finitif, prĂ©vue en mars 2027.
Le scĂ©nario tendanciel prolonge les Ă©volutions observĂ©es au cours des derniĂšres dĂ©cennies. Il prĂ©voit une diminution de 6 % des volumes alimentaires consommĂ©s dâici 2050, accompagnĂ©e dâune transformation importante de la composition des repas.
La consommation de produits animaux non préparés reculerait de 36 %, tandis que celle des aliments préparés progresserait de 41 %. Les substituts végétaux connaßtraient une croissance particuliÚrement forte, leurs volumes étant multipliés par 4,7.
Ces changements ne garantiraient cependant pas une amĂ©lioration nutritionnelle. Les Français consommeraient encore moins de fruits et lĂ©gumes quâactuellement, tout en augmentant leur consommation de charcuterie.
Sur le plan agricole, les besoins de production progresseraient légÚrement, de 3 %. Les filiÚres porcines et oléagineuses deviendraient davantage dépendantes des importations, fragilisant certains objectifs de souveraineté.
Les Ă©missions de gaz Ă effet de serre diminueraient dans lâagriculture et lâindustrie alimentaire, mais insuffisamment pour respecter la StratĂ©gie nationale bas-carbone. ParallĂšlement, la consommation dâĂ©nergies fossiles augmenterait dans les industries agroalimentaires.
Pour le Shift Project, la poursuite des tendances actuelles ne permettrait donc pas dâatteindre simultanĂ©ment les objectifs climatiques, sanitaires et Ă©conomiques. LâĂ©tude met en Ă©vidence la nĂ©cessitĂ© de transformations coordonnĂ©es de lâensemble du systĂšme alimentaire, au-delĂ des seules Ă©volutions spontanĂ©es de la consommation.


New York Times, Cereal Is in a Crunch. Can a Health Pitch Save It?, 17/10/2026
Lâindustrie amĂ©ricaine des cĂ©rĂ©ales pour petit-dĂ©jeuner traverse une pĂ©riode difficile, confrontĂ©e Ă lâĂ©volution des habitudes alimentaires et Ă la dĂ©fiance croissante envers les produits ultratransformĂ©s. Pour enrayer cette tendance, les fabricants cherchent Ă repositionner leurs produits autour des bĂ©nĂ©fices nutritionnels, notamment les protĂ©ines, les fibres et la santĂ© digestive.
ĂvaluĂ© Ă prĂšs de 13 milliards de dollars, le marchĂ© amĂ©ricain a enregistrĂ© une baisse de 13 % des volumes vendus entre 2021 et 2025, selon Nielsen IQ. MalgrĂ© les augmentations tarifaires, les ventes en valeur reculent Ă©galement. Les jeunes gĂ©nĂ©rations, particuliĂšrement la gĂ©nĂ©ration Z, privilĂ©gient dĂ©sormais des alternatives perçues comme plus pratiques ou plus saines, telles que les yaourts Ă boire et les barres nutritionnelles.
Face à cette évolution, les grands industriels multiplient les innovations. General Mills développe des versions enrichies en protéines de ses marques historiques, tandis que WK Kellogg, racheté par Ferrero en 2025, valorise davantage les fibres et les vitamines sur ses emballages. Le groupe a notamment lancé Kashi Gut Health Granola en juillet 2026. Ferrero a également acquis le spécialiste du granola Purely Elizabeth pour 850 millions de dollars.
Les nouveaux acteurs, comme Catalina Crunch et Magic Spoon, gagnent du terrain avec des céréales riches en protéines et pauvres en sucre. Les marques de distributeurs, notamment Aldi, renforcent également leur offre nutritionnelle à prix compétitifs.
Les fabricants cherchent parallÚlement à diversifier les occasions de consommation. Les céréales sont désormais proposées comme collations ou desserts, avec des formats nomades et des partenariats dans la restauration glacée.
Cette stratĂ©gie constitue un retour aux origines du secteur. Apparues en 1863 comme aliments destinĂ©s Ă amĂ©liorer la digestion, les cĂ©rĂ©ales ont progressivement Ă©voluĂ© vers des produits sucrĂ©s, soutenus par dâimportantes campagnes publicitaires.
Toutefois, les promesses sanitaires suscitent des controverses. La nutritionniste Marion Nestle rappelle que les industriels ont rĂ©guliĂšrement utilisĂ© des arguments nutritionnels contestables, parfois sanctionnĂ©s par les autoritĂ©s amĂ©ricaines. Lâenrichissement en nutriments ne suffit pas nĂ©cessairement Ă transformer un produit sucrĂ© en aliment sain.

Modern Retail, PepsiCo bets on refrigerated fresh foods like gazpacho and guacamole to drive growth, 20/10/2026
ConfrontĂ© au ralentissement des ventes de sodas et de produits apĂ©ritifs, PepsiCo accĂ©lĂšre sa diversification vers les aliments frais rĂ©frigĂ©rĂ©s. Le groupe amĂ©ricain entend rĂ©pondre Ă lâĂ©volution des attentes des consommateurs, dĂ©sormais davantage tournĂ©s vers des produits perçus comme naturels, pratiques et de meilleure qualitĂ© nutritionnelle.
Cette stratĂ©gie se concrĂ©tise notamment par lâintroduction aux Ătats-Unis dâAlvalle, marque espagnole de gaspachos et de soupes froides acquise en 1999. CommercialisĂ©e depuis aoĂ»t 2026 dans certains magasins Whole Foods Market, elle bĂ©nĂ©ficie dĂ©jĂ dâune forte notoriĂ©tĂ© en Espagne, oĂč elle domine le marchĂ© du gaspacho, ainsi quâen France et au Portugal. PepsiCo prĂ©voit dâĂ©tendre progressivement sa distribution Ă dâautres enseignes amĂ©ricaines.
Le groupe dĂ©veloppe parallĂšlement une gamme de guacamoles frais sous sa marque Tostitos, distribuĂ©e notamment chez Walmart et Kroger. Ces innovations sâinscrivent dans une stratĂ©gie visant Ă conquĂ©rir de nouvelles occasions de consommation, entre repas lĂ©gers, accompagnements et collations.
Selon PepsiCo, les rayons rĂ©frigĂ©rĂ©s constituent un relais de croissance particuliĂšrement prometteur. Une Ă©tude citĂ©e par lâentreprise indique que 77 % des consommateurs associent les produits rĂ©frigĂ©rĂ©s Ă une qualitĂ© supĂ©rieure, justifiant potentiellement un prix plus Ă©levĂ©. Par ailleurs, selon Numerator, la frĂ©quentation de ces rayons a progressĂ© 15 % plus rapidement que celle des rayons dâĂ©picerie ambiante en 2025.
Pour renforcer leur attractivitĂ©, les nouvelles rĂ©fĂ©rences privilĂ©gient des compositions rĂ©pondant aux exigences des consommateurs. Les produits Alvalle et les guacamoles Tostitos bĂ©nĂ©ficient notamment dâune certification garantissant lâabsence dâOGM, tandis que ces derniers ne contiennent ni colorants, ni arĂŽmes, ni conservateurs artificiels.
Cette diversification prĂ©sente toutefois dâimportants dĂ©fis logistiques. Historiquement organisĂ©e autour de produits de longue conservation, la chaĂźne dâapprovisionnement de PepsiCo doit dĂ©sormais intĂ©grer les contraintes de la rĂ©frigĂ©ration, des durĂ©es de vie limitĂ©es et des risques de pertes. Lâimportation maritime des gaspachos Alvalle depuis lâEspagne accentue ces difficultĂ©s. Le groupe sâappuie nĂ©anmoins sur lâexpĂ©rience acquise dans les produits frais, notamment grĂące au contrĂŽle intĂ©gral de la marque de houmous Sabra.

The Guardian, Have scientists finally found a way to save the banana from disaster?, 22/10/2026
La production mondiale de bananes, estimĂ©e Ă 139 millions de tonnes annuelles, fait face Ă une menace croissante liĂ©e au changement climatique et Ă la propagation de maladies dĂ©vastatrices. La variĂ©tĂ© Cavendish, qui domine aujourdâhui le commerce international, est particuliĂšrement vulnĂ©rable Ă la maladie de Panama, notamment Ă sa souche Tropical Race 4 (TR4). Une rĂ©cente avancĂ©e scientifique pourrait cependant ouvrir de nouvelles perspectives pour prĂ©server cette culture essentielle Ă lâalimentation et Ă lâĂ©conomie de nombreux pays.
En octobre 2026, Yelloway, partenariat de recherche entre le gĂ©ant bananier Chiquita et lâentreprise de biotechnologie vĂ©gĂ©tale KeyGene, a annoncĂ© avoir dĂ©veloppĂ© une lignĂ©e de Cavendish entiĂšrement fertile, baptisĂ©e « Yellowdish ». Cette innovation pourrait permettre de crĂ©er, par croisements traditionnels, de nouvelles variĂ©tĂ©s rĂ©sistantes aux maladies et adaptĂ©es aux exigences commerciales.
Historiquement, la Cavendish sâest imposĂ©e aprĂšs la disparition progressive de la variĂ©tĂ© Gros Michel, ravagĂ©e par la maladie de Panama Ă partir des annĂ©es 1950. Mais sa multiplication vĂ©gĂ©tative produit des plants gĂ©nĂ©tiquement presque identiques, favorisant leur vulnĂ©rabilitĂ© collective aux agents pathogĂšnes.
La souche TR4 sâest dĂ©sormais propagĂ©e de lâAsie du Sud-Est vers lâAustralie, lâAfrique, le Moyen-Orient et lâAmĂ©rique latine. Son signalement en Ăquateur en dĂ©cembre 2025, premier exportateur mondial de bananes, accentue les inquiĂ©tudes concernant les approvisionnements internationaux et la sĂ©curitĂ© alimentaire.
Plusieurs stratĂ©gies scientifiques sont explorĂ©es. En Australie, lâUniversitĂ© de technologie du Queensland a dĂ©veloppĂ© une Cavendish gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©e, baptisĂ©e QCAV-4, intĂ©grant un gĂšne de rĂ©sistance provenant dâun bananier sauvage. Cette variĂ©tĂ© a obtenu une autorisation de consommation en Australie et en Nouvelle-ZĂ©lande.
Dâautres chercheurs privilĂ©gient lâĂ©dition gĂ©nomique pour renforcer les mĂ©canismes naturels de rĂ©sistance de la Cavendish, sans modifier ses principales caractĂ©ristiques commerciales.
Lâapproche de Yelloway se distingue par sa volontĂ© de restaurer la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique grĂące aux croisements, plutĂŽt que de prĂ©server une monoculture vulnĂ©rable. Elle pourrait Ă©galement bĂ©nĂ©ficier dâune meilleure acceptabilitĂ© rĂ©glementaire et commerciale.
Des incertitudes demeurent toutefois concernant les caractéristiques génétiques de Yellowdish et les performances de ses descendants. Les futures variétés devront conjuguer résistance aux maladies, productivité élevée et qualités gustatives satisfaisantes.

Financial Times, Cannabis drinks boom sparks rift in US alcohol industry, 24/10/2026
Le dĂ©veloppement rapide des boissons infusĂ©es au THC, principale substance psychoactive du cannabis, provoque des tensions au sein de lâindustrie amĂ©ricaine des boissons alcoolisĂ©es. Alors que les producteurs de biĂšre et de spiritueux rĂ©clament un encadrement rĂ©glementaire strict, les distributeurs souhaitent prĂ©server un marchĂ© en forte croissance, devenu un relais de chiffre dâaffaires.
Les boissons contenant du THC dĂ©rivĂ© du chanvre connaissent un succĂšs grandissant auprĂšs des consommateurs amĂ©ricains, notamment grĂące Ă leur positionnement comme alternatives Ă lâalcool, prĂ©sentĂ©es comme plus saines et sans gueule de bois. Des marques comme Wynk, Crescent ou Nowadays commercialisent ainsi des boissons pĂ©tillantes aromatisĂ©es aux fruits, disponibles dans les commerces de nombreux Ătats.
Selon le cabinet Whitney Economics, ce marchĂ© reprĂ©sente dĂ©sormais plus dâun milliard de dollars de revenus annuels. NielsenIQ indique que plus dâun quart des adultes amĂ©ricains ont dĂ©jĂ essayĂ© ces boissons. Dans les points de vente suivis par lâinstitut, leurs ventes ont progressĂ© de 74 % sur douze mois, atteignant 289 millions de dollars.
Cette dynamique contraste avec les difficultĂ©s historiques rencontrĂ©es par lâindustrie de lâalcool, pĂ©nalisĂ©e par lâĂ©volution des habitudes de consommation, les prĂ©occupations sanitaires et la rĂ©duction du pouvoir dâachat.
Le dĂ©veloppement de cette catĂ©gorie rĂ©sulte dâune lĂ©gislation adoptĂ©e en 2018 autorisant la production de chanvre, qui a indirectement facilitĂ© la commercialisation de produits contenant du THC.
Toutefois, une nouvelle réglementation fédérale, prévue pour décembre 2026, limiterait leur teneur en THC à 0,4 milligramme, entraßnant potentiellement le retrait de la majorité des références actuellement commercialisées.
Les producteurs traditionnels dâalcool soutiennent ce durcissement, invoquant les risques sanitaires et la nĂ©cessitĂ© dâune concurrence Ă©quitable. Ă lâinverse, les grossistes souhaitent intĂ©grer ces boissons au systĂšme rĂ©glementĂ© de distribution des alcools, craignant quâune interdiction favorise le marchĂ© clandestin. Certains dĂ©taillants pourraient perdre jusquâĂ 20 % de leurs revenus.
Les industriels affichent nĂ©anmoins des positions divergentes. Tilray Brands, prĂ©sent simultanĂ©ment dans la biĂšre, les spiritueux et les boissons au THC, considĂšre cette nouvelle catĂ©gorie comme une opportunitĂ© commerciale majeure, malgrĂ© son potentiel de substitution Ă lâalcool.

The Washington Post, How small-farm romanticism undercuts our agricultural reality, 21/10/2026
Dans cette tribune, la journaliste Tamar Haspel remet en question lâidĂ©alisation des petites exploitations agricoles, dĂ©fendue notamment par lâĂ©crivain et agriculteur amĂ©ricain Wendell Berry, dĂ©cĂ©dĂ© en aoĂ»t 2026. Si elle reconnaĂźt les qualitĂ©s environnementales et sociales de ce modĂšle, elle estime quâil ne constitue pas une solution rĂ©aliste pour nourrir une population mondiale dĂ©passant huit milliards dâhabitants.
Figure influente du mouvement en faveur dâune alimentation responsable, Wendell Berry dĂ©fendait une agriculture Ă taille humaine, diversifiĂ©e, respectueuse des Ă©cosystĂšmes et profondĂ©ment ancrĂ©e dans les communautĂ©s rurales. Il dĂ©nonçait lâindustrialisation agricole, considĂ©rĂ©e comme incompatible avec les fondements biologiques et Ă©cologiques de lâagriculture.
Tamar Haspel reconnaĂźt la pertinence de certaines critiques adressĂ©es Ă lâagriculture intensive. Aux Ătats-Unis, les monocultures de maĂŻs et de soja contribuent notamment Ă lâĂ©rosion des sols, tandis que lâutilisation excessive dâengrais pollue les ressources en eau. Lâusage rĂ©pĂ©tĂ© de pesticides favorise Ă©galement lâapparition de rĂ©sistances chez les ravageurs et les adventices.
Toutefois, la journaliste considĂšre que la gĂ©nĂ©ralisation des petites fermes entraĂźnerait des consĂ©quences Ă©conomiques et environnementales importantes. Leur productivitĂ© gĂ©nĂ©ralement infĂ©rieure nĂ©cessiterait davantage de terres agricoles, augmenterait les coĂ»ts de production et renchĂ©rirait les prix alimentaires. Elle exigerait Ă©galement une main-dâĆuvre plus nombreuse pour accomplir des travaux physiquement difficiles.
Selon elle, les grandes exploitations mĂ©canisĂ©es demeurent indispensables Ă la production massive de cultures alimentaires fondamentales, notamment les cĂ©rĂ©ales, les lĂ©gumineuses et les pommes de terre. Les Ă©conomies dâĂ©chelle permettent de produire efficacement les volumes nĂ©cessaires Ă lâalimentation mondiale.
La journaliste plaide donc pour une amĂ©lioration des pratiques de lâagriculture industrielle plutĂŽt que pour son remplacement par des modĂšles exclusivement artisanaux. Elle reconnaĂźt nĂ©anmoins que les petites exploitations peuvent prĂ©senter davantage dâavantages dans certaines productions animales.
Au-delĂ des considĂ©rations agronomiques, Tamar Haspel critique la polarisation des dĂ©bats agricoles. Lâopposition entre dĂ©fenseurs des petites fermes et partisans de lâagriculture industrielle empĂȘche, selon elle, dâĂ©valuer objectivement les solutions disponibles.

Forbes, Potato Chips Fried In Water? Why Food Innovation Is Now A Leadership Test, 21/10/2026
Ă lâoccasion du SIAL Paris 2026, lâarticle souligne une transformation profonde de lâinnovation agroalimentaire. Au-delĂ des nouveaux produits, des saveurs originales et des emballages attractifs, les industriels commencent Ă remettre en question les procĂ©dĂ©s de fabrication et les modĂšles Ă©conomiques qui structurent historiquement le secteur.
Parmi les innovations prĂ©sentĂ©es, lâentreprise suisse NĂŒkt a particuliĂšrement retenu lâattention avec des chips croustillantes produites Ă partir dâun procĂ©dĂ© utilisant de lâeau plutĂŽt quâune friture traditionnelle Ă lâhuile (et pour les avoir goĂ»tĂ© moi-mĂȘme le rĂ©sultat est assez bluffant). Une autre sociĂ©tĂ© suisse, Zeen Tech, a dĂ©voilĂ© une technologie industrielle reposant Ă©galement sur lâutilisation de lâeau pour transformer certains aliments.
Ces procĂ©dĂ©s pourraient ouvrir des perspectives en matiĂšre de rĂ©duction des matiĂšres grasses, dâefficacitĂ© Ă©nergĂ©tique, de gestion des dĂ©chets et dâoptimisation industrielle. Leur viabilitĂ© Ă©conomique Ă grande Ă©chelle reste toutefois Ă dĂ©montrer.
Dâautres innovations illustrent cette remise en question des pratiques Ă©tablies : une farine de framboise obtenue Ă partir de pĂ©pins rĂ©cupĂ©rĂ©s, des bouchĂ©es fruitĂ©es enrobĂ©es de yaourt associant prĂ©biotiques, probiotiques et postbiotiques, ou encore un fromage italien affinĂ© dans une enveloppe dâargile respirante.
Ces exemples témoignent de la convergence croissante entre nutrition, durabilité, technologie et valorisation des coproduits. Les consommateurs recherchent désormais des aliments réunissant plaisir gustatif, praticité, accessibilité et bénéfices sanitaires ou environnementaux crédibles.
Selon les perspectives sectorielles 2026 de Deloitte, 88 % des entreprises agroalimentaires interrogées adaptent leurs stratégies de développement pour répondre à la demande de produits plus sains et fonctionnels.
Mais cette Ă©volution constitue avant tout un dĂ©fi de gouvernance. Les entreprises organisĂ©es autour de dĂ©partements cloisonnĂ©s risquent de nĂ©gliger des innovations qui dĂ©passent leurs compĂ©tences traditionnelles. Les investissements passĂ©s et les Ă©quipements existants peuvent Ă©galement freiner lâexploration de technologies radicalement diffĂ©rentes.
Lâarticle insiste nĂ©anmoins sur la nĂ©cessitĂ© de distinguer innovation prometteuse et rĂ©ussite commerciale. Un ingrĂ©dient fonctionnel ne garantit pas automatiquement un bĂ©nĂ©fice sanitaire dĂ©montrĂ©, tandis quâun procĂ©dĂ© original nâest pas nĂ©cessairement rentable ou industrialisable.
Câest tout pour aujourdâhui.
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A la semaine prochaine!
O. Frey

