Bonjour Ă toutes et Ă tous,
Je suis Olivier Frey, Ă©conomiste et consultant spĂ©cialisĂ© dans lâagriculture et lâagroalimentaire. Chaque semaine, dans le cadre de mon activitĂ© et de ma veille personnelle, je lis de nombreux articles et Ă©tudes consacrĂ©s aux entreprises, aux filiĂšres et aux transformations du monde alimentaire.
Eatâs Business rassemble ceux qui mâont paru les plus intĂ©ressants ou les plus rĂ©vĂ©lateurs des Ă©volutions en cours.
Comme toujours, vous trouverez une formule ristretto pour aller Ă lâessentiel et une formule lungo pour celles et ceux qui souhaitent approfondir.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Le Monde, Les Philippines se mobilisent pour gagner la bataille de lâube, un tubercule trĂšs prisĂ© par la « gĂ©nĂ©ration Z », 28/09/2026
Le Parisien, « Elle cumule tous les avantages » : conviviale, salée ou sucrée, pourquoi nous sommes tous fous de pinsa, 03/10/2026
The Guardian, A âfreaked outâ US food industry is hitting back at Maha â with social media influencers, 30/09/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
LSA, Taxe sur les produits sucrés : biscuits, céréales, chocolat⊠ce que prévoit vraiment le gouvernement, 02/10/2026
Le gouvernement français prĂ©voit dâĂ©tendre, Ă compter du 1er janvier 2027, la fiscalitĂ© dĂ©jĂ appliquĂ©e aux boissons sucrĂ©es Ă plusieurs catĂ©gories de produits alimentaires solides transformĂ©s et prĂ©emballĂ©s. La mesure figure Ă lâarticle 8 du projet de loi de financement de la SĂ©curitĂ© sociale pour 2027. Elle vise notamment les biscuits, gĂąteaux industriels, viennoiseries, cĂ©rĂ©ales du petit-dĂ©jeuner, barres cĂ©rĂ©aliĂšres, confiseries, produits chocolatĂ©s et certaines glaces. Toutefois, la contribution ne sâappliquera pas Ă tous les produits sucrĂ©s : ils devront contenir Ă la fois des sucres et au moins un additif alimentaire autorisĂ©.
Le barĂšme principal dĂ©marre Ă 10 g de sucres pour 100 g de produit. Entre 10 % et moins de 23 % de sucres, la taxe atteindra 4,07 euros par quintal ; elle passera Ă 14 euros entre 23 % et moins de 30 %, puis Ă 22 euros Ă partir de 30 %. Un barĂšme spĂ©cifique est prĂ©vu pour les confiseries et produits chocolatĂ©s, avec des seuils plus Ă©levĂ©s, fixĂ©s Ă 47 % puis 56 %. Le calcul porte sur la quantitĂ© totale de sucres, quâils soient ajoutĂ©s ou naturellement prĂ©sents.
Ă cette fiscalitĂ© pourra sâajouter une contribution sur les Ă©dulcorants de synthĂšse : 4,50 euros par quintal jusquâĂ 120 mg par kilo, puis 6 euros au-delĂ . Un produit situĂ© dans la tranche maximale des deux dispositifs pourrait donc supporter 28 euros par quintal, soit 28 centimes par kilo. Les tarifs seraient ensuite revalorisĂ©s chaque annĂ©e avec lâinflation hors tabac.
Lâobjectif affichĂ© nâest pas principalement budgĂ©taire, mais nutritionnel et industriel : pousser les fabricants Ă reformuler leurs recettes. Le gouvernement cite notamment lâexemple britannique des boissons sucrĂ©es et estime que les catĂ©gories ciblĂ©es reprĂ©sentent environ un tiers des apports en sucres des enfants et adolescents. Le produit de la taxe sera affectĂ© Ă la branche maladie du rĂ©gime agricole.
LâAnia conteste fortement cette approche. Lâorganisation professionnelle craint une hausse des prix en rayon, une nouvelle pression sur les trĂ©soreries des PME et ETI et un risque accru pour certains sites industriels. La mesure pourrait aussi peser sur les prochaines nĂ©gociations commerciales entre fabricants et distributeurs, notamment pour les marques de distributeur. Les recettes attendues restent incertaines : si la reformulation fonctionne, le rendement de la taxe est prĂ©cisĂ©ment censĂ© diminuer.
Les Ăchos, Faux bio, eau potable payante, labels abusifs⊠ces cas de greenwashing alimentaire repĂ©rĂ©s par la rĂ©pression des fraudes, 01/10/2026
La DGCCRF a rendu publics les rĂ©sultats de sept campagnes de contrĂŽle menĂ©es en 2024 et 2025 auprĂšs de 6 500 professionnels de lâalimentation durable. Lâobjectif Ă©tait de repĂ©rer les pratiques de greenwashing et les manquements rĂ©glementaires, de lâagriculture biologique Ă la restauration collective en passant par les alternatives vĂ©gĂ©tales et la distribution. Au total, 15,5 % des professionnels contrĂŽlĂ©s prĂ©sentaient des anomalies ayant entraĂźnĂ© des suites correctives ou rĂ©pressives, un taux infĂ©rieur Ă la moyenne de 25,8 % constatĂ©e dans lâensemble des enquĂȘtes de la DGCCRF. Lâadministration souligne nĂ©anmoins quâil faut rester vigilant : plus dâun contrĂŽle sur six a rĂ©vĂ©lĂ© des problĂšmes jugĂ©s prĂ©occupants. Elle a Ă©mis environ 800 injonctions de mise en conformitĂ©, transmis 170 procĂšs-verbaux pĂ©naux au parquet et adressĂ© 1 100 avertissements.
Premier point de vigilance : les alternatives vĂ©gĂ©tales. Sur environ 200 professionnels contrĂŽlĂ©s en 2024, 19 % ont fait lâobjet de suites. Les enquĂȘteurs ont relevĂ© des allĂ©gations erronĂ©es ou trompeuses concernant, par exemple, lâabsence de conservateurs, la prĂ©sence de calcium ou la composition dâun produit prĂ©sentĂ© comme contenant du lait dâamande.
DeuxiĂšme sujet : la restauration. Si lâusage de vaisselle rĂ©employable est globalement respectĂ©, prĂšs de la moitiĂ© des 800 Ă©tablissements examinĂ©s en 2025 ne satisfaisaient pas pleinement Ă leurs obligations concernant la mise Ă disposition gratuite dâeau potable et lâinformation des clients. Certains facturaient verres ou carafes, voire ne proposaient que de lâeau en bouteille.
Dans les cantines, plus de 600 Ă©tablissements ont Ă©tĂ© contrĂŽlĂ©s. Environ 11 % ont fait lâobjet de corrections ou de sanctions. Des plats, pains ou repas prĂ©sentĂ©s comme biologiques ne lâĂ©taient pas toujours, et certains fournisseurs nâont pas respectĂ© les garanties annoncĂ©es dâorigine ou de fraĂźcheur. Une amende de 60 000 euros a notamment Ă©tĂ© prononcĂ©e contre un fournisseur.
Enfin, la filiĂšre biologique reste elle aussi concernĂ©e. Sur 4 800 professionnels contrĂŽlĂ©s, plus de 15 % ont fait lâobjet de suites, avec plus de 650 injonctions et 130 procĂšs-verbaux. La DGCCRF cite notamment lâusage abusif du logo bio ou de mentions environnementales. Ces contrĂŽles prennent une importance supplĂ©mentaire alors que le cadre europĂ©en doit renforcer les exigences applicables aux labels de durabilitĂ©, notamment par le recours Ă des certifications indĂ©pendantes.
Le Monde, Les Philippines se mobilisent pour gagner la bataille de lâube, un tubercule trĂšs prisĂ© par la « gĂ©nĂ©ration Z », 28/09/2026
Lâube, igname violette emblĂ©matique des Philippines, connaĂźt un engouement mondial qui dĂ©passe dĂ©sormais les capacitĂ©s de production de lâarchipel. Longtemps associĂ© aux desserts philippins, ce tubercule au goĂ»t doux et lĂ©gĂšrement vanillĂ© sâest imposĂ© ces derniĂšres annĂ©es dans les glaces, lattes, cheesecakes et autres crĂ©ations destinĂ©es aux rĂ©seaux sociaux. AprĂšs avoir Ă©tĂ© popularisĂ© aux Ătats-Unis par la diaspora philippine, il a gagnĂ© en visibilitĂ© auprĂšs de la gĂ©nĂ©ration Z en CorĂ©e du Sud, notamment grĂące Ă un cheesecake basque Ă lâube commercialisĂ© par Starbucks, avant de devenir viral Ă Tokyo, Londres, Hongkong ou Bangkok. Certains observateurs le prĂ©sentent mĂȘme comme un possible concurrent du matcha.
Ce succĂšs pose toutefois un problĂšme dâapprovisionnement. Les Philippines ne parviennent plus Ă rĂ©pondre Ă la hausse de la demande internationale et voient monter la concurrence du Vietnam, tandis que des produits chinois imitant lâube circulent sur les marchĂ©s. Pour protĂ©ger son matĂ©riel vĂ©gĂ©tal et Ă©viter que des concurrents utilisent des variĂ©tĂ©s philippines, Manille a suspendu en aoĂ»t les exportations dâube frais, de plants et de tubercules de semence.
La pĂ©nurie de matĂ©riel de plantation sâexplique par plusieurs facteurs. Certains producteurs ont vendu une part excessive de leurs rĂ©coltes Ă lâexport au lieu de conserver des tubercules pour la replantation. La culture reste par ailleurs peu mĂ©canisĂ©e, souvent pratiquĂ©e sur de petites parcelles, avec un cycle long de huit Ă onze mois. Faute de soutien public suffisant jusquâĂ rĂ©cemment, de nombreux agriculteurs ont privilĂ©giĂ© des cultures plus rentables. La production nationale est ainsi passĂ©e de plus de 30 000 tonnes en 2006 Ă environ 12 000 tonnes en 2025, malgrĂ© un rebond de 22 % au deuxiĂšme trimestre 2026.
Le gouvernement philippin cherche dĂ©sormais Ă structurer la filiĂšre. Il a inaugurĂ© un laboratoire de culture de tissus Ă Los Baños, annoncĂ© des budgets spĂ©cifiques pour 2027, soutient la crĂ©ation dâune FĂ©dĂ©ration nationale de lâube et envisage un label « Ube des Philippines » assorti de protections gĂ©ographiques.
Les enjeux Ă©conomiques sont importants. Les exportations philippines nâont reprĂ©sentĂ© quâenviron 3 millions de dollars en 2025, alors que le marchĂ© mondial de lâube Ă©tait estimĂ© Ă 455 millions de dollars en 2024 et pourrait atteindre 943 millions en 2035. Le Vietnam dispose dĂ©jĂ dâavantages industriels en surgĂ©lation et dĂ©shydratation. La Chine, elle, domine les poudres et colorants violets, ce qui alimente la confusion entre vĂ©ritable ube, taro et patate douce colorĂ©e.
Le Parisien, « Elle cumule tous les avantages » : conviviale, salée ou sucrée, pourquoi nous sommes tous fous de pinsa, 03/10/2026
La pinsa, spĂ©cialitĂ© romaine longtemps mĂ©connue du grand public français, connaĂźt actuellement un vĂ©ritable essor. Concurrente revendiquĂ©e de la pizza, elle se distingue par sa forme ovale et par une pĂąte composĂ©e de trois farines â blĂ©, riz et soja â qui lui confĂšre une texture plus lĂ©gĂšre. Sa fermentation est Ă©galement plus longue, de 48 Ă 72 heures, contre 8 Ă 24 heures pour une pizza classique, avec une hydratation plus importante, autour de 80 %. Le rĂ©sultat est une pĂąte croustillante Ă lâextĂ©rieur, mais lĂ©gĂšre, moelleuse et trĂšs alvĂ©olĂ©e Ă lâintĂ©rieur.
Autre atout : la pinsa est prĂ©cuite, ce qui permet de la rĂ©chauffer en cinq ou six minutes seulement. Elle peut ĂȘtre consommĂ©e aussi bien Ă lâapĂ©ritif quâen plat principal et se dĂ©cliner en versions salĂ©es ou sucrĂ©es. Sur les rĂ©seaux sociaux, elle bĂ©nĂ©ficie dâune forte visibilitĂ©, avec environ 600 000 publications recensĂ©es sur Instagram. Les recettes se multiplient, du chĂšvre-miel au saumon fumĂ©-ricotta, tandis que des personnalitĂ©s du monde culinaire comme Julie Andrieu contribuent Ă la populariser.
Le produit sâest imposĂ© trĂšs rapidement dans la grande distribution. Grand Frais lâa introduit dans ses rayons en 2023, avant une diffusion plus large Ă partir de 2024. Entre septembre 2025 et aoĂ»t 2026, environ 8 millions de pinsas ont Ă©tĂ© vendues en France, pour un chiffre dâaffaires de 27 millions dâeuros, soit 2,5 fois plus que lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente selon Circana. Chez Grand Frais, la pinsa figure parmi les meilleures ventes, au point de connaĂźtre ponctuellement des ruptures. Son prix reste relativement accessible : la rĂ©fĂ©rence Harrys est par exemple commercialisĂ©e autour de 3,40 euros lâunitĂ©.
Les marques de distributeur se positionnent Ă©galement sur ce marchĂ©. IntermarchĂ© et CoopĂ©rative U ont lancĂ© leurs propres rĂ©fĂ©rences, cette derniĂšre indiquant avoir vendu plus de 600 000 unitĂ©s en un an, avec une nette accĂ©lĂ©ration pendant lâĂ©tĂ©.
La tendance sâinscrit plus largement dans lâengouement des consommateurs français pour les produits italiens. Selon NielsenIQ, les catĂ©gories italiennes reprĂ©sentent 7,1 milliards dâeuros de chiffre dâaffaires en 2026 et progressent de 3,7 % en volume. La pinsa profite donc Ă la fois dâun effet de nouveautĂ©, de sa praticitĂ© et de lâattractivitĂ© persistante de la cuisine italienne.
Le Parisien Week-End, La sardine conserve tous ses atouts, 02/10/2026
Longtemps considĂ©rĂ©e comme un produit simple, voire un peu dĂ©suet, la sardine en conserve connaĂźt un retour en grĂące spectaculaire. Peu chĂšre, facile Ă stocker et trĂšs rapide Ă prĂ©parer, elle sĂ©duit de nouveau les consommateurs, notamment les plus jeunes. Sa consommation progresse alors mĂȘme que le produit reste accessible, autour de 1 Ă 3 euros la boĂźte selon les rĂ©fĂ©rences. Ă la fin du mois dâaoĂ»t 2026, les ventes de sardines en conserve avaient ainsi augmentĂ© de 10 % environ sur un an.
Ce regain dâintĂ©rĂȘt sâexplique dâabord par les qualitĂ©s nutritionnelles du petit poisson. Riche en omĂ©ga-3, en protĂ©ines et en vitamine D, la sardine rĂ©pond aux attentes actuelles en matiĂšre dâalimentation saine. Elle est aussi perçue comme pratique et polyvalente : elle peut ĂȘtre consommĂ©e telle quelle, intĂ©grĂ©e Ă des pĂątes, associĂ©e Ă une sauce tomate ou utilisĂ©e dans des recettes plus Ă©laborĂ©es. Des chefs et crĂ©ateurs de contenus contribuent Ă renouveler son image en proposant rĂ©guliĂšrement de nouvelles façons de la cuisiner.
La tendance sâinscrit Ă©galement dans un contexte de recherche de produits plus abordables. La sardine a progressivement pris le relais dâautres poissons devenus plus coĂ»teux, notamment le thon. Les rĂ©seaux sociaux participent fortement Ă cette Ă©volution : influenceurs culinaires et crĂ©ateurs spĂ©cialisĂ©s dans le bien-ĂȘtre mettent en avant ses bĂ©nĂ©fices nutritionnels, mais aussi son intĂ©rĂȘt pour la peau grĂące aux acides gras quâelle contient.
Les jeunes gĂ©nĂ©rations jouent un rĂŽle central dans cette dynamique. Selon les donnĂ©es citĂ©es dans lâarticle, les moins de 35 ans reprĂ©sentent dĂ©sormais 40 % de la croissance du marchĂ© français. Cette Ă©volution pousse les conserveries Ă moderniser leur communication, leur identitĂ© visuelle et leurs recettes. La Belle-Iloise, par exemple, constate une hausse importante des ventes auprĂšs de cette clientĂšle et mise sur des rĂ©fĂ©rences aromatisĂ©es, notamment Ă lâhuile dâolive, au citron ou au piment.
Le marchĂ© reste toutefois confrontĂ© Ă plusieurs fragilitĂ©s. Certaines conserveries dĂ©pendent dâapprovisionnements extĂ©rieurs, notamment du Maroc, oĂč la sardine fait face Ă une baisse de disponibilitĂ©. Les professionnels Ă©voquent en particulier la dĂ©gradation de la qualitĂ© du plancton en MĂ©diterranĂ©e, principale nourriture du poisson. Les sardines deviennent plus petites et moins abondantes. MalgrĂ© ces tensions, le secteur conserve une image positive, portĂ©e par un produit Ă la fois Ă©conomique, pratique, nutritif et dĂ©sormais redevenu tendance.
Grubstreet, What If You Never Cooked Again? Raw ingredients are a hassle and delivery fees are obscene, but gourmet grocers are thriving like never before, 29/09/2026
Ă New York, les aliments prĂ©parĂ©s par les Ă©piceries haut de gamme connaissent un essor spectaculaire, au point de redĂ©finir la frontiĂšre entre supermarchĂ©, restauration et livraison. Lâarticle prend pour point de dĂ©part Butterfield Market, institution de lâUpper East Side dont la cuisine centrale produit chaque jour dâĂ©normes quantitĂ©s de poulet, salades, poissons, accompagnements et desserts. Face Ă la demande, lâenseigne a quittĂ© son ancienne cuisine pour un site cinq fois plus grand dans le Queens. Environ 40 % de son activitĂ© provient dĂ©sormais des plats prĂ©parĂ©s, auxquels sâajoutent le sushi, le frozen yogurt ou les smoothies.
La tendance dĂ©passe largement Butterfield. Meadow Lane, Rigor Hill Market, Ouriâs, Goop Kitchen, Happier Grocery et H. Valley proposent une alimentation prĂȘte Ă consommer, souvent positionnĂ©e comme plus fraĂźche, plus saine et plus dĂ©sirable que le take-away traditionnel. Ces enseignes vendent aussi une expĂ©rience : dĂ©cor soignĂ©, sentiment de communautĂ©, clientĂšle rĂ©guliĂšre et image de « troisiĂšme lieu » oĂč lâon peut prendre un cafĂ©, dĂ©jeuner puis repartir avec le dĂźner.
Cette croissance sâinscrit dans un contexte difficile pour lâĂ©picerie traditionnelle. Selon un expert de McKinsey citĂ© dans lâarticle, les visites en magasin reculent globalement tandis que les dĂ©placements spĂ©cifiquement destinĂ©s Ă acheter des repas prĂ©parĂ©s progressent de 9 % sur un an. Dans le mĂȘme temps, la livraison de repas a perdu une partie de son attrait. AprĂšs la fin des subventions massives des plateformes, les frais de service, de livraison, les pourboires et la hausse des prix des restaurants ont fortement renchĂ©ri les commandes. Les aliments prĂ©parĂ©s peuvent alors apparaĂźtre comme un compromis, moins coĂ»teux et moins contraignant quâune livraison ou un restaurant.
Lâarticle insiste aussi sur lâĂ©volution des modes de vie. Le travail, les attentes de disponibilitĂ© permanente et le manque de temps augmentent la valeur de la commoditĂ©. Pour certains consommateurs, acheter des portions prĂȘtes Ă manger rĂ©duit aussi le gaspillage et Ă©vite la planification des repas. Lâauteure teste elle-mĂȘme plusieurs enseignes et constate que la qualitĂ© est inĂ©gale, mais que le principal bĂ©nĂ©fice rĂ©side dans lâabsence de charge mentale.
Ce marché reste néanmoins trÚs premium. Les salades à plus de 20 dollars, les jus à 11 dollars ou les accompagnements coûteux relÚvent autant du luxe quotidien que de la simple praticité. Pourtant, les ouvertures se multiplient, signe que cette nouvelle maniÚre de « cuisiner sans cuisiner » gagne du terrain.
The Guardian, A âfreaked outâ US food industry is hitting back at Maha â with social media influencers, 30/09/2026
Lâarticle dĂ©crit la riposte organisĂ©e dâune partie de lâindustrie agroalimentaire et agricole amĂ©ricaine face au mouvement Make America Healthy Again, ou Maha, associĂ© Ă Robert F. Kennedy Jr. Selon lâarticle, plusieurs grandes entreprises et organisations professionnelles financent, via le Center for Food Integrity (CFI), une campagne baptisĂ©e Growing a Healthier America, ou Gaha, destinĂ©e Ă rĂ©pondre aux critiques portant notamment sur les pesticides, les huiles de graines, le sirop de maĂŻs riche en fructose, lâagriculture rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, le bio, le lait cru et les grandes entreprises agricoles.
Le contexte est celui dâun dĂ©bat devenu transversal aux Ătats-Unis. Un sondage KFF de mai 2026 citĂ© par le journal indique quâenviron quatre adultes sur dix disent soutenir Maha, tandis que 64 % estiment insuffisante la rĂ©glementation des pesticides agricoles et 75 % celle des additifs alimentaires chimiques. Le Guardian souligne cependant que le mouvement mĂȘle des prĂ©occupations largement partagĂ©es sur lâalimentation et lâagriculture Ă certaines affirmations contestĂ©es ou fausses sur dâautres sujets, notamment les vaccins.
DâaprĂšs des documents internes obtenus par les deux mĂ©dias, le CFI suit les thĂšmes qui progressent dans lâopinion, prĂ©pare des guides de communication et recommande des porte-parole diffĂ©rents selon les publics : agriculteurs et influenceurs « bien-ĂȘtre » pour ceux sensibles Ă lâauthenticitĂ©, scientifiques et diĂ©tĂ©ticiens pour les publics plus rationnels, ou crĂ©ateurs lifestyle pour dâautres segments. La campagne rĂ©munĂšre aussi des influenceurs sur Instagram, TikTok, Facebook et des blogs. Au moins six crĂ©ateurs auraient participĂ©, avec une audience cumulĂ©e supĂ©rieure Ă 2,6 millions de personnes. Le CFI revendiquait, dans une note dâaoĂ»t, 13,2 millions dâimpressions et plus de 1,1 million dâinteractions.
Certains influenceurs interrogĂ©s expliquent avoir acceptĂ© ces collaborations pour corriger ce quâils considĂšrent comme de la dĂ©sinformation. Ils affirment conserver une autonomie Ă©ditoriale ou scientifique. Le financement du programme permet par ailleurs aux plus importants donateurs de participer Ă des rĂ©unions stratĂ©giques, voire de siĂ©ger au conseil de direction du projet.
Les experts citĂ©s divergent sur la portĂ©e de cette mobilisation. Jerold Mande y voit une forme de « gestion de crise » face Ă un mouvement capable de fĂ©dĂ©rer au-delĂ des clivages habituels. Marion Nestle estime pour sa part que le lobbying de lâindustrie nâa rien de nouveau et souligne que, malgrĂ© sa visibilitĂ©, Maha nâa pas encore entraĂźnĂ© de transformation rĂ©glementaire majeure du systĂšme alimentaire.
The Guardian, On the rocks? Scotch distilleries pause production as unsold âwhisky lochâ grows, 29/09/2026
Lâindustrie du whisky Ă©cossais traverse un net retournement aprĂšs une quinzaine dâannĂ©es de croissance, accĂ©lĂ©rĂ©e pendant la pandĂ©mie. Le Guardian dĂ©crit une situation de surproduction telle que plusieurs distilleries ont ralenti ou suspendu leur activitĂ© afin dâĂ©viter dâalimenter davantage un « whisky loch », expression utilisĂ©e pour dĂ©signer lâaccumulation de stocks invendus. Diageo, premier acteur du secteur et producteur dâenviron une bouteille de Scotch sur trois dans le monde, agrandit notamment son gigantesque site de maturation de Cluny, prĂšs de Kirkcaldy, qui pourra Ă terme accueillir prĂšs de trois millions de fĂ»ts.
Les difficultĂ©s ont dĂ©jĂ des consĂ©quences industrielles et sociales. La distillerie communautaire GlenWyvis a annoncĂ© son intention de nommer des administrateurs aprĂšs des pressions financiĂšres persistantes, tandis que des salariĂ©s de Cameronbridge, la plus grande distillerie de Diageo, ont engagĂ© une grĂšve contre des suppressions dâemplois prĂ©vues en Ăcosse. Des dizaines des 156 distilleries actives du pays seraient par ailleurs susceptibles dâĂȘtre mises en vente, selon lâarticle.
Plusieurs facteurs expliquent cette correction. AprĂšs des achats importants durant la pandĂ©mie, certains consommateurs disposent encore de stocks chez eux. La modĂ©ration de la consommation dâalcool, les prĂ©occupations de santĂ© et la hausse des prix pĂšsent Ă©galement sur la demande. Ă cela sâajoutent les incertitudes Ă©conomiques, particuliĂšrement sensibles pour un produit considĂ©rĂ© comme un achat de luxe. Le ralentissement touche dâailleurs plus largement les spiritueux : cinq grands groupes cotĂ©s dĂ©tiendraient ensemble 22 milliards de dollars de stocks dâalcools en vieillissement.
Le Scotch est particuliĂšrement difficile Ă piloter car il doit vieillir au minimum trois ans en fĂ»t de chĂȘne en Ăcosse, et parfois plusieurs dĂ©cennies. Les dĂ©cisions de production prises aujourdâhui ne rĂ©pondent donc quâavec retard Ă lâĂ©volution de la demande. Selon la Scotch Whisky Association citĂ©e par le journal, les droits de douane amĂ©ricains instaurĂ©s en avril 2025 avaient provoquĂ© une baisse de 15 % des exportations vers les Ătats-Unis avant leur suppression ultĂ©rieure. La demande française a aussi reculĂ©, tandis que la Chine nâa pas tenu toutes les promesses espĂ©rĂ©es. LâInde progresse fortement, sans encore compenser ces baisses.
Holyrood Distillery, Ă Ădimbourg, a elle aussi interrompu sa production, mais bĂ©nĂ©ficie du tourisme, qui reprĂ©sente environ la moitiĂ© de ses revenus. MalgrĂ© le creux actuel, plusieurs professionnels interrogĂ©s jugent le phĂ©nomĂšne cyclique et rappellent que les pĂ©riodes de sous-production peuvent, quelques annĂ©es plus tard, provoquer lâeffet inverse : une pĂ©nurie de whisky disponible.
Food and Wine, TikTokâs Latest Trend Chooses Your Next Lunch Spot â I Put It to the Test, 30/09/2026
Lâarticle sâintĂ©resse Ă une nouvelle habitude de recherche de restaurants sur TikTok : le « lunch in my city ». Le principe est volontairement simple. Lâutilisateur ouvre la barre de recherche de lâapplication et tape exactement cette expression, sans mĂȘme prĂ©ciser le nom de sa ville. Lâalgorithme propose alors des vidĂ©os gĂ©olocalisĂ©es ou adaptĂ©es au profil de lâutilisateur, transformant TikTok en outil de dĂ©couverte de restaurants.
Cette pratique sâinscrit dans une Ă©volution plus large des comportements. Lâarticle cite une enquĂȘte de lâagence marketing MGH selon laquelle 58 % des utilisateurs de TikTok auraient dĂ©jĂ visitĂ© un restaurant aprĂšs lâavoir vu sur la plateforme, soit une hausse de 20 % par rapport Ă une enquĂȘte similaire menĂ©e en 2022. La moitiĂ© des personnes interrogĂ©es dĂ©clareraient Ă©galement que TikTok joue un rĂŽle important dans leurs choix de restaurants. Le phĂ©nomĂšne prolonge lâinfluence exercĂ©e par certains crĂ©ateurs spĂ©cialisĂ©s, Ă lâimage de Keith Lee, dont une recommandation positive peut attirer de longues files de clients vers un Ă©tablissement.
La journaliste Merlyn Miller teste la mĂ©thode Ă New York. Sur son propre tĂ©lĂ©phone, TikTok lui recommande notamment des adresses de sandwichs comme Edithâs et Sandwits, oĂč les prix se situent gĂ©nĂ©ralement entre 15 et 20 dollars. Les rĂ©sultats sont jugĂ©s plutĂŽt pertinents, mĂȘme sâils ne lui font pas nĂ©cessairement dĂ©couvrir des lieux totalement inconnus.
LâexpĂ©rience devient plus instructive lorsquâelle utilise le tĂ©lĂ©phone dâune collĂšgue, afin de mesurer lâeffet de la personnalisation algorithmique. Une premiĂšre recherche fait apparaĂźtre Yogi by Barnjoo, gastropub corĂ©en proposant un dĂ©jeuner Ă 26 dollars. ProblĂšme : lâĂ©tablissement avait fermĂ©, alors que la vidĂ©o recommandĂ©e datait de dĂ©cembre 2025. Une seconde recherche suggĂšre Vivibowl, jeune concept new-yorkais mĂȘlant influences mexicaines et asiatiques et fondĂ© sur une approche dite de « rainbow eating ». Lâenseigne reste disponible sur les plateformes de livraison, mais certains bols atteignent environ 21 dollars et correspondent peu aux habitudes alimentaires de la collĂšgue.
Le test met donc en Ă©vidence Ă la fois la puissance et les limites de TikTok comme moteur de recommandation. Lâoutil peut susciter la dĂ©couverte et introduire une part de hasard apprĂ©ciable, dans une ville inconnue. Mais les rĂ©sultats dĂ©pendent de lâalgorithme personnel, peuvent ĂȘtre datĂ©s et ne garantissent ni lâadĂ©quation au budget ni celle aux goĂ»ts de lâutilisateur.
Financial Times, Lab-grown meat: moral mission meets market realities, 01/10/2026
Lâarticle dĂ©crit le changement de cap du secteur de la viande cultivĂ©e. Il y a quelques annĂ©es, les start-up promettaient de remplacer lâĂ©levage par des steaks ou des filets de poulet produits Ă partir de cellules dans des biorĂ©acteurs. La technologie commence Ă arriver sur le marchĂ©, mais sous des formes beaucoup plus ciblĂ©es : aliments pour animaux, ingrĂ©dients pour saucisses, saumon cultivĂ© ou encore produits mĂȘlant cellules animales et composants vĂ©gĂ©taux. La prioritĂ© nâest plus de reproduire une piĂšce de viande premium, mais de trouver des niches oĂč le coĂ»t est plus facile Ă justifier.
Le secteur a Ă©tĂ© freinĂ© par quatre obstacles majeurs : des coĂ»ts de production Ă©levĂ©s, une rĂ©glementation lente, le scepticisme des consommateurs et surtout la difficultĂ© Ă passer du laboratoire Ă lâĂ©chelle industrielle. Les financements se sont contractĂ©s. Selon le Good Food Institute les entreprises de protĂ©ines alternatives avaient levĂ© plus de 5 milliards de dollars en 2021. Lâan dernier, le secteur nâa attirĂ© que 881 millions de dollars, dont seulement 74 millions pour la viande et les produits de la mer cultivĂ©s.
Certaines entreprises cherchent donc un modĂšle Ă©conomique plus pragmatique. La britannique Meatly cible lâalimentation animale, un marchĂ© estimĂ© Ă environ 120 milliards de livres. Elle a levĂ© 10,4 millions de livres pour construire la plus grande installation europĂ©enne de viande cultivĂ©e. Son pari : les fabricants de pet food, dĂ©pendants des sous-produits de la filiĂšre viande destinĂ©e aux humains, pourraient valoriser une source plus stable.
Hoxton Farms poursuit une autre stratĂ©gie en produisant de la graisse de porc cultivĂ©e destinĂ©e aux fabricants de produits transformĂ©s, les saucisses. Son dirigeant Max Jamilly considĂšre que de petites quantitĂ©s de graisse cultivĂ©e peuvent amĂ©liorer le goĂ»t et la texture dâun volume beaucoup plus important de produit. Lâentreprise, qui a levĂ© environ 35 millions de dollars, cherche dâabord des autorisations en Asie et a dĂ©posĂ© un dossier Ă Singapour.
Le saumon constitue une troisiĂšme piste. La start-up amĂ©ricaine Wildtype commercialise dĂ©jĂ du saumon issu de cellules aprĂšs une consultation rĂ©glementaire auprĂšs de la FDA. Elle met en avant les arguments environnementaux ou de bien-ĂȘtre animal, ainsi que la possibilitĂ© dâun produit sans parasites, mercure, microplastiques ou antibiotiques.
Inside Track x Food, The Illusion of Resilience in a Degrading Supply Chain, 01/10/2026
Un groupe anonyme de cadres dirigeants issus de grands producteurs, industriels et distributeurs alimentaires britanniques alerte investisseurs, propriĂ©taires et crĂ©anciers sur ce quâil dĂ©crit comme une « illusion de rĂ©silience » du systĂšme alimentaire. Selon ce document publiĂ© le 1er octobre 2026, le changement climatique, lâĂ©rosion de la biodiversitĂ© et la dĂ©gradation des sols commencent dĂ©jĂ Ă affecter les rendements, la qualitĂ© et la fiabilitĂ© des approvisionnements. Pourtant, les entreprises privilĂ©gieraient encore des rĂ©ponses tactiques de court terme plutĂŽt que des investissements structurels capables de renforcer durablement les chaĂźnes dâapprovisionnement.
Les auteurs citent plusieurs signaux dâalerte : hausse exceptionnelle du gaspillage alimentaire aprĂšs un hiver trĂšs humide et un Ă©tĂ© record en chaleur, cultures dĂ©truites ou ne rĂ©pondant plus aux cahiers des charges, dĂ©faillances de la chaĂźne du froid lors des Ă©pisodes dĂ©passant 36 °C, mortalitĂ© accrue des animaux dâĂ©levage pendant les fortes chaleurs et intensification de la concurrence pour lâeau. Jusquâici, les consĂ©quences financiĂšres seraient restĂ©es limitĂ©es pour les grandes entreprises, mais les producteurs et fournisseurs supporteraient une part croissante des coĂ»ts et des risques.
Le document critique particuliĂšrement la maniĂšre dont le secteur dĂ©finit dĂ©sormais la « rĂ©silience ». Celle-ci consisterait trop souvent Ă changer rapidement de rĂ©gion dâapprovisionnement ou dâingrĂ©dient, sans traiter les causes profondes. Les dĂ©marches dâagriculture rĂ©gĂ©nĂ©ratrice resteraient majoritairement cantonnĂ©es Ă des pilotes, tandis que les outils de reporting climatique et environnemental seraient utilisĂ©s comme exercices de conformitĂ© davantage que comme instruments stratĂ©giques.
Les conseils dâadministration sont Ă©galement mis en cause. Les auteurs estiment quâils manquent dâexpertise climatique indĂ©pendante, sâappuient trop fortement sur des consultants externes et restent soumis Ă des objectifs de croissance et de rentabilitĂ© Ă trĂšs court terme. Cette logique serait accentuĂ©e par des systĂšmes de rĂ©munĂ©ration des dirigeants encore largement dĂ©connectĂ©s des objectifs environnementaux de long terme.
Le rapport appelle enfin les investisseurs Ă exercer davantage de pression sur les entreprises : tester la robustesse de leurs infrastructures face aux fortes chaleurs, analyser les risques par matiĂšre premiĂšre et par zone gĂ©ographique, interroger la durĂ©e des contrats agricoles, le partage des risques avec les fournisseurs et lâalignement entre croissance, investissements et objectifs climatiques. Les auteurs demandent parallĂšlement une coopĂ©ration plus Ă©troite entre industrie et pouvoirs publics, estimant quâen lâabsence dâaction collective, le secteur risque une hausse durable des prix, une rĂ©duction du choix alimentaire et une fragilisation accrue des agriculteurs comme des entreprises.
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O. Frey













