Bonjour Ă toutes et Ă tous,
Je suis Olivier Frey, Ă©conomiste et consultant spĂ©cialisĂ© dans lâagriculture et lâagroalimentaire. Chaque semaine, dans le cadre de mon activitĂ© et de ma veille personnelle, je lis de nombreux articles et Ă©tudes consacrĂ©s aux entreprises, aux filiĂšres et aux transformations du monde alimentaire.
Eatâs Business rassemble ceux qui mâont paru les plus intĂ©ressants ou les plus rĂ©vĂ©lateurs des Ă©volutions en cours.
Comme toujours, vous trouverez une formule ristretto pour aller Ă lâessentiel et une formule lungo pour celles et ceux qui souhaitent approfondir.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
LSA, « Je nâavais jamais vu ça » : pourquoi les canicules fragilisent toute la chaĂźne alimentaire, des agriculteurs Ă la grande distribution, 08/09/2026+ Les Ăchos, SĂ©cheresse : lâagroalimentaire redoute de devenir « lâangle mort de la crise », 05/09/2026
The Grocer, Will the rise of the retail robot put off shoppers?, 02/09/2026
Financial Times, How chicken conquered the world, 26/08/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
LSA, « Je nâavais jamais vu ça » : pourquoi les canicules fragilisent toute la chaĂźne alimentaire, des agriculteurs Ă la grande distribution, 08/09/2026+ Les Ăchos, SĂ©cheresse : lâagroalimentaire redoute de devenir « lâangle mort de la crise », 05/09/2026
Les deux articles dĂ©crivent une crise climatique qui ne touche plus seulement les agriculteurs, mais lâensemble de la chaĂźne alimentaire française. AprĂšs un Ă©tĂ© marquĂ© par 53 jours de canicule et une sĂ©cheresse exceptionnelle, les rendements agricoles chutent fortement, provoquant des tensions sur les approvisionnements, les usines de transformation et, Ă terme, les rayons de la grande distribution.
Les filiĂšres les plus exposĂ©es sont nombreuses : fruits et lĂ©gumes, cĂ©rĂ©ales, lait, Ă©levage et lĂ©gumes dâindustrie. LSA fait Ă©tat de baisses allant jusquâĂ 50 % sur certaines productions, voire davantage ponctuellement. Dans lâĂ©levage, prĂšs de 3 millions de poulets de chair et 750 000 poules pondeuses sont morts en juin, tandis que la collecte de lait recule. Les stocks de fourrage ont parfois diminuĂ© de moitiĂ©, ce qui fait craindre une aggravation de la situation pendant lâhiver.
Les industriels subissent directement ces pĂ©nuries. Bonduelle a par exemple dĂ» interrompre temporairement certaines lignes et usines faute de lĂ©gumes disponibles. Les entreprises agroalimentaires alertent aussi sur la hausse parallĂšle des coĂ»ts de lâĂ©nergie, des emballages et de la logistique, qui rĂ©duit encore leurs marges. Selon Les Ăchos, les baisses dâapprovisionnement peuvent atteindre 25 % Ă 80 % selon les filiĂšres, entraĂźnant une forte sous-utilisation des outils industriels.
Le gouvernement a annoncĂ© plus dâun milliard dâeuros dâaides pour soutenir les exploitations, mais les acteurs du secteur jugent que lâenjeu dĂ©passe lâurgence agricole. Ils demandent des revalorisations tarifaires, davantage de flexibilitĂ© contractuelle et un soutien des distributeurs pour Ă©viter une cascade de fermetures dâusines, de pĂ©nuries en rayon et de pertes dâexploitations.
Carrefour, CoopĂ©rative U et Les Mousquetaires ont dĂ©jĂ annoncĂ© des mesures de soutien aux fournisseurs. Mais les professionnels insistent surtout sur la nĂ©cessitĂ© dâune rĂ©ponse de long terme afin de prĂ©server la souverainetĂ© alimentaire et dâadapter lâagriculture française Ă la multiplication des Ă©pisodes climatiques extrĂȘmes.
Le Monde, Les glaces peuvent-elles se passer de sucre ?, 27/08/2026
Les fabricants de glaces cherchent de plus en plus Ă rĂ©duire le sucre, sous la pression des attentes nutritionnelles. De nombreuses marques mettent en avant des recettes « sans sucre ajoutĂ© » ou Ă teneur rĂ©duite, alors que les glaces industrielles contiennent souvent entre 15 % et 25 % de sucres ajoutĂ©s, et les sorbets entre 25 % et 35 %. Certaines rĂ©fĂ©rences peuvent reprĂ©senter une part importante de lâapport quotidien recommandĂ©.
Le marchĂ© du « dĂ©sucrĂ© » progresse, mais reste encore minoritaire et plutĂŽt haut de gamme. Des entreprises comme Alfagel utilisent par exemple de la poudre dâagave pour rĂ©duire la quantitĂ© de saccharose, tandis quâAmorino expĂ©rimente lâĂ©rythritol, un Ă©dulcorant Ă indice glycĂ©mique nul. Dâautres artisans prĂ©fĂšrent adapter les recettes en fonction du fruit, de sa maturitĂ© et de son aciditĂ©, ou utiliser de petites quantitĂ©s de miel.
Le problĂšme est que le sucre ne sert pas seulement Ă sucrer. Il joue aussi un rĂŽle dans lâintensitĂ© aromatique, la texture, la conservation et surtout lâabaissement du point de congĂ©lation, ce qui Ă©vite dâobtenir un produit dur comme un glaçon. Câest pourquoi mĂȘme les glaces salĂ©es doivent en contenir : certains sorbets gastronomiques conservent autour de 18 % de sucre, tandis que les crĂ©ations salĂ©es de Fumo en contiennent environ 14 %.
La rĂ©duction du sucre implique donc presque toujours des compromis ou des substituts. Ceux-ci peuvent modifier la texture, raccourcir la persistance des saveurs ou soulever dâautres interrogations nutritionnelles. LâĂ©rythritol, par exemple, est prĂ©sentĂ© comme intĂ©ressant techniquement, mĂȘme si certaines Ă©tudes questionnent ses effets Ă forte dose.
En parallĂšle, une partie du marchĂ© continue Ă assumer des recettes trĂšs gourmandes. Chez certains pĂątissiers et artisans, le sucre reste pleinement revendiquĂ© comme un Ă©lĂ©ment du plaisir. Lâarticle montre ainsi que la vraie tendance nâest pas la disparition du sucre, mais sa rĂ©duction raisonnĂ©e et son remplacement partiel, sans dĂ©grader le goĂ»t ni la texture.
LibĂ©ration, Les glaces salĂ©es se font une place dans les bacs : «On a toute lâaciditĂ© du cornichon, câest dĂ©licieux !», 01/09/2026
Glaces toujours avec les glaces salĂ©es, qui ont longtemps Ă©tĂ© rĂ©servĂ©es aux restaurants gastronomiques mais qui commencent Ă gagner les vitrines des glaciers artisanaux. Ă Paris, Fumo, un pop-up installĂ© dans le Marais jusquâau 20 septembre, propose uniquement des parfums atypiques : cornichon, petit pois au wasabi et sumac, feuille de figuier Ă lâhuile dâolive et nigelle, romarin et graines de fenouil, ou encore huile dâolive de Nyons. Lâobjectif de sa fondatrice, MĂ©lanie Rozencwajg, est de sortir la glace de son statut traditionnel de dessert.
Le concept a été développé avec le fabricant artisanal Terre adélice et la cheffe pùtissiÚre Tessa Ponzo. Les recettes reposent sur des ingrédients bio, sans additifs, mais contiennent malgré tout du sucre, nécessaire à la texture et à la conservation du produit.
Cette tendance dépasse Fumo. Plusieurs artisans et chefs expérimentent désormais des glaces à base de légumes, condiments, herbes, épices ou fromages. Les réseaux sociaux jouent un rÎle important dans la diffusion de ces associations originales et encouragent les consommateurs à tester de nouvelles recettes.
Renato Squillante de Montoro, propriĂ©taire dâIl Gelato del Marchese, propose des glaces salĂ©es depuis une dizaine dâannĂ©es. Il avait dĂ©jĂ lancĂ© des parfums tomate-basilic, avocat, poivron, gorgonzola ou parmesan, Ă une Ă©poque oĂč le public comprenait encore difficilement le concept. Il constate aujourdâhui que de plus en plus de commerces sây intĂ©ressent.
Le marchĂ© reste encore limitĂ© et positionnĂ© sur une offre premium, avec des prix pouvant atteindre plus de 8 euros la boule chez Fumo, mais lâengouement tĂ©moigne dâune diversification croissante de lâoffre glacĂ©e artisanale.
Libération, Pourquoi les voyageurs se passionnent pour le «tourisme de supermarchés», 06/09/2026
Le « tourisme de supermarchĂ©s » consiste Ă visiter des commerces alimentaires Ă lâĂ©tranger comme une vĂ©ritable activitĂ© touristique. Des voyageurs (dont je fais partie) parcourent ainsi les rayons pour dĂ©couvrir des produits locaux, observer les habitudes alimentaires et rapporter des souvenirs diffĂ©rents des objets touristiques traditionnels.
Selon Fabio Parasecoli, professeur de food studies Ă lâuniversitĂ© de New York, le succĂšs de cette pratique repose sur un mĂ©lange de familiaritĂ© et de dĂ©paysement. Le fonctionnement dâun supermarchĂ© est connu de tous, ce qui permet au voyageur de se concentrer sur les diffĂ©rences de produits, de saveurs et de prĂ©sentation. Les rayons apparaissent alors comme un reflet du quotidien des habitants, perçu comme plus authentique que les boutiques destinĂ©es aux touristes.
Les aliments achetĂ©s servent aussi de souvenirs. Fromages, beurre, biscuits, Ă©pices ou conserves permettent de prolonger le voyage une fois rentrĂ© chez soi. Mais la perception gustative dĂ©pend fortement du contexte : un produit consommĂ© Ă domicile ne procure pas toujours la mĂȘme expĂ©rience quâau cours du sĂ©jour.
Le phĂ©nomĂšne sâest dĂ©veloppĂ© avec la dĂ©mocratisation des voyages, lâessor des compagnies aĂ©riennes Ă bas prix et des locations de courte durĂ©e Ă©quipĂ©es de cuisines. Le coĂ»t des restaurants encourage Ă©galement certains visiteurs Ă faire leurs courses.
Les rĂ©seaux sociaux ont fortement accĂ©lĂ©rĂ© la tendance. TikTok, Instagram et YouTube multiplient les vidĂ©os de dĂ©gustation, de paniers de courses ou de produits « Ă tester absolument ». Certains commerces deviennent mĂȘme des attractions touristiques, comme les 7-Eleven japonais. Pour les enseignes et les marques, cette visibilitĂ© constitue dĂ©sormais un outil de promotion auprĂšs des voyageurs Ă©trangers.
Les Ăchos, FrenchFood Capital se rĂ©invente avec un nouveau fonds pour les PME agroalimentaires, 03/09/2026
FrenchFood Capital lance un nouveau fonds de « flex equity » de 120 Ă 150 millions dâeuros, combinant environ 80 % de dette et 20 % de participation au capital. Lâobjectif est de proposer aux PME familiales de lâagroalimentaire un financement moins dilutif, adaptĂ© Ă des dirigeants qui souhaitent conserver le contrĂŽle de leur entreprise.
Cette Ă©volution stratĂ©gique sâaccompagne de lâarrivĂ©e de Jorge Boucas, ancien dirigeant de Sodiaal, Tereos et du groupe Roullier, chargĂ© notamment dâaccĂ©lĂ©rer lâinternationalisation du fonds. FrenchFood Capital entend aussi rééquilibrer davantage son portefeuille vers le B to B, jugĂ© plus rĂ©silient que les activitĂ©s trĂšs exposĂ©es Ă la grande distribution et aux fluctuations de consommation.
La sociĂ©tĂ© intervient toutefois dans un contexte tendu pour lâagroalimentaire, marquĂ© par la crise agricole, les tensions gĂ©opolitiques et des levĂ©es de fonds plus difficiles. Elle met nĂ©anmoins en avant huit sorties rĂ©alisĂ©es en deux ans et des performances jugĂ©es solides sur ses prĂ©cĂ©dents vĂ©hicules dâinvestissement.
The Grocer, Will the rise of the retail robot put off shoppers?, 02/09/2026
Les robots, dĂ©jĂ trĂšs prĂ©sents dans les entrepĂŽts et centres logistiques, commencent Ă apparaĂźtre dans les magasins. Chez Tesco, le robot Tally circule dans les rayons pour contrĂŽler la disponibilitĂ©, le positionnement et les prix des produits. Cette arrivĂ©e soulĂšve deux enjeux : leur acceptation par les clients et leur impact sur lâemploi.
Les fabricants doivent dâabord rĂ©soudre les contraintes liĂ©es Ă des espaces trĂšs frĂ©quentĂ©s. Les robots utilisent capteurs, camĂ©ras et intelligence artificielle pour Ă©viter les clients, chariots et employĂ©s. Brain Corp, qui compte environ 50 000 robots dĂ©ployĂ©s dans le monde, dĂ©veloppe aussi des systĂšmes capables de mieux comprendre la nature des obstacles et des situations.
Lâacceptation dĂ©pend beaucoup de la maniĂšre dont les machines se comportent. Les consommateurs semblent plus Ă lâaise lorsque la fonction du robot est Ă©vidente et son dĂ©placement prĂ©visible. Certaines enseignes utilisent des Ă©crans, sons ou Ă©lĂ©ments visuels pour les rendre plus sympathiques. Aux Ătats-Unis, les robots Marty de Stop & Shop, dotĂ©s de grands yeux et dâun sourire, sont devenus particuliĂšrement populaires.
La robotisation concerne également la restauration. Starbot automatise la préparation du café, tandis que Dinerbot peut transporter des plats et prendre des commandes.
Les fabricants insistent cependant sur le fait que les robots ne constituent pas nécessairement une solution immédiate de réduction des coûts salariaux. Investissement et maintenance restent importants. Ils sont surtout utilisés pour automatiser les tùches répétitives ou difficiles à pourvoir.
Les professionnels reconnaissent nĂ©anmoins que lâautomatisation transformera certains emplois, notamment les postes dâentrĂ©e de gamme. Les futurs robots pourraient en effet aller au-delĂ du nettoyage ou du contrĂŽle des rayons et commencer Ă dĂ©placer des produits ou prĂ©parer des commandes.
Financial Times, Scotland has a whisky problem, 05/09/2026 + The Wall Street Journal, The Worldâs Drinks Order Is In. Distillers Were Expecting More, 30/08/2026
Lâindustrie des spiritueux vieillis traverse une phase de surproduction majeure, particuliĂšrement visible dans le whisky Ă©cossais, mais qui touche aussi le cognac, le bourbon et le whisky irlandais. Les producteurs paient aujourdâhui des dĂ©cisions prises plusieurs annĂ©es auparavant, lorsque la demande paraissait durablement orientĂ©e Ă la hausse. Or, les stocks mis en vieillissement pendant cette pĂ©riode arrivent Ă maturitĂ© au moment oĂč la consommation ralentit fortement.
En Ăcosse, le volume de whisky en fĂ»ts est passĂ© de moins de 400 millions de litres il y a dix ans Ă environ 1,4 milliard de litres aujourdâhui, soit lâĂ©quivalent de plusieurs annĂ©es de consommation. Certaines distilleries rĂ©duisent fortement leur activitĂ©, voire suspendent leur production, tandis que les plus petits acteurs indĂ©pendants sont particuliĂšrement fragilisĂ©s. Les grands groupes disposent de davantage de moyens financiers pour absorber le choc, mais ils rĂ©duisent eux aussi leurs volumes.
Ă lâĂ©chelle mondiale, le mĂȘme problĂšme pĂšse sur les bilans des grands groupes. Pernod Ricard dĂ©tenait fin juin 7,2 milliards dâeuros de stocks en maturation, RĂ©my Cointreau environ 1,9 milliard dâeuros et Diageo 8,5 milliards de dollars de spiritueux vieillissants. Cette accumulation immobilise beaucoup de capitaux et expose les producteurs Ă un risque de dĂ©prĂ©ciation ou de guerre des prix sâils cherchent Ă Ă©couler trop rapidement leurs stocks.
Le ralentissement sâexplique par plusieurs facteurs : inflation, baisse du pouvoir dâachat, faiblesse de certains marchĂ©s comme la Chine, tensions commerciales, mais aussi Ă©volution des habitudes de consommation. Les jeunes consommateurs se tournent davantage vers les cocktails prĂȘts Ă boire, les boissons plus douces ou moins alcoolisĂ©es, tandis que les pratiques de modĂ©ration progressent.
Les groupes rĂ©agissent principalement en rĂ©duisant la production et en lançant des produits plus accessibles ou mieux adaptĂ©s aux nouvelles attentes. Pour le Scotch, lâInde reprĂ©sente un important relais de croissance potentiel grĂące Ă la baisse progressive des droits dâimportation.
The Guardian, Chefs say Michelin Guide at risk of âlosing credibilityâ over suspected lack of inspectors, 31/08/2026
Le Guide Michelin est critiquĂ© par plusieurs chefs et professionnels qui sâinterrogent sur sa capacitĂ© Ă inspecter correctement un nombre croissant de restaurants. Michelin entretient depuis toujours le secret sur le nombre exact de ses inspecteurs, mais cette absence de transparence nourrit dĂ©sormais les doutes.
Le nombre dâĂ©tablissements rĂ©fĂ©rencĂ©s dans le monde est passĂ© dâenviron 15 700 en 2021 Ă prĂšs de 19 700 en 2026. Au Royaume-Uni et en Irlande, les restaurants Ă©toilĂ©s sont passĂ©s de 185 Ă 230 sur la mĂȘme pĂ©riode. Certains professionnels affirment pourtant que des Ă©tablissements pourraient rester plusieurs annĂ©es sans nouvelle visite.
Michelin assure que ses distinctions reposent toujours sur des inspections anonymes et plusieurs critÚres : qualité des produits, maßtrise technique, harmonie des saveurs, personnalité de la cuisine et régularité. Le guide compte également des Bib Gourmand et des restaurants simplement sélectionnés, mais la fréquence exacte des visites varie et reste peu détaillée publiquement.
Marshall Manson, auteur spĂ©cialisĂ© dans lâhĂŽtellerie-restauration, estime que Michelin ne peut matĂ©riellement revisiter chaque annĂ©e tous les restaurants Ă©toilĂ©s. Un ancien inspecteur Ă©voque Ă©galement une Ă©quipe relativement restreinte face Ă prĂšs de 20 000 Ă©tablissements rĂ©partis sur plusieurs continents.
Michelin rejette ces accusations et affirme continuer Ă dĂ©velopper ses Ă©quipes internationales. Lâentreprise indique que chaque inspecteur rĂ©alise entre 250 et 300 repas par an, mais refuse toujours de communiquer ses effectifs.
Financial Times, How chicken conquered the world, 26/08/2026
Le poulet est devenu lâune des protĂ©ines les plus consommĂ©es au monde. PrĂ©sent aussi bien dans la restauration rapide que dans les cuisines traditionnelles et les plats prĂ©parĂ©s, il bĂ©nĂ©ficie dâune grande polyvalence et dâun coĂ»t de production relativement faible.
Le nombre de poulets produits mondialement est passĂ© de 48,3 milliards en 2006 Ă 76,2 milliards en 2023. Cette croissance sâest encore accĂ©lĂ©rĂ©e ces derniĂšres annĂ©es. Au cours du XXe siĂšcle, la viande de poulet Ă©tait pourtant beaucoup plus chĂšre et moins courante. Son industrialisation a Ă©tĂ© favorisĂ©e par la rĂ©frigĂ©ration, le dĂ©veloppement des supermarchĂ©s et surtout la sĂ©lection gĂ©nĂ©tique dâanimaux Ă croissance rapide.
Le poulet prĂ©sente plusieurs avantages Ă©conomiques : cycles de production courts, bonne conversion alimentaire et peu de restrictions religieuses ou culturelles. En 2022, il a dĂ©passĂ© le porc comme viande la plus produite au monde. Le BrĂ©sil est aujourdâhui le premier exportateur mondial, avec environ 4,9 millions de tonnes expĂ©diĂ©es en 2024.
De nombreux pays cherchent toutefois Ă dĂ©velopper leur propre production pour renforcer leur sĂ©curitĂ© alimentaire et crĂ©er des emplois. La Chine, lâArabie saoudite et plusieurs pays africains et asiatiques investissent ainsi dans des Ă©levages, couvoirs et abattoirs.
Cette expansion suscite de plus en plus dâoppositions. Les critiques portent sur le bien-ĂȘtre animal, les risques sanitaires liĂ©s Ă la grippe aviaire, les nuisances environnementales et la gestion des dĂ©jections. En Europe, plusieurs projets dâĂ©levages industriels ont Ă©tĂ© contestĂ©s ou abandonnĂ©s.
Le dĂ©veloppement du secteur se trouve donc confrontĂ© Ă un paradoxe : la demande mondiale continue dâaugmenter, mais lâacceptabilitĂ© sociale et environnementale des Ă©levages intensifs devient de plus en plus difficile Ă garantir.
The Wall Street Journal, The Vineyard Behind Chinaâs Boutique Wine Boom, 28/08/2026
Le domaine Silver Heights, fondĂ© dans la rĂ©gion chinoise du Ningxia, symbolise lâessor des vins chinois haut de gamme. Créé en 2007 par Emma Gao avec son pĂšre, il produit notamment du Pinot Noir, du Cabernet Sauvignon et du Chardonnay aujourdâhui servis dans plusieurs restaurants internationaux.
Cette reconnaissance intervient alors que les exportations chinoises de vin progressent fortement. Elles ont atteint 75 millions de dollars au premier semestre 2026, soit trois fois plus quâun an auparavant. Cette dynamique contraste avec la faiblesse du marchĂ© intĂ©rieur, oĂč la consommation de vin a chutĂ© de plus de moitiĂ© entre 2020 et 2025.
Emma Gao sâest formĂ©e Ă la viticulture en France, dans la vallĂ©e du RhĂŽne puis Ă Bordeaux, avant de revenir en Chine. Elle souhaitait produire des vins plus prĂ©cis et plus ambitieux que ceux destinĂ©s au marchĂ© de masse. La crĂ©ation du domaine sâest faite dans des conditions difficiles : hivers trĂšs froids, tempĂȘtes de sable, sols pauvres et manque de main-dâĆuvre qualifiĂ©e.
Un tournant intervient lorsque son millĂ©sime 2007 attire lâattention du critique Robert Parker. Le domaine gagne progressivement en rĂ©putation et dĂ©veloppe ses exportations, qui reprĂ©sentent aujourdâhui environ un tiers de son activitĂ©.
Depuis 2020, le directeur gĂ©nĂ©ral Marco Milani accĂ©lĂšre cette stratĂ©gie internationale. Pour convaincre les professionnels Ă©trangers, Silver Heights organise notamment des dĂ©gustations Ă lâaveugle face Ă des vins europĂ©ens.
Le domaine poursuit aussi plusieurs expĂ©rimentations pour toucher de nouveaux consommateurs : nouveaux vins blancs, assemblages originaux et boissons associant techniques viticoles internationales et ingrĂ©dients ou rĂ©fĂ©rences culturelles chinoises. Silver Heights illustre ainsi la montĂ©e en gamme dâune partie de la production viticole chinoise.
Food & Wine, AI-Generated Restaurant Menus Are Ruining My Appetite, 14/08/2026
Lâarticle critique lâusage croissant de contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par lâIA dans la communication des restaurants, en particulier pour les menus, les photos de plats et les publications sur les rĂ©seaux sociaux. Lâautrice raconte avoir dĂ©couvert le compte Instagram dâun restaurant italien recommandĂ© par sa belle-sĆur et avoir Ă©tĂ© immĂ©diatement rebutĂ©e par des descriptions incohĂ©rentes, truffĂ©es de mots dĂ©formĂ©s, ainsi que par des images de plats artificiellement lisses et manifestement irrĂ©alistes.
Le contraste est dâautant plus frappant que le chef concernĂ© est prĂ©sentĂ© comme un professionnel expĂ©rimentĂ©, reconnu localement pour une cuisine italienne traditionnelle. Ses vidĂ©os authentiques, tournĂ©es sans mise en scĂšne dans la cuisine avec ses Ă©quipes et ses fils, donnent au contraire une image appĂ©tissante et crĂ©dible de son travail. Leur imperfection visuelle renforce mĂȘme lâimpression de sincĂ©ritĂ©.
Lâautrice souligne que certaines images gĂ©nĂ©rĂ©es par IA vont jusquâĂ reprĂ©senter des dĂ©cors de restaurant qui ne correspondent pas Ă la rĂ©alitĂ©. Elle y voit une rupture de confiance : si un Ă©tablissement embellit artificiellement ses plats ou son cadre, le client peut douter de ce quâil trouvera rĂ©ellement sur place.
Elle reconnaĂźt toutefois les difficultĂ©s Ă©conomiques des restaurateurs, pour qui la photographie professionnelle ou la crĂ©ation de contenus reprĂ©sentent un coĂ»t important. Des services peu chers proposent dĂ©sormais de gĂ©nĂ©rer menus et visuels grĂące Ă lâIA, ce qui peut sembler attractif. Mais cette Ă©conomie risque de se payer en crĂ©dibilitĂ©.
Lâarticle ne rejette pas toute utilisation de lâIA dans la restauration. Lorsquâelle sert Ă analyser les rĂ©servations, les commandes, les tendances ou la mĂ©tĂ©o, elle peut au contraire aider les Ă©quipes Ă gagner du temps et Ă mieux se concentrer sur lâaccueil et le service.
Pour lâautrice, la communication alimentaire doit surtout prĂ©server une dimension humaine. Une photo imparfaite, un menu manuscrit ou une vidĂ©o artisanale peuvent inspirer davantage confiance quâun visuel artificiel trop parfait. Dans la restauration, lâauthenticitĂ© devient ainsi un Ă©lĂ©ment essentiel de la relation avec le client.
Nutri-Score, Yuka : analyse des stratĂ©gies de lobbying contre lâinformation des consommateurs
Cette analyse dĂ©crit sept tactiques utilisĂ©es par certains acteurs de lâagroalimentaire pour affaiblir le Nutri-Score et Yuka, deux outils conçus pour simplifier lâinformation nutritionnelle et aider les consommateurs Ă comparer les produits. Les auteurs prĂ©cisent que leur lecture des stratĂ©gies et intentions repose sur des faits documentĂ©s, mais relĂšve de leur propre analyse.
PremiĂšre mĂ©thode : dĂ©crĂ©dibiliser les outils et leurs promoteurs. Le Nutri-Score est rĂ©guliĂšrement prĂ©sentĂ© comme « simpliste », « infantilisant » ou « culpabilisant », tandis que Yuka est accusĂ©e dâĂȘtre orientĂ©e ou peu scientifique. Selon les auteurs, ces critiques dĂ©placent le dĂ©bat du terrain scientifique vers celui de la confiance.
DeuxiĂšme tactique : multiplier les alternatives pour brouiller les repĂšres. Des systĂšmes concurrents comme lâEvolved Nutrition Label ou le NutriRepĂšre ont Ă©tĂ© proposĂ©s par des industriels, souvent avec des portions dĂ©finies par les fabricants et des signaux moins dĂ©favorables aux produits.
TroisiĂšme levier : agir par lâintermĂ©diaire de fĂ©dĂ©rations, syndicats ou organismes institutionnels, ce qui permet aux grandes marques de rester en retrait. LâĂ©tude cite notamment lâANIA pour le Nutri-Score et la FICT pour les nitrites et Yuka.
Les auteurs dĂ©crivent aussi le recours Ă des arguments autour du terroir, de lâemploi ou de la sĂ©curitĂ© sanitaire, ainsi que des procĂ©dures judiciaires visant Ă exercer une pression financiĂšre et rĂ©putationnelle. Yuka aurait ainsi dĂ©pensĂ© prĂšs de 500 000 euros pour se dĂ©fendre dans plusieurs contentieux liĂ©s aux nitrites.
Autre point central : la âfabrique du douteâ scientifique, via des travaux financĂ©s par lâindustrie ou des contre-expertises susceptibles dâentretenir lâidĂ©e dâune controverse.
Enfin, lâanalyse prend lâexemple de lâItalie, oĂč le gouvernement aurait relayĂ© certains arguments des opposants au Nutri-Score, promu un systĂšme alternatif et pesĂ© dans les discussions europĂ©ennes.
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous !
Si Eatâs Business vous est utile, nâhĂ©sitez pas Ă la transfĂ©rer Ă une personne susceptible dâĂȘtre intĂ©ressĂ©e.
Et si vous voulez vous pouvez mĂȘme me payer un cafĂ© ;-)
A la semaine prochaine!
Olivier Frey
Ăconomiste et consultant spĂ©cialisĂ© dans lâagriculture et lâagroalimentaire
www.olivierfrey.com
đŸđđ đđ·đ§














