đŸđđ Eat's business đđ·đ§ 2026-10
Bonjour Ă toutes et Ă tous, Eatâs Business est une newsletter dans laquelle vous trouverez une revue de presse de quelques articles sur le monde de lâalimentaire qui mâont semblĂ© intĂ©ressants dans la semaine prĂ©cĂ©dente.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Libération, Cédric Grolet, Copains⊠Les Londoniens craquent pour la pùtisserie haut de gamme, 09/03/2026
New York Times, Punching, Slamming, Screaming: A Chefâs Past Abuse Haunts Noma, the Worldâs Top-Rated Restaurant, 07/03/2026
Euronews, Exclusive: How the meat industry is quietly keeping its emissions off the climate agenda, 12/03/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
Le Monde, « Steak vĂ©gĂ©tal » : la dĂ©nomination va ĂȘtre interdite dans lâUE, mais pas celles de « saucisse » ou de « burger vĂ©gĂ©tarien », 06/03/2026
Un compromis a Ă©tĂ© trouvĂ© au niveau europĂ©en concernant lâutilisation des appellations associĂ©es Ă la viande pour les produits vĂ©gĂ©tariens. Selon lâaccord conclu entre eurodĂ©putĂ©s et Ătats membres le 5 mars, lâexpression « steak vĂ©gĂ©tal » devrait ĂȘtre interdite dans lâUnion europĂ©enne, tandis que des termes comme « burger vĂ©gĂ©tarien » ou « saucisse vĂ©gĂ©tale » resteraient autorisĂ©s. Cette dĂ©cision doit encore ĂȘtre formellement validĂ©e par le Parlement europĂ©en et les Ătats membres.
Le dĂ©bat oppose depuis plusieurs annĂ©es les dĂ©fenseurs de lâĂ©levage et de la filiĂšre viande aux acteurs de lâalimentation vĂ©gĂ©tale. Les premiers estiment que lâusage de termes traditionnellement associĂ©s Ă la viande peut induire les consommateurs en erreur et porter atteinte Ă lâidentitĂ© des produits carnĂ©s. Ă lâinverse, les industriels des alternatives vĂ©gĂ©tales et les associations de consommateurs considĂšrent ces appellations comme des repĂšres utiles permettant dâindiquer la forme ou lâusage culinaire dâun produit.
Le compromis prĂ©voit donc de rĂ©server certains mots â notamment « steak », « bacon » ou « foie » â exclusivement aux produits issus de la viande. Il inclut Ă©galement une interdiction dâutiliser le terme « viande » pour dĂ©signer des produits issus de la culture cellulaire ou de la viande de laboratoire. Pour les partisans de la mesure, comme lâeurodĂ©putĂ©e française CĂ©line Imart, cette Ă©volution constitue une protection nĂ©cessaire pour les agriculteurs europĂ©ens et une clarification pour le marchĂ© alimentaire.
Cette proposition a cependant suscité des critiques. Les associations de consommateurs, notamment le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), jugent ces restrictions inutiles et potentiellement sources de confusion. Selon elles, les consommateurs comprennent généralement trÚs bien la nature des produits végétaux et ne risquent pas de les confondre avec de la viande.
Le Figaro, Accusé de violences en cuisine, le chef du restaurant Noma démissionne, 12/03/2026
Le chef danois RenĂ© Redzepi, figure emblĂ©matique de la gastronomie mondiale et cofondateur du restaurant Noma Ă Copenhague, a annoncĂ© sa dĂ©mission aprĂšs plus de vingt ans Ă la tĂȘte de lâĂ©tablissement. Cette dĂ©cision intervient Ă la suite dâaccusations de violences physiques et psychologiques Ă lâencontre de ses Ă©quipes, rĂ©vĂ©lĂ©es par une enquĂȘte journalistique.
Noma, fondĂ© en 2003, est considĂ©rĂ© comme lâun des restaurants les plus influents du monde. Il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© Ă plusieurs reprises meilleur restaurant au monde dans le classement « Worldâs 50 Best Restaurants » et possĂšde plusieurs Ă©toiles Michelin. Le chef Redzepi est largement reconnu pour avoir rĂ©volutionnĂ© la cuisine nordique en mettant en avant les produits locaux, la fermentation et la cueillette sauvage.
Cependant, une enquĂȘte du New York Times (dĂ©taillĂ©e plus bas dans les articles de la presse anglophone) reposant sur les tĂ©moignages de plus de trente anciens employĂ©s dĂ©crit un environnement de travail marquĂ© par des comportements violents et humiliants. Certains tĂ©moignages Ă©voquent des coups portĂ©s avec les mains ou avec des ustensiles de cuisine, ainsi que des menaces visant Ă nuire Ă la carriĂšre des employĂ©s.
Face à ces accusations, le chef a reconnu certains comportements problématiques dans le passé. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a présenté ses excuses et affirmé assumer la responsabilité de ses actes. Il a également expliqué avoir entrepris un travail personnel pour améliorer son style de management et transformer la culture interne du restaurant.
René Redzepi souligne que des changements ont déjà été engagés ces derniÚres années au sein de Noma, notamment pour améliorer les conditions de travail et réduire la pression dans les cuisines. Toutefois, il reconnaßt que ces efforts ne suffisent pas à réparer les torts causés.
La dĂ©mission du chef intervient Ă©galement dans un contexte de mobilisation dâanciens employĂ©s et de manifestations publiques. Des protestataires se sont notamment rĂ©unis devant une rĂ©sidence temporaire du restaurant Ă Los Angeles, dĂ©nonçant une culture de travail abusive dans la haute gastronomie.
Libération, Cédric Grolet, Copains⊠Les Londoniens craquent pour la pùtisserie haut de gamme, 09/03/2026
Ă Londres, la pĂątisserie haut de gamme connaĂźt un succĂšs spectaculaire malgrĂ© le contexte Ă©conomique marquĂ© par une forte inflation et une crise du coĂ»t de la vie. Des enseignes prestigieuses, souvent inspirĂ©es du savoir-faire français, attirent des files dâattente impressionnantes et deviennent de vĂ©ritables phĂ©nomĂšnes sur les rĂ©seaux sociaux.
Parmi les figures emblĂ©matiques de cette tendance figure le pĂątissier CĂ©dric Grolet. InstallĂ© au Berkeley Hotel, il propose des crĂ©ations trĂšs sophistiquĂ©es dont les prix peuvent atteindre plusieurs dizaines dâeuros, comme un cookie aux noix de pĂ©can vendu prĂšs de 29 euros ou une tarte Ă la vanille dĂ©passant les 50 euros. Dâautres Ă©tablissements participent Ă©galement Ă cet engouement, comme la boulangerie Copains, spĂ©cialisĂ©e dans les produits sans gluten, ou Fika Ă Hackney, qui propose notamment des croissants Ă la pistache Ă des prix Ă©levĂ©s.
Ce phénomÚne ne se limite pas à Londres. Dans plusieurs grandes villes du monde, notamment Paris et New York, les pùtisseries artisanales haut de gamme connaissent une popularité croissante. Les produits proposés peuvent dépasser les 10 euros, voire atteindre des prix bien plus élevés pour certaines créations signature.
Plusieurs facteurs expliquent ce succĂšs. Dâune part, les consommateurs recherchent de plus en plus des produits artisanaux et de qualitĂ©, en rĂ©action Ă lâindustrialisation de lâalimentation et Ă la gĂ©nĂ©ralisation des produits ultra-transformĂ©s. Dâautre part, les pĂątisseries deviennent des expĂ©riences visuelles et sociales, largement relayĂ©es sur les plateformes numĂ©riques.
Selon certains experts, cette tendance correspond Ă©galement Ă une Ă©volution des comportements de consommation. PlutĂŽt que dâacheter de grandes quantitĂ©s de produits bon marchĂ©, de nombreux consommateurs prĂ©fĂšrent sâoffrir occasionnellement un produit premium, considĂ©rĂ© comme un plaisir exceptionnel.
Cette dynamique bĂ©nĂ©ficie aussi Ă lâessor des boulangeries indĂ©pendantes. Au Royaume-Uni, leur nombre a augmentĂ© de plus dâun tiers en cinq ans. Lâengouement pour les produits artisanaux et les expĂ©riences gastronomiques contribue ainsi Ă redĂ©finir le marchĂ© de la pĂątisserie.
Les Ăchos, Lindt redoute lâimpact du conflit en Iran sur la consommation de chocolat, 10/03/2026
Le chocolatier suisse Lindt & SprĂŒngli a revu Ă la baisse ses prĂ©visions de croissance pour 2026 en raison des incertitudes gĂ©opolitiques liĂ©es au conflit au Moyen-Orient. Lâentreprise prĂ©voit dĂ©sormais une progression de ses ventes comprise entre 4 % et 6 %, contre 6 % Ă 8 % initialement anticipĂ©s. Cette annonce a entraĂźnĂ© une rĂ©action nĂ©gative des marchĂ©s financiers et une baisse du cours de lâaction du groupe.
Le directeur gĂ©nĂ©ral du groupe, Adalbert Lechner, souligne que la situation gĂ©opolitique risque de peser sur la consommation mondiale. Lâaugmentation des prix du pĂ©trole, qui ont progressĂ© dâenviron 30 %, pourrait rĂ©duire le pouvoir dâachat des mĂ©nages et donc limiter leurs dĂ©penses dans les produits premium, comme le chocolat haut de gamme.
Le conflit pourrait Ă©galement affecter le tourisme international, notamment en raison du rĂŽle central des hubs aĂ©roportuaires du Moyen-Orient dans les flux entre lâAsie et lâEurope. Or Lindt est fortement prĂ©sent dans les boutiques duty free des aĂ©roports, ce qui rend ce canal particuliĂšrement sensible aux fluctuations du trafic aĂ©rien.
MalgrĂ© ces inquiĂ©tudes, les rĂ©sultats de lâentreprise pour 2025 restent solides. Le groupe a enregistrĂ© un chiffre dâaffaires de prĂšs de 6 milliards de francs suisses, en hausse de plus de 8 %. Cette progression est principalement liĂ©e Ă une forte augmentation des prix, qui ont grimpĂ© en moyenne de 19 %, tandis que les volumes de vente ont reculĂ©.
Cette hausse des prix sâexplique notamment par lâexplosion du coĂ»t du cacao en 2025, qui a atteint des niveaux historiques avant de se stabiliser progressivement. Toutefois, les entreprises du secteur travaillent souvent avec des stocks constituĂ©s Ă lâavance, ce qui signifie que les effets des prix Ă©levĂ©s continueront Ă se faire sentir pendant plusieurs mois.
New York Times, Punching, Slamming, Screaming: A Chefâs Past Abuse Haunts Noma, the Worldâs Top-Rated Restaurant, 07/03/2026
La fameuse enquĂȘte approfondie qui a rĂ©vĂ©lĂ©e des accusations de violences physiques et psychologiques dans les cuisines du cĂ©lĂšbre restaurant Noma, dirigĂ© par le chef danois RenĂ© Redzepi.
Selon les tĂ©moignages de plus de trente anciens employĂ©s, les cuisines du restaurant auraient Ă©tĂ© marquĂ©es pendant des annĂ©es par une culture de travail extrĂȘmement dure, incluant des humiliations publiques, des intimidations et parfois des violences physiques. Certains anciens collaborateurs affirment que le chef frappait des employĂ©s, les bousculait ou les menaçait de ruiner leur carriĂšre sâils parlaient.
Ces comportements auraient Ă©tĂ© favorisĂ©s par la hiĂ©rarchie trĂšs stricte du restaurant et par la pression extrĂȘme liĂ©e Ă la recherche de perfection gastronomique. Les Ă©quipes travaillaient souvent de trĂšs longues heures pour produire des plats extrĂȘmement complexes, composĂ©s parfois de dizaines dâĂ©lĂ©ments.
Le systĂšme de stages non rĂ©munĂ©rĂ©s, longtemps pratiquĂ© dans la haute gastronomie, a Ă©galement Ă©tĂ© critiquĂ©. Chaque saison, des dizaines de stagiaires travaillaient plusieurs mois dans les cuisines du restaurant sans salaire, dans lâespoir de bĂ©nĂ©ficier de lâexpĂ©rience et du prestige associĂ©s Ă Noma.
René Redzepi a reconnu avoir eu par le passé un comportement excessif et avoir parfois perdu son sang-froid. Il affirme avoir entrepris une thérapie et mis en place des changements organisationnels pour améliorer les conditions de travail.
Cependant, certains anciens employĂ©s estiment que ces efforts restent insuffisants et que le chef nâa jamais pleinement reconnu lâampleur des abus dĂ©noncĂ©s. La polĂ©mique sâest intensifiĂ©e Ă lâoccasion dâun projet de rĂ©sidence gastronomique Ă Los Angeles, dont le prix du menu atteint environ 1 500 dollars.
New York Times, Noma Could Have Changed So Much More Than Food, 12/03/2026
Lâarticle analyse la place paradoxale occupĂ©e par le restaurant Noma dans lâhistoire rĂ©cente de la gastronomie mondiale. LâĂ©tablissement a profondĂ©ment transformĂ© lâesthĂ©tique et la philosophie de la haute cuisine. Pourtant, malgrĂ© son influence considĂ©rable, il nâaurait pas su rĂ©former les pratiques sociales et professionnelles du secteur, en particulier la culture de travail dans les cuisines.
Pendant deux dĂ©cennies, Noma a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme lâun des restaurants les plus innovants au monde. Sous lâimpulsion de Redzepi, la cuisine dite « nordique » sâest imposĂ©e comme un mouvement majeur : utilisation dâingrĂ©dients locaux, valorisation des saisons, cueillette sauvage, fermentation et exploration du terroir scandinave. Cette approche a dĂ©placĂ© le centre crĂ©atif de la gastronomie mondiale vers Copenhague et influencĂ© des milliers de chefs Ă travers le monde. Les livres de cuisine du restaurant et les symposiums MAD organisĂ©s par Redzepi ont Ă©galement contribuĂ© Ă diffuser des idĂ©es sur la durabilitĂ©, lâavenir de lâalimentation et le leadership dans la restauration.
Cependant, lâarticle souligne un contraste entre ces ambitions progressistes et les conditions de travail rĂ©elles au sein du restaurant. Les tĂ©moignages dâanciens employĂ©s publiĂ©s rĂ©cemment par le New York Times dĂ©crivent un environnement marquĂ© par la violence, les humiliations et une hiĂ©rarchie extrĂȘmement dure. Selon lâautrice, le restaurant disposait pourtant du pouvoir et de la lĂ©gitimitĂ© nĂ©cessaires pour transformer la culture de la restauration. Au sommet de son influence, Noma aurait pu Ă©tablir de nouvelles normes en matiĂšre de rĂ©munĂ©ration, de respect des Ă©quipes ou dâorganisation du travail, notamment en abandonnant plus tĂŽt le systĂšme controversĂ© de stages non rĂ©munĂ©rĂ©s.
Au lieu de cela, le restaurant aurait reproduit certains des aspects les plus problĂ©matiques du modĂšle traditionnel du « chef-auteur », caractĂ©risĂ© par une autoritĂ© absolue et une pression extrĂȘme sur les brigades. Lâarticle conclut que lâinfluence de Noma restera immense sur le plan culinaire, mais que son hĂ©ritage est dĂ©sormais entachĂ© par le fait quâil nâa pas rĂ©ussi Ă transformer les structures sociales de la gastronomie quâil avait pourtant le pouvoir de rĂ©inventer.
Euronews, Exclusive: How the meat industry is quietly keeping its emissions off the climate agenda, 12/03/2026
Un rapport de lâONG Changing Markets Foundation accuse lâindustrie de la viande et des produits laitiers dâinfluencer activement le dĂ©bat climatique afin de limiter lâattention portĂ©e aux Ă©missions liĂ©es Ă lâĂ©levage. Selon cette enquĂȘte, les acteurs du secteur utiliseraient des stratĂ©gies de lobbying, de communication et de partenariats institutionnels pour minimiser leur responsabilitĂ© environnementale.
Lâagriculture et lâalimentation reprĂ©sentent environ un tiers des Ă©missions mondiales de gaz Ă effet de serre. Dans lâUnion europĂ©enne, les produits dâorigine animale seraient responsables de plus de 80 % des Ă©missions du systĂšme alimentaire, alors quâils ne fournissent quâune part limitĂ©e des calories consommĂ©es.
Les scientifiques estiment pourtant quâune transition vers des rĂ©gimes alimentaires plus vĂ©gĂ©taux pourrait rĂ©duire significativement les Ă©missions et amĂ©liorer la santĂ© publique. Le rapport EAT-Lancet souligne notamment quâun changement global vers une alimentation majoritairement vĂ©gĂ©tale pourrait Ă©viter jusquâĂ 15 millions de dĂ©cĂšs par an.
MalgrĂ© ces conclusions scientifiques, les politiques climatiques nationales intĂšgrent rarement des objectifs prĂ©cis concernant la rĂ©duction des Ă©missions liĂ©es Ă lâĂ©levage. Selon les chercheurs, seulement 4 % des plans climatiques incluent des objectifs chiffrĂ©s sur les Ă©missions de mĂ©thane agricole.
Le rapport pointe Ă©galement certaines collaborations entre institutions internationales et organisations reprĂ©sentant lâindustrie de la viande. Des Ă©vĂ©nements comme le World Meat Congress rĂ©unissent des reprĂ©sentants du secteur, des scientifiques et des responsables politiques, ce qui permettrait de promouvoir un discours favorable Ă la consommation de protĂ©ines animales.
Les auteurs du rapport dĂ©noncent Ă©galement la diffusion de rĂ©cits visant Ă prĂ©senter lâĂ©levage comme une solution climatique, par exemple Ă travers des documentaires ou des campagnes de communication financĂ©es par lâindustrie.
Toutefois, certaines initiatives nationales tentent de promouvoir une transition alimentaire. Le Danemark, par exemple, a lancĂ© un plan visant Ă encourager la production et la consommation dâaliments dâorigine vĂ©gĂ©tale.
Food Dive, Gen Z and GLP-1 users drove record meat sales in 2025, 10/03/2026
Le marchĂ© amĂ©ricain de la viande a enregistrĂ© en 2025 un niveau de ventes record, malgrĂ© une hausse soutenue des prix. Selon les donnĂ©es publiĂ©es par le Meat Institute et FMI â The Food Industry Association dans leur rapport annuel Power of Meat, les ventes du rayon viande ont atteint 111,9 milliards de dollars aux Ătats-Unis, soit une progression de prĂšs de 7 % sur un an. Cette performance repose Ă la fois sur une augmentation du nombre dâacheteurs, une frĂ©quence dâachat Ă©levĂ©e et une hausse des dĂ©penses par passage en magasin. Les volumes ont eux aussi progressĂ©, dâenviron 2 %, grĂące notamment Ă la viande fraĂźche, dont les volumes ont augmentĂ© de prĂšs de 3 %, compensant le lĂ©ger recul des viandes transformĂ©es.
Le bĆuf a Ă©tĂ© le principal moteur de cette croissance. Les volumes de bĆuf frais ont progressĂ© de plus de 4 %, Ă 6,2 milliards dâunitĂ©s, tandis que les ventes en valeur ont bondi de plus de 12 % pour atteindre 45 milliards de dollars. Le poulet a lui aussi progressĂ©, avec des volumes en hausse de 3,2 % et des ventes de 20,7 milliards de dollars (+6,5 %). Le porc et la dinde affichent des hausses plus modestes, respectivement de 1,1 % et 0,6 % en volume. Ces rĂ©sultats sont dâautant plus notables que les prix de la viande ont fortement augmentĂ© en 2025 : en dĂ©cembre, ils progressaient encore de plus de 9 % sur un an, avec des hausses Ă deux chiffres pour le bĆuf et le veau.
LâĂ©tude souligne le rĂŽle dĂ©cisif des jeunes consommateurs dans cette dynamique. Les membres de la gĂ©nĂ©ration Z et les millennials ont reprĂ©sentĂ© Ă eux seuls les deux tiers de la croissance des volumes, les achats des consommateurs Gen Z progressant de prĂšs de moitiĂ©. Autre enseignement marquant : les utilisateurs de mĂ©dicaments GLP-1 consomment frĂ©quemment viande et volaille, en particulier au petit dĂ©jeuner et lors des collations, ce qui contredit lâidĂ©e selon laquelle ces traitements rĂ©duiraient mĂ©caniquement la demande en protĂ©ines animales.
Pour les professionnels rĂ©unis Ă lâAnnual Meat Conference, cette dynamique confirme quâune forte appĂ©tence pour les protĂ©ines soutient durablement la catĂ©gorie. NielsenIQ indique ainsi que 44 % des consommateurs interrogĂ©s en fĂ©vrier dĂ©claraient avoir augmentĂ© leur consommation de protĂ©ines le mois prĂ©cĂ©dent, contre 33 % qui prĂ©voyaient de le faire en dĂ©cembre 2025. Lâindustrie estime donc disposer dâun levier de croissance important, Ă condition de mieux valoriser la teneur en protĂ©ines, la qualitĂ©, la polyvalence des dĂ©coupes et la transparence de lâoffre.
The Guardian, If plant-based foods must be more honest, letâs do the same for meat â fancy some âcow muscleâ?, 11/03/2026
Comme mentionnĂ© plus haut, lâUnion europĂ©enne a rĂ©cemment dĂ©cidĂ© de restreindre lâutilisation de certains termes traditionnellement associĂ©s Ă la viande pour les produits dâorigine vĂ©gĂ©tale. Des mots comme « steak », « bacon » ou « chicken » ne pourraient plus ĂȘtre utilisĂ©s pour dĂ©crire des alternatives vĂ©gĂ©tales, bien que des termes tels que « burger » ou « saucisse » restent pour lâinstant autorisĂ©s. Cette Ă©volution rĂ©glementaire suscite un dĂ©bat important sur la maniĂšre dont les aliments sont nommĂ©s et prĂ©sentĂ©s aux consommateurs.
Selon cette tribune, ces restrictions reposent sur lâidĂ©e que les consommateurs pourraient ĂȘtre trompĂ©s en achetant par erreur des produits vĂ©gĂ©taux pensant quâils contiennent de la viande. Or, les enquĂȘtes dâopinion montrent que cette confusion est extrĂȘmement rare. Une Ă©tude YouGov indique par exemple que plus de 90 % des Britanniques dĂ©clarent nâavoir jamais achetĂ© un produit vĂ©gĂ©tal en croyant quâil contenait de la viande.
Lâautrice souligne que les noms des aliments ont toujours Ă©tĂ© façonnĂ©s par lâusage, la tradition et la culture, et non par une description littĂ©rale des ingrĂ©dients. Des plats comme les « hot dogs » ou les « ladyfingers » ne correspondent pas Ă une dĂ©finition stricte de leur nom. De la mĂȘme maniĂšre, les mots « burger » ou « saucisse » dĂ©crivent souvent une forme ou un mode de prĂ©paration plutĂŽt quâun ingrĂ©dient spĂ©cifique.
Lâarticle critique Ă©galement le marketing de lâindustrie de la viande, qui prĂ©sente souvent des images idylliques dâanimaux heureux dans des paysages ruraux, bien Ă©loignĂ©es des rĂ©alitĂ©s de lâĂ©levage industriel. Si lâobjectif est rĂ©ellement dâamĂ©liorer la transparence pour les consommateurs, lâautrice estime que ces pratiques devraient Ă©galement ĂȘtre examinĂ©es.
Selon elle, limiter le vocabulaire utilisĂ© par les produits vĂ©gĂ©taux pourrait freiner la transition vers une alimentation plus durable. Les termes familiers aident les consommateurs Ă comprendre comment cuisiner ou consommer ces produits, ce qui facilite lâadoption de rĂ©gimes alimentaires plus vĂ©gĂ©taux.
The Guardian, âI took two bites and had to spit it outâ: candy makers are phasing out real cocoa in chocolate, 11/03/2026
Face Ă lâexplosion du prix du cacao, plusieurs industriels de la confiserie expĂ©rimentent de nouvelles formulations de leurs produits afin de rĂ©duire la quantitĂ© de cacao utilisĂ©e. Cette Ă©volution suscite des critiques de consommateurs qui dĂ©noncent une dĂ©gradation de la qualitĂ© du chocolat.
Un exemple emblĂ©matique concerne certaines confiseries commercialisĂ©es par Hersheyâs, dont la composition a Ă©tĂ© modifiĂ©e pour inclure davantage de sucre, dâhuile vĂ©gĂ©tale ou de lait, et beaucoup moins de cacao. Dans certains cas, les produits ne contiennent mĂȘme plus de vĂ©ritable chocolat, mais une simple « enrobage aromatisĂ© au chocolat ».
Cette Ă©volution sâexplique par les tensions sur le marchĂ© du cacao. Depuis 2020, les rĂ©coltes en Afrique de lâOuest â notamment en CĂŽte dâIvoire et au Ghana, qui reprĂ©sentent environ 70 % de la production mondiale â ont Ă©tĂ© fortement perturbĂ©es par les effets du changement climatique, notamment les sĂ©cheresses, les pluies extrĂȘmes et les maladies des plantations.
La raréfaction du cacao a entraßné une hausse spectaculaire des prix, qui ont atteint environ 12 000 dollars la tonne en 2024 contre environ 2 000 à 3 000 dollars quelques années plus tÎt.
Pour maintenir leurs marges et prĂ©server des prix accessibles, les industriels ont recours Ă plusieurs stratĂ©gies : rĂ©duction de la taille des produits (shrinkflation), modification des recettes ou remplacement du cacao par dâautres ingrĂ©dients.
Toutefois, cette transformation pourrait modifier durablement la perception du chocolat par les consommateurs. Certains amateurs se tournent déjà vers des marques premium ou artisanales qui garantissent une teneur élevée en cacao et une origine plus transparente des ingrédients.
New York Times, War in the Middle East Threatens Global Food Production, 07/03/2026
Le conflit en cours au Moyen-Orient pourrait avoir des consĂ©quences majeures sur la production agricole mondiale en perturbant lâapprovisionnement en engrais. La rĂ©gion du Golfe est en effet lâun des principaux producteurs de matiĂšres premiĂšres nĂ©cessaires Ă la fabrication dâengrais, en particulier ceux Ă base dâazote.
Ces engrais jouent un rĂŽle essentiel dans lâagriculture moderne, car ils contribuent Ă la production dâenviron la moitiĂ© de la nourriture mondiale. Leur fabrication repose largement sur le gaz naturel, dont la rĂ©gion dispose en abondance.
Le principal risque provient de la perturbation du trafic maritime dans le dĂ©troit dâOrmuz, passage stratĂ©gique reliant le Golfe persique Ă lâocĂ©an Indien. Si ce corridor maritime reste fermĂ© ou fortement perturbĂ©, lâexportation dâengrais produits dans des pays comme lâIran, le Qatar, lâArabie saoudite ou les Ămirats arabes unis pourrait ĂȘtre gravement affectĂ©e.
Ces pays reprĂ©sentent ensemble une part importante du commerce mondial dâurĂ©e, lâun des principaux engrais azotĂ©s. Une hausse des prix ou une pĂ©nurie pourrait pousser les agriculteurs Ă rĂ©duire lâutilisation dâengrais, ce qui entraĂźnerait des rendements agricoles plus faibles.
Cette situation pourrait provoquer une augmentation du prix des denrĂ©es alimentaires, particuliĂšrement dans les pays Ă revenu faible ou intermĂ©diaire. LâInde, par exemple, dĂ©pend fortement des importations dâengrais en provenance du Moyen-Orient.
La crise rappelle les perturbations observĂ©es aprĂšs lâinvasion de lâUkraine par la Russie, qui avait dĂ©jĂ provoquĂ© une forte hausse des prix des cĂ©rĂ©ales et des engrais. Elle souligne Ă©galement la vulnĂ©rabilitĂ© du systĂšme alimentaire mondial face aux tensions gĂ©opolitiques.
Ă plus long terme, certains experts plaident pour une diversification des sources dâengrais et une transition vers des pratiques agricoles plus durables afin de rĂ©duire cette dĂ©pendance.
Financial Times, Rise of the five-star jammy dodger as top hotels embrace âbakery tourismâ, 12/03/2026
Les grandes chaĂźnes hĂŽteliĂšres de luxe dĂ©veloppent de plus en plus des boulangeries et pĂątisseries artisanales pour attirer une nouvelle clientĂšle, notamment les jeunes voyageurs. Ce phĂ©nomĂšne sâinscrit dans la tendance Ă©mergente du « bakery tourism », qui consiste Ă voyager pour dĂ©couvrir des boulangeries rĂ©putĂ©es.
Alors que la consommation dâalcool diminue chez les jeunes gĂ©nĂ©rations, les hĂŽtels cherchent de nouvelles expĂ©riences accessibles pour attirer le public. Les pĂątisseries et produits de boulangerie apparaissent comme une alternative idĂ©ale : ils permettent de proposer un produit premium Ă un prix relativement abordable.
Des Ă©tablissements prestigieux comme le Claridgeâs Ă Londres ont ouvert des boulangeries proposant pains artisanaux, brioches ou pĂątisseries traditionnelles. Les clients peuvent ainsi accĂ©der Ă lâunivers du luxe hĂŽtelier sans payer le prix dâune nuit dans lâĂ©tablissement.
Les pùtissiers stars jouent également un rÎle clé dans ce phénomÚne. Des figures comme Cédric Grolet ou Nicolas Rouzaud attirent des visiteurs du monde entier, notamment grùce à leur forte présence sur les réseaux sociaux.
Dans certains cas, des touristes organisent mĂȘme leurs voyages autour de la visite de certaines boulangeries rĂ©putĂ©es. Des Ă©tablissements comme Lannan Bakery Ă Ădimbourg attirent ainsi des clients venant parfois de trĂšs loin pour goĂ»ter leurs produits.
Cette tendance sâinscrit dans une culture du « petit plaisir » ou « treat culture », particuliĂšrement prĂ©sente dans les pĂ©riodes dâincertitude Ă©conomique. Les consommateurs prĂ©fĂšrent parfois sâoffrir un produit gourmand de qualitĂ© plutĂŽt quâune dĂ©pense plus importante.
Changing Markets Foundation, Dangerous Distractions : How Agribusiness Narratives Continue To Undermine Climate Action, January 2026
LâĂ©tude complĂšte mentionnĂ©e dans lâarticle dâEuronews ci-dessus.
Câest tout pour aujourdâhui.
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A la semaine prochaine!
O. Frey











