đŸđđ Eat's business đđ·đ§ 2026-07
Bonjour Ă toutes et Ă tous, Eatâs Business est une newsletter dans laquelle vous trouverez une revue de presse de quelques articles sur le monde de lâalimentaire qui mâont semblĂ© intĂ©ressants dans la semaine prĂ©cĂ©dente.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Le Monde, ChatGPT fait les courses : comment la distribution se prĂ©pare au tsunami de lâIA, 08/02/2026
Eater, Salt Bread Is Ready to Win Over the World, 17/02/2026
Wall Street Journal, The Booming Business of Luxury Grocery Stores, 10/02/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
La Tribune, Alimentation : aprÚs deux ans de blocage, le gouvernement publie sa stratégie 2030 et esquive le mot « réduction » pour la viande, 11/02/2026
AprĂšs plus de deux ans de blocages et dâarbitrages interministĂ©riels, le gouvernement publie enfin la StratĂ©gie nationale pour lâalimentation, la nutrition et le climat (SNANC), document structurant attendu depuis 2023. Cette feuille de route Ă lâhorizon 2030 ambitionne, pour la premiĂšre fois, de fusionner explicitement politiques alimentaires, enjeux de santĂ© publique et objectifs climatiques. Lâalimentation reprĂ©sentant 24 % de lâempreinte carbone nationale, lâexĂ©cutif entend orienter les pratiques de consommation et de production, tout en mĂ©nageant les Ă©quilibres Ă©conomiques et politiques.
La question de la viande cristallise les tensions. Alors que les produits dâorigine animale pĂšsent 61 % de lâempreinte carbone alimentaire, les versions initiales du texte Ă©voquaient une ârĂ©ductionâ de la consommation. Le terme a finalement disparu au profit de âlimitationâ, signe dâun arbitrage prudent Ă Matignon. Le gouvernement cible prioritairement la baisse de la viande importĂ©e et encourage une Ă©volution progressive vers les repĂšres du Programme national nutrition santĂ©, avec une hausse attendue des lĂ©gumineuses, fruits, lĂ©gumes et cĂ©rĂ©ales complĂštes.
Parmi les quatorze mesures structurantes figurent lâobligation pour les distributeurs et la restauration commerciale de publier la part de produits âdurables et de qualitĂ©â dans leurs achats annuels, lâexpĂ©rimentation du Nutri-Score sur les produits non prĂ©emballĂ©s et en restauration, ainsi que lâinstauration de seuils maximaux en sel, sucre et matiĂšres grasses pour certains produits transformĂ©s. Les Projets alimentaires territoriaux voient leurs critĂšres renforcĂ©s, intĂ©grant des exigences de santĂ© et de justice sociale.
Sur le marketing alimentaire Ă destination des mineurs, lâexĂ©cutif privilĂ©gie une charte volontaire jusquâen 2029, avec la possibilitĂ© de recourir Ă une rĂ©gulation contraignante en cas dâĂ©chec. La question des aliments ultra-transformĂ©s reste, elle, en suspens, faute de dĂ©finition rĂ©glementaire stabilisĂ©e.
Le Monde, ChatGPT fait les courses : comment la distribution se prĂ©pare au tsunami de lâIA, 08/02/2026
La grande distribution se prĂ©pare Ă une mutation profonde du commerce sous lâeffet des assistants conversationnels. De plus en plus performants, ChatGPT, Gemini ou Perplexity ne se contentent plus de rĂ©pondre Ă des questions : ils orientent les choix, recommandent des produits et, dans certains pays, permettent dĂ©jĂ de finaliser des achats. Pour les enseignes françaises comme Cdiscount, Carrefour ou Casino, lâenjeu stratĂ©gique est clair : il ne suffit plus dâĂȘtre bien positionnĂ© sur Google, il faut dĂ©sormais ĂȘtre visible et correctement interprĂ©tĂ© par les algorithmes conversationnels qui pourraient devenir lâinterface principale entre le consommateur et le commerce.
Certaines Ă©quipes interrogent quotidiennement ces IA afin de comprendre comment leurs produits sont citĂ©s, comparĂ©s ou ignorĂ©s. La bataille se dĂ©place vers la qualitĂ© des donnĂ©es : richesse des fiches produits, actualisation des prix, gestion des avis clients, cohĂ©rence des descriptions. Les experts observent que les IA valorisent la fraĂźcheur des contenus et les interactions dĂ©taillĂ©es, modifiant en profondeur les stratĂ©gies de rĂ©fĂ©rencement. Ătre ârepĂ©rĂ©â par un robot devient dĂ©terminant, dâautant que le taux de conversion aprĂšs recommandation algorithmique serait nettement supĂ©rieur Ă celui dâune recherche traditionnelle.
Aux Ătats-Unis, lâĂ©volution est dĂ©jĂ tangible : des achats peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s directement via ChatGPT auprĂšs de commerçants partenaires, avec commission prĂ©levĂ©e au passage. Des plateformes comme Instacart ont dĂ©veloppĂ© des interfaces permettant de passer de la planification dâun repas Ă la commande en une seule conversation. En France, les dirigeants anticipent une montĂ©e en puissance rapide, dâabord sur le non-alimentaire. Lâalimentaire demeure plus complexe : construire un panier de cinquante rĂ©fĂ©rences suppose une multitude dâarbitrages implicites â budget, promotions, prĂ©fĂ©rences nutritionnelles, contraintes logistiques â que lâintelligence artificielle ne maĂźtrise pas encore parfaitement.
Si le trafic issu des IA reste aujourdâhui marginal, il progresse rapidement. Certains acteurs envisagent dĂ©jĂ des consĂ©quences structurelles, notamment une revalorisation des hypermarchĂ©s comme entrepĂŽts de proximitĂ©, capables de rĂ©pondre efficacement Ă des commandes gĂ©nĂ©rĂ©es par conversation. AprĂšs lâĂ©chec relatif du mĂ©tavers et lâengouement pour les magasins sans caisse, lâintelligence artificielle apparaĂźt aux yeux des distributeurs comme une transformation plus crĂ©dible, car fondĂ©e sur des usages dĂ©jĂ largement adoptĂ©s par les consommateurs dans leur vie quotidienne et professionnelle.
Libération, Mesure anti fast-food, «chÚque bonne bouffe», logement⊠Le secteur de la restauration veut peser dans la campagne des municipales, 16/02/2026
Ă lâapproche des Ă©lections municipales, les organisations professionnelles de la restauration entendent peser dans le dĂ©bat public et replacer leurs enjeux au cĆur des programmes locaux. Dans un contexte de fragilisation Ă©conomique persistante, marquĂ© par la hausse des charges, les tensions sur le recrutement et lâaugmentation des loyers commerciaux, le secteur alerte sur une dynamique prĂ©occupante de fermetures, notamment Ă Paris et en Ăle-de-France. Le Groupement des hĂŽtelleries et restaurations (GHR) affirme que 25 Ă©tablissements disparaissent chaque jour dans la rĂ©gion capitale et a adressĂ© un livre blanc aux candidats.
Parmi les prioritĂ©s mises en avant figurent lâallĂ©gement de la fiscalitĂ© locale, lâharmonisation et la pĂ©rennisation des horaires de terrasses, ainsi que lâextension des horaires du mĂ©tro en soirĂ©e et le week-end. Les restaurateurs soulignent Ă©galement la question cruciale du logement des salariĂ©s, dont les horaires dĂ©calĂ©s compliquent lâaccĂšs Ă un habitat abordable Ă proximitĂ© du lieu de travail. La mise en place de quotas dans lâattribution de logements sociaux pour les jeunes travailleurs du secteur est ainsi proposĂ©e.
La concurrence des fast-foods constitue un autre point sensible. Une partie de la restauration traditionnelle dĂ©nonce une âconcurrence dĂ©loyaleâ et appelle Ă un encadrement plus strict de lâimplantation de ces enseignes. Ă lâinverse, des acteurs engagĂ©s comme Ecotable Ă©largissent le dĂ©bat en intĂ©grant les enjeux environnementaux et sociaux : interdiction de la publicitĂ© pour la malbouffe dans lâespace public, soutien Ă la transition Ă©cologique des Ă©tablissements, formation aux pratiques durables et crĂ©ation dâun âchĂšque bonne bouffeâ pour dĂ©mocratiser lâaccĂšs Ă une alimentation de qualitĂ©.
Les candidats affichent des positions contrastĂ©es, allant de lâencadrement des loyers commerciaux Ă la crĂ©ation de cantines populaires, en passant par le renforcement des pouvoirs de police municipale ou des aides Ă lâisolation phonique. Au-delĂ des divergences partisanes, la restauration cherche Ă ĂȘtre reconnue comme un acteur structurant du dynamisme urbain, du lien social et de lâattractivitĂ© touristique, et non comme une simple variable dâajustement rĂ©glementaire.
Le Figaro, «Beaucoup de restaurants ne survivront pas» : aprĂšs lâexplosion des bouillons, bientĂŽt lâoverdose ?, 20/02/2026
Longtemps tombĂ©s dans lâoubli, les bouillons connaissent depuis quatre ans un spectaculaire retour en grĂące. Ces restaurants Ă lâancienne, inspirĂ©s des Ă©tablissements populaires du XIXe siĂšcle comme Chartier Ă Paris, misent sur un triptyque clair : service continu, cuisine traditionnelle française et prix accessibles, gĂ©nĂ©ralement autour de 10 Ă 12 euros le plat. Selon le cabinet Gira Conseil, on compte dĂ©sormais plus de 250 bouillons en France, dont la majoritĂ© a ouvert rĂ©cemment. PortĂ© par les tensions sur le pouvoir dâachat et la crise de la restauration traditionnelle, le concept attire de nombreux restaurateurs en quĂȘte dâun modĂšle rentable.
Mais cet engouement suscite des dĂ©rives. Lâappellation « bouillon » nâĂ©tant pas protĂ©gĂ©e, certains Ă©tablissements sâen revendiquent sans en respecter les codes, quâil sâagisse des prix, parfois bien supĂ©rieurs aux standards historiques, ou de la nature mĂȘme de la cuisine proposĂ©e, Ă lâimage de concepts italiens adoptant lâĂ©tiquette pour son pouvoir dâattraction. Pour les professionnels, le risque est rĂ©el de voir le terme perdre en crĂ©dibilitĂ© si la promesse populaire nâest plus tenue.
Le succĂšs Ă©conomique est pourtant tangible. Ă Angers, un restaurateur ayant repris une brasserie en liquidation a triplĂ© ses prĂ©visions avec trois millions dâeuros de chiffre dâaffaires la premiĂšre annĂ©e. Ă Paris, dâautres ont vu leur activitĂ© doubler aprĂšs conversion en bouillon. Le modĂšle repose toutefois sur une Ă©quation exigeante : marges serrĂ©es, volumes Ă©levĂ©s et rigueur extrĂȘme dans la gestion des coĂ»ts. « MĂ©tier de centimier », selon certains exploitants, le bouillon nĂ©cessite une grande capacitĂ© dâaccueil et une rotation rapide des tables pour ĂȘtre viable.
La qualitĂ© reste un impĂ©ratif, le « fait maison » Ă©tant au cĆur de la promesse. Pour maintenir des prix bas, certains misent sur des recettes simples ou des produits moins valorisĂ©s, comme les abats ou morceaux oubliĂ©s. MalgrĂ© la concurrence croissante, certains professionnels voient dans le bouillon une rĂ©ponse crĂ©dible face aux fast-foods, capable dâattirer jeunes actifs comme clientĂšles plus aisĂ©es en quĂȘte dâun repas rapide mais servi Ă table.
Reste la question de la saturation du marchĂ© : selon plusieurs observateurs, seuls les Ă©tablissements les plus rigoureux et les mieux dimensionnĂ©s survivront Ă lâeffet de mode.
LâUsine Nouvelle, «La vocation est de crĂ©er des champions europĂ©ens» : le fonds pour la «souveraineté» de lâagroalimentaire français se lance avec une premiĂšre enveloppe de 250 millions dâeuros, 12/02/2026
AnnoncĂ© lors du Salon de lâAgriculture 2023, le fonds public-privĂ© dĂ©diĂ© Ă la souverainetĂ© agroalimentaire française entre enfin en phase opĂ©rationnelle avec une premiĂšre enveloppe de 250 millions dâeuros. PilotĂ© par Cerea, sociĂ©tĂ© dâinvestissement spĂ©cialisĂ©e dans le secteur, le vĂ©hicule vise Ă atteindre 500 millions dâeuros Ă terme. LâĂtat constitue le principal apporteur initial, Ă hauteur dâun peu moins de 200 millions dâeuros, le solde devant provenir dâinvestisseurs institutionnels, dâassureurs, de caisses de retraite ou encore dâindustriels et de coopĂ©ratives. La rĂšgle fixĂ©e impose un Ă©quilibre : un euro public maximum pour un euro privĂ©.
Lâobjectif affichĂ© est stratĂ©gique. Lâindustrie agroalimentaire française souffre dâun dĂ©ficit dâentreprises de taille intermĂ©diaire suffisamment capitalisĂ©es pour rivaliser Ă lâĂ©chelle europĂ©enne. Le secteur perd des parts de marchĂ© et doit faire face Ă des enjeux majeurs de compĂ©titivitĂ©, dâinnovation et de transition environnementale. Le fonds entend donc soutenir lâĂ©mergence de âchampions europĂ©ensâ en prenant des participations minoritaires, avec des tickets compris entre 10 et 50 millions dâeuros.
Les cibles sont des entreprises rĂ©alisant entre 50 et 500 millions dâeuros de chiffre dâaffaires et disposant dâune stratĂ©gie de croissance ambitieuse. Une centaine dâacteurs correspondraient aux critĂšres dĂ©finis, mais une quinzaine seulement devraient ĂȘtre retenus. La durĂ©e dâinvestissement envisagĂ©e est de cinq Ă six ans, avec lâidĂ©e dâaccompagner des phases dâexpansion, dâinternationalisation ou de consolidation sectorielle.
Le lancement effectif du fonds a Ă©tĂ© retardĂ© par les incertitudes budgĂ©taires et les discussions sur la structuration du montage financier. Lâengagement du capital privĂ© demeure mesurĂ©, ce qui constitue un dĂ©fi dans un contexte Ă©conomique marquĂ© par la prudence des investisseurs.
Au-delĂ du levier financier, lâinitiative traduit une volontĂ© politique de renforcer lâancrage industriel de la filiĂšre agroalimentaire et de structurer un Ă©cosystĂšme plus robuste face Ă la concurrence internationale, dans une logique assumĂ©e de souverainetĂ© Ă©conomique.
Les Ăchos, MĂ©connaissance des lĂ©gumes, non respect des saisons : une proposition de loi pour amĂ©liorer lâĂ©ducation alimentaire des jeunes, 16/02/2026
Face Ă la dĂ©gradation des habitudes alimentaires et Ă la mĂ©connaissance croissante des produits bruts chez les jeunes gĂ©nĂ©rations, une proposition de loi portĂ©e par la dĂ©putĂ©e Olivia GrĂ©goire vise Ă instaurer des cours dâĂ©ducation alimentaire Ă lâĂ©cole primaire. AppuyĂ©e par une Ă©tude OpinionWay, lâinitiative met en lumiĂšre une rupture gĂ©nĂ©rationnelle marquĂ©e : si les 50-64 ans ont majoritairement grandi avec des repas faits maison, les plus jeunes ont Ă©tĂ© davantage exposĂ©s aux plats prĂ©parĂ©s et aux repas commandĂ©s Ă lâextĂ©rieur.
Selon lâenquĂȘte, 68 % des Français estiment que câest avant tout leur famille qui leur a transmis les bases du « bien manger », tandis que seulement 9 % citent lâĂ©cole. Cette transmission inĂ©gale accentue les disparitĂ©s sociales, tous les foyers ne disposant ni du temps ni des ressources nĂ©cessaires pour inculquer des repĂšres nutritionnels solides. Par ailleurs, la saisonnalitĂ© des produits est largement ignorĂ©e : une majoritĂ© des consommateurs achĂštent tomates ou courgettes hors saison. Certains lĂ©gumes traditionnels, comme les poireaux, choux ou endives, sont boudĂ©s par une part significative des 15-25 ans.
LâĂ©tude rĂ©vĂšle aussi la persistance dâidĂ©es reçues : une proportion importante des sondĂ©s considĂšre les lĂ©gumes surgelĂ©s comme moins sains que les frais, ou estime quâun menu de fast-food revient moins cher quâun repas Ă©quilibrĂ© prĂ©parĂ© Ă domicile. Les rĂ©seaux sociaux jouent un rĂŽle croissant dans la formation des habitudes alimentaires, servant Ă la fois de source dâinspiration et de diffusion de tendances nutritionnelles.
La proposition prĂ©voit lâinstauration dâun cours trimestriel, soit une vingtaine de sĂ©ances sur lâensemble de la scolaritĂ© primaire, intĂ©grĂ©es dans le temps dâenseignement existant. Le financement reposerait sur un fonds mixte public-privĂ©, sans possibilitĂ© pour les entreprises contributrices de bĂ©nĂ©ficier dâune visibilitĂ© ou dâun droit de regard sur les contenus.
Lâobjectif affichĂ© est double : amĂ©liorer la santĂ© publique et renforcer la culture alimentaire des futurs consommateurs, dans un contexte de progression de lâobĂ©sitĂ© chez les jeunes adultes et de difficultĂ©s structurelles pour certaines filiĂšres agricoles françaises.
Le Monde, Le poivre, une baie qui pique la curiosité, 12/02/2026
Le poivre, souvent rĂ©duit Ă un simple tour de moulin en fin de cuisson, recouvre en rĂ©alitĂ© une diversitĂ© botanique, gĂ©ographique et gustative largement mĂ©connue. Lâarticle explore cette complexitĂ© Ă travers le regard de Mathilde RĆllinger, fille du chef Olivier RĆllinger, qui a contribuĂ© Ă faire connaĂźtre les Ă©pices en France. PremiĂšre distinction essentielle : pour porter lĂ©galement le nom de « poivre » en France, lâĂ©pice doit provenir de lâespĂšce Piper nigrum. Pourtant, dâautres baies couramment appelĂ©es « poivres » â comme le timut ou le Sichuan â appartiennent Ă des genres diffĂ©rents, entretenant la confusion.
Originaire du Kerala, en Inde, le Piper nigrum sâest diffusĂ© Ă travers le monde : Cambodge, Vietnam, Sri Lanka, Cameroun, Madagascar ou BrĂ©sil. MalgrĂ© cette diversitĂ© dâorigines, lâĂ©tiquetage en grande distribution reste souvent imprĂ©cis. Or, le terroir influence fortement les arĂŽmes. Certaines sous-variĂ©tĂ©s offrent des profils distincts : notes de mangue verte, accents vĂ©gĂ©taux ou touches florales selon les rĂ©gions et les mĂ©thodes culturales. Olivier RĆllinger fut lâun des premiers Ă encourager les producteurs indiens Ă trier les variĂ©tĂ©s plutĂŽt que de les mĂ©langer, valorisant ainsi leur singularitĂ©.
La couleur du poivre ne dĂ©pend pas de sa variĂ©tĂ© mais de son stade de maturitĂ© et de son traitement post-rĂ©colte. Le vert est cueilli jeune et conservĂ© frais ou en saumure ; le noir est rĂ©coltĂ© vert puis sĂ©chĂ© au soleil, ce qui provoque son oxydation ; le rouge correspond Ă une baie arrivĂ©e Ă pleine maturitĂ© ; le blanc rĂ©sulte dâun retrait du pĂ©ricarpe par trempage. Ces procĂ©dĂ©s, ainsi que les conditions de sĂ©chage et de conservation, influencent fortement les qualitĂ©s aromatiques.
Les professionnels recommandent dâacheter le poivre en grains, afin de prĂ©server les huiles essentielles et dâĂ©viter les poudres industrielles issues de grains âĂ©puisĂ©sâ. Des artisans importateurs comme Nomie dĂ©fendent une approche de dĂ©gustation comparable Ă celle du vin, en mettant en avant notes briochĂ©es, boisĂ©es ou animales.
En cuisine, le poivre rĂ©vĂšle un potentiel souvent sous-exploitĂ©. TorrĂ©fiĂ© en Inde, transformĂ© en pĂąte au Cameroun ou infusĂ© en dessert par certains chefs français, il apporte rondeur, chaleur et relief, bien au-delĂ de son usage traditionnel dâassaisonnement final.
Inc, New Data Shows Intermittent Fasting Isnât the Weight Loss Shortcut Experts Promised, 18/02/2026
Longtemps prĂ©sentĂ© comme une stratĂ©gie nutritionnelle innovante capable dâactiver un « avantage mĂ©tabolique » spĂ©cifique, le jeĂ»ne intermittent voit aujourdâhui ses promesses relativisĂ©es par une analyse scientifique de grande ampleur. Une mĂ©ta-analyse publiĂ©e dans la Cochrane Database of Systematic Reviews a passĂ© en revue 22 essais contrĂŽlĂ©s randomisĂ©s menĂ©s entre 2016 et 2024, regroupant prĂšs de 2 000 participants rĂ©partis en AmĂ©rique du Nord, en Europe, en Australie, en Chine et au BrĂ©sil. Les chercheurs ont comparĂ© diffĂ©rentes modalitĂ©s de jeĂ»ne intermittent â restriction temporelle quotidienne, jeĂ»ne un jour sur deux ou plusieurs jours par semaine â Ă dâautres approches alimentaires, voire Ă lâabsence de changement de rĂ©gime.
Les rĂ©sultats montrent que la perte de poids observĂ©e sur environ douze mois ne prĂ©sente pas de diffĂ©rence cliniquement significative par rapport Ă des mĂ©thodes plus conventionnelles. Dans certains cas, le jeĂ»ne intermittent ne sâest pas rĂ©vĂ©lĂ© plus efficace quâun simple maintien des habitudes alimentaires. Les auteurs soulignent Ă©galement les limites mĂ©thodologiques des Ă©tudes analysĂ©es : protocoles hĂ©tĂ©rogĂšnes, durĂ©es variables, faible suivi des marqueurs de santĂ© Ă long terme, prise en compte limitĂ©e de la qualitĂ© de vie et des effets indĂ©sirables tels que fatigue, irritabilitĂ© ou maux de tĂȘte.
Certaines recherches suggĂšrent que des bĂ©nĂ©fices mĂ©taboliques mesurables pourraient apparaĂźtre aprĂšs plusieurs jours consĂ©cutifs de jeĂ»ne, mais ces conditions ne correspondent pas toujours aux protocoles testĂ©s dans les essais retenus. De plus, les populations Ă©tudiĂ©es ne reflĂštent pas toujours les profils les plus concernĂ©s par lâobĂ©sitĂ© ou les troubles mĂ©taboliques, ce qui limite la portĂ©e gĂ©nĂ©ralisable des conclusions.
Les chercheurs appellent ainsi Ă des Ă©tudes plus longues et plus diversifiĂ©es, intĂ©grant des variables comme le genre, lâĂąge ou le statut socio-Ă©conomique. En lâĂ©tat des connaissances, le jeĂ»ne intermittent apparaĂźt davantage comme une modalitĂ© alimentaire parmi dâautres, dont lâefficacitĂ© dĂ©pend du contexte individuel, plutĂŽt que comme un levier mĂ©tabolique supĂ©rieur ou une solution universelle de perte de poids.
Food & Wine, From Wartime Japan to Weeknight Casseroles, Panko Changed the Way America Cooks, 17/02/2026
DerriĂšre la texture aĂ©rienne et le croustillant caractĂ©ristique du panko se cache une trajectoire historique singuliĂšre, Ă la croisĂ©e de lâinnovation technologique et de la mondialisation alimentaire. Cette chapelure japonaise, aujourdâhui solidement installĂ©e dans les cuisines amĂ©ricaines, trouve son origine dans le Japon des annĂ©es 1930. LâarmĂ©e impĂ©riale met alors au point un four Ă©lectrique capable de cuire du pain sans produire de fumĂ©e, afin dâĂ©viter de signaler la prĂ©sence des troupes sur le front. Ce procĂ©dĂ© donne naissance Ă un pain sans croĂ»te, Ă la mie particuliĂšrement lĂ©gĂšre, qui se prĂȘte idĂ©alement Ă la fabrication dâune chapelure en flocons irrĂ©guliers.
AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, lâabondance de blĂ© issue de lâaide amĂ©ricaine et le dĂ©veloppement des infrastructures Ă©lectriques favorisent lâindustrialisation du procĂ©dĂ©. Les fabricants constatent rapidement les propriĂ©tĂ©s distinctives du panko : des particules plus larges et moins compactes que la chapelure occidentale traditionnelle, une absorption dâhuile rĂ©duite et un croustillant qui se maintient plus longtemps, y compris aprĂšs rĂ©chauffage. Au Japon, diffĂ©rentes catĂ©gories coexistent â fraĂźche, semi-sĂ©chĂ©e et sĂ©chĂ©e â cette derniĂšre Ă©tant celle principalement exportĂ©e vers les Ătats-Unis.
Introduit dans les Ă©piceries japonaises amĂ©ricaines dĂšs les annĂ©es 1960, le panko reste longtemps un produit communautaire avant dâĂȘtre adoptĂ© par les chefs et les magazines culinaires dans les annĂ©es 1990. Son succĂšs repose sur sa neutralitĂ© gustative et sa grande polyvalence : panure de viandes et poissons, garniture de gratins, alternative aux breadcrumbs dans les recettes italiennes ou amĂ©ricaines. Contrairement Ă dâautres ingrĂ©dients asiatiques au goĂ»t marquĂ©, il sâintĂšgre sans effort aux rĂ©pertoires occidentaux.
En 2023, le panko reprĂ©sente prĂšs de 40 % des ventes de chapelure aux Ătats-Unis, illustrant son ancrage durable. Dâinnovation militaire Ă produit de grande consommation premium, il incarne la circulation contemporaine des savoir-faire culinaires et lâintĂ©gration progressive dâĂ©lĂ©ments techniques asiatiques dans les pratiques domestiques occidentales.
Eater, Salt Bread Is Ready to Win Over the World, 17/02/2026
Le salt bread, appelĂ© shio pan au Japon, sâimpose progressivement comme une nouvelle rĂ©fĂ©rence mondiale en matiĂšre de boulangerie tendance. Ă premiĂšre vue, il Ă©voque un petit croissant dorĂ©, mais sa structure diffĂšre profondĂ©ment de la viennoiserie française. Il sâagit dâune pĂąte enrichie, roulĂ©e autour dâun morceau de beurre qui, en fondant Ă la cuisson, crĂ©e une base intensĂ©ment croustillante et caramĂ©lisĂ©e. Cette technique gĂ©nĂšre une cavitĂ© interne caractĂ©ristique, parfois surnommĂ©e âbutter holeâ, et confĂšre au produit un contraste marquĂ© entre croĂ»te croustillante et mie filante.
NĂ© au Japon au milieu des annĂ©es 2010 â notamment popularisĂ© par la boulangerie Pain Maison â le salt bread a connu une vĂ©ritable explosion en CorĂ©e du Sud au dĂ©but des annĂ©es 2020. Câest lĂ que le produit devient viral, portĂ© par la culture cafĂ©-boulangerie corĂ©enne et par la puissance des rĂ©seaux sociaux. VidĂ©os de dĂ©gustation, plans serrĂ©s sur la base croustillante, comparatifs entre enseignes : le pain devient un objet visuel parfaitement adaptĂ© aux plateformes numĂ©riques. En CorĂ©e, certaines boulangeries spĂ©cialisĂ©es transforment le salt bread en destination touristique.
Le phĂ©nomĂšne gagne ensuite les Ătats-Unis, oĂč des Ă©tablissements comme Justinâs Salt Bread Ă New York misent sur une approche monoproduit, tandis que dâautres dĂ©veloppent des dĂ©clinaisons plus audacieuses : garnitures au maĂŻs, au fromage, Ă la crĂšme Ă lâail, au sĂ©same noir ou Ă la confiture de kaya. Cette capacitĂ© dâhybridation contribue Ă son attractivitĂ©.
ComparĂ© au croissant, le salt bread prĂ©sente un avantage technique dĂ©terminant : il ne nĂ©cessite pas de pĂąte laminĂ©e ni de laminoir industriel. Moins exigeant en Ă©quipement et en main-dâĆuvre spĂ©cialisĂ©e, il offre pourtant une expĂ©rience beurrĂ©e et croustillante proche des standards europĂ©ens. Ce rapport efficacitĂ©/rĂ©sultat en fait un produit stratĂ©giquement intĂ©ressant pour de jeunes boulangeries.
New York Times, My Dinner Date With A.I., 13/02/2026
Ă New York, un pop-up prĂ©sentĂ© comme le premier « cafĂ© de rencontre avec une intelligence artificielle » a proposĂ©, Ă lâapproche de la Saint-Valentin, une expĂ©rience hybride mĂȘlant restauration et technologie relationnelle. OrganisĂ© par la plateforme EVA AI, lâĂ©vĂ©nement invitait les participants Ă sâinstaller seuls Ă une table de restaurant, casque audio sur les oreilles, face Ă un smartphone diffusant lâimage et la voix dâun avatar conversationnel. Chaque âdateâ numĂ©rique disposait dâune identitĂ© construite â profession, quartier de rĂ©sidence, traits de personnalitĂ© â destinĂ©e Ă renforcer lâillusion dâune rencontre authentique.
Le dispositif met en scĂšne une situation volontairement dĂ©stabilisante : flirter avec un Ă©cran dans un lieu public traditionnellement dĂ©diĂ© Ă la sociabilitĂ© rĂ©elle. Si les Ă©changes peuvent sembler fluides au premier abord, les limites technologiques apparaissent rapidement. Les rĂ©ponses restent souvent gĂ©nĂ©riques, parfois rĂ©pĂ©titives, et lâavatar peine Ă intĂ©grer les interactions du monde rĂ©el â serveur interrompant la conversation, bruit ambiant, gestes ou plats partagĂ©s. LâexpĂ©rience souligne lâĂ©cart persistant entre simulation conversationnelle et intelligence Ă©motionnelle humaine.
Au-delĂ du gadget marketing, lâinitiative interroge la montĂ©e en puissance des applications promettant des compagnons virtuels personnalisĂ©s, toujours disponibles et adaptables aux prĂ©fĂ©rences de lâutilisateur. Dans un contexte de solitude accrue et de transformation des modes de rencontre, ces outils se prĂ©sentent comme des substituts relationnels sĂ©curisĂ©s et sans risque. Certains participants dĂ©crivent lâexpĂ©rience comme amusante ou intrigante ; dâautres y voient le symptĂŽme dâun isolement technologique grandissant.
LâĂ©vĂ©nement soulĂšve Ă©galement des questions Ă©conomiques pour la restauration : un modĂšle reposant sur des clients seuls, concentrĂ©s sur un Ă©cran, peut-il ĂȘtre viable dans la durĂ©e ? Plus largement, cette expĂ©rience met en lumiĂšre lâirruption des technologies affectives dans des espaces physiques traditionnels.
Forbes, How An All-You-Can-Eat Buffet Epitomizes The French Luxury Travel Market, 17/02/2026
Pour les AmĂ©ricains, le concept dâ« all-you-can-eat » Ă©voque gĂ©nĂ©ralement une offre abondante mais standardisĂ©e, souvent associĂ©e Ă la restauration familiale ou Ă des chaĂźnes Ă bas coĂ»t. Lâarticle montre comment Les Grands Buffets, Ă Narbonne, renversent radicalement cette perception en appliquant le principe du buffet Ă volontĂ© Ă la gastronomie française classique.
Dans un centre commercial ordinaire du sud de la France, lâĂ©tablissement fondĂ© en 1989 par Louis Privat accueille environ 400 000 convives par an. Loin dâun buffet utilitaire, le lieu se prĂ©sente comme un conservatoire vivant de la cuisine dâAuguste Escoffier. Foie gras dĂ©clinĂ© en plusieurs recettes, liĂšvre Ă la royale, bĆuf bourguignon, crĂȘpes Suzette flambĂ©es en salle : lâoffre revendique un ancrage dans la haute tradition française. Le restaurant dĂ©tient dâailleurs le record Guinness du plus grand plateau de fromages proposĂ© dans un Ă©tablissement, avec plus de 110 rĂ©fĂ©rences.
Pour un observateur amĂ©ricain, la singularitĂ© du modĂšle tient dans lâalliance entre abondance et sophistication. Le service en argenterie, les dĂ©coupes rĂ©alisĂ©es devant les clients et la sĂ©lection impressionnante de vins et champagnes rappellent davantage un banquet aristocratique quâun buffet contemporain. Lâ« unlimited » nâest pas synonyme de dĂ©mesure dĂ©sordonnĂ©e, mais dâaccĂšs Ă©largi Ă un rĂ©pertoire culinaire historiquement associĂ© au luxe et Ă la raretĂ©.
Lâarticle replace cette expĂ©rience dans une histoire plus large du buffet en France, hĂ©ritĂ©e des rĂ©ceptions princiĂšres et du « buffet froid », ainsi que dans la tradition nationale de lâhospitalitĂ© gastronomique. Pour le public amĂ©ricain, habituĂ© Ă opposer fine dining et all-you-can-eat, Les Grands Buffets apparaissent comme une hybridation inattendue : un modĂšle inclusif qui conserve les codes du prestige.
Cette rĂ©ussite interroge la perception internationale de la gastronomie française, souvent associĂ©e Ă la haute cuisine Ă©toilĂ©e et au service Ă lâassiette. Ă Narbonne, le patrimoine culinaire devient spectacle collectif, sans perdre son aura. LâĂ©tablissement illustre ainsi une forme de luxe dĂ©mocratisĂ© qui surprend et fascine au-delĂ des frontiĂšres françaises.
Wall Street Journal, The Booming Business of Luxury Grocery Stores, 10/02/2026
Aux Ătats-Unis, un segment spĂ©cifique du commerce alimentaire connaĂźt une expansion soutenue : celui des Ă©piceries de luxe. Lâarticle analyse ce phĂ©nomĂšne comme le symptĂŽme dâune polarisation accrue du marchĂ©, oĂč les consommateurs les plus aisĂ©s recherchent non seulement des produits premium, mais une expĂ©rience globale diffĂ©renciante. Ă rebours des supermarchĂ©s traditionnels centrĂ©s sur le prix et lâefficacitĂ©, ces enseignes misent sur la scĂ©nographie, la raretĂ© et le service personnalisĂ©.
Ces magasins se distinguent par une sĂ©lection pointue : produits importĂ©s, spĂ©cialitĂ©s artisanales, ingrĂ©dients difficiles Ă trouver ailleurs, rĂ©fĂ©rences issues de petites productions locales ou internationales. Le positionnement ne repose pas uniquement sur la qualitĂ© intrinsĂšque des produits, mais sur leur capacitĂ© Ă raconter une histoire â origine, savoir-faire, exclusivitĂ©. Lâachat devient un acte culturel autant quâalimentaire.
LâexpĂ©rience en magasin constitue un levier central. Architecture soignĂ©e, Ă©clairages Ă©tudiĂ©s, prĂ©sentations dignes de vitrines de mode, dĂ©gustations et conseils experts contribuent Ă transformer lâĂ©picerie en lieu de destination. Certaines enseignes intĂšgrent cafĂ©s, comptoirs de restauration ou Ă©vĂ©nements culinaires, renforçant la dimension communautaire et expĂ©rientielle. Le modĂšle sâapparente parfois davantage Ă un concept store quâĂ un commerce de proximitĂ© classique.
Dans un contexte dâinflation alimentaire, ces Ă©piceries haut de gamme parviennent paradoxalement Ă prospĂ©rer. Elles ciblent une clientĂšle moins sensible aux variations de prix et prĂȘte Ă payer une prime pour la qualitĂ© perçue, la traçabilitĂ© et le sentiment dâexclusivitĂ©. Les marges y sont supĂ©rieures Ă celles de la grande distribution traditionnelle, ce qui permet dâabsorber des coĂ»ts dâexploitation plus Ă©levĂ©s liĂ©s Ă lâemplacement urbain stratĂ©gique et au service renforcĂ©.
Ce dĂ©veloppement reflĂšte une mutation plus large du commerce alimentaire amĂ©ricain : face Ă la standardisation et Ă la concurrence des gĂ©ants discount, une partie du marchĂ© se repositionne sur la valeur ajoutĂ©e, lâesthĂ©tique et la diffĂ©renciation. LâĂ©picerie de luxe devient ainsi un symbole de distinction sociale et dâexpĂ©rience immersive, oĂč lâacte dâachat se confond avec une forme de lifestyle.
The New Yorker, Why We Canât Stop Readingâand WritingâFood Diaries, 09/02/2026
Les âfood diariesâ, ces journaux dĂ©taillant ce quâune personne mange et dĂ©pense sur une pĂ©riode donnĂ©e, connaissent un succĂšs croissant dans la presse anglo-saxonne et sur les plateformes numĂ©riques. Lâarticle analyse ce phĂ©nomĂšne comme rĂ©vĂ©lateur dâune transformation plus profonde de notre rapport Ă lâalimentation, Ă lâidentitĂ© et Ă la transparence. Ă premiĂšre vue anecdotiques, ces rĂ©cits minutieux â petit-dĂ©jeuner, cafĂ© achetĂ© Ă emporter, dĂźner cuisinĂ© ou commandĂ© â deviennent de vĂ©ritables micro-autobiographies.
Leur attrait tient Ă un mĂ©lange dâintimitĂ© et de quantification. Contrairement aux critiques gastronomiques ou aux recettes, les food diaries sâintĂ©ressent au quotidien brut : montants dĂ©pensĂ©s, contraintes de temps, arbitrages entre produits bio et promotions, tentations sucrĂ©es ou repas improvisĂ©s. Chaque choix alimentaire dĂ©voile implicitement un mode de vie, un niveau de revenu, une organisation familiale ou professionnelle. Lâalimentation devient ainsi un indicateur socio-Ă©conomique aussi parlant quâun relevĂ© bancaire.
Le format sĂ©duit Ă©galement parce quâil offre une illusion de transparence. Dans une Ă©poque marquĂ©e par la mise en scĂšne de soi sur les rĂ©seaux sociaux, les food diaries promettent un accĂšs non filtrĂ© au rĂ©el. Pourtant, lâĂ©criture mĂȘme de ces journaux introduit une dimension performative : savoir que ses choix seront lus peut influencer la maniĂšre de consommer ou de raconter. Les repas deviennent des marqueurs moraux, rĂ©vĂ©lant notre conformitĂ© â ou non â aux normes contemporaines de santĂ©, de durabilitĂ© et de responsabilitĂ©.
Lâarticle souligne aussi la dimension voyeuriste du phĂ©nomĂšne. Lire les habitudes alimentaires dâun inconnu revient Ă pĂ©nĂ©trer dans son intimitĂ© la plus quotidienne. Cette curiositĂ© dĂ©passe la simple gastronomie : elle rĂ©pond Ă un besoin de comparaison, voire de validation sociale.
MinistĂšre de lâAgriculture, StratĂ©gie nationale pour lâalimentation, la nutrition et le climat 2025/2030
LâĂ©tude mentionnĂ©e dans le premier article de la newsletter
Câest tout pour aujourdâhui.
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A la semaine prochaine!
O. Frey

















