đŸđđ Eat's business đđ·đ§ 2026-06
Bonjour Ă toutes et Ă tous, Eatâs Business est une newsletter dans laquelle vous trouverez une revue de presse de quelques articles sur le monde de lâalimentaire qui mâont semblĂ© intĂ©ressants dans la semaine prĂ©cĂ©dente.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Le Monde, La balance commerciale agroalimentaire française dĂ©croche massivement mais reste dans le vert en 2025, 06/02/2026 + Le Figaro, Alimentation : comment la France est devenue dĂ©pendante de lâĂ©tranger, 06/02/2026
La Tribune, SantĂ© : les dĂ©putĂ©s lancent lâoffensive contre les aliments ultra-transformĂ©s, 03/02/2026
New York Times, The New Key to Restaurant Success? A Simple but Clever Model., 02/02/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
Le Monde, La balance commerciale agroalimentaire française dĂ©croche massivement mais reste dans le vert en 2025, 06/02/2026 + Le Figaro, Alimentation : comment la France est devenue dĂ©pendante de lâĂ©tranger, 06/02/2026
LâannĂ©e 2025 marque un tournant inquiĂ©tant pour la balance commerciale agroalimentaire française, qui, bien que restant symboliquement excĂ©dentaire (+200 millions dâeuros), affiche une dĂ©gradation sans prĂ©cĂ©dent. Ce solde, historiquement positif depuis plusieurs dĂ©cennies, a chutĂ© de maniĂšre brutale par rapport Ă 2024 (+3,9 milliards dâeuros) et se trouve au plus bas depuis 25 ans. Ce recul tĂ©moigne dâun affaiblissement structurel du secteur agricole et agroalimentaire, aggravĂ© par un contexte international tendu et des contraintes internes persistantes.
Du cĂŽtĂ© des importations, la facture sâest alourdie notamment sur les produits tropicaux comme le cafĂ©, le cacao et le thĂ©, dont les prix ont flambĂ© sous lâeffet de la spĂ©culation. Ă cela sâajoutent des hausses sur les produits laitiers, le beurre, la viande, qui pĂšsent lourdement sur les comptes. En parallĂšle, les exportations reculent, particuliĂšrement dans le secteur stratĂ©gique des vins et spiritueux. Le cognac, notamment, subit une forte baisse (-15 % en volume, -25 % en valeur), en raison des tensions commerciales avec la Chine, dâune consommation en baisse aux Ătats-Unis, et de la dĂ©gradation de la paritĂ© euro-dollar. Le secteur viticole dans son ensemble, pourtant contributeur net avec 14,3 milliards dâeuros dâexcĂ©dent en 2024, a Ă©tĂ© plombĂ© en 2025.
Le dĂ©clin de la souverainetĂ© alimentaire française va au-delĂ de la conjoncture. Le Figaro insiste sur une Ă©rosion progressive de la capacitĂ© productive nationale, illustrĂ©e par la dĂ©pendance croissante aux importations (viande, fruits, lĂ©gumes, produits laitiers) et une perte dâautosuffisance dans plusieurs filiĂšres : la volaille (75 %), les Ćufs, ou encore le beurre, dont un quart est dĂ©sormais importĂ©. Les filiĂšres peinent Ă rĂ©pondre Ă la demande intĂ©rieure en raison dâobstacles structurels : rĂ©glementations contraignantes, lourdeurs administratives, blocages sociĂ©taux (recours juridiques, opposition Ă lâinstallation dâĂ©levages). Ce dĂ©calage entre une demande croissante et une offre nationale en repli entraĂźne une perte de compĂ©titivitĂ© sur les marchĂ©s extĂ©rieurs et une dĂ©pendance accrue Ă lâĂ©gard de pays voisins comme lâAllemagne, la Belgique ou les Pays-Bas.
Les Ăchos, « Il y a le risque dâune forme de dĂ©sagricolisation de la sociĂ©tĂ© française », 06/02/2026
Thierry Pouch, Ă©conomiste en chef aux Chambres dâagriculture France, dresse un constat alarmant du recul de lâagriculture française. Si la France demeure le premier pays agricole de lâUnion europĂ©enne en valeur absolue, elle voit son poids relatif sâeffriter, passant de prĂšs de 20 % Ă 16 % de la production europĂ©enne. Cette Ă©rosion est dâautant plus marquĂ©e face Ă des concurrents dynamiques comme la Pologne (+75 % de croissance agricole depuis 2014), lâEspagne (+46 %) ou lâIrlande (+60 %), contre seulement +18 % pour la France.
Selon Thierry Pouch, les signaux du dĂ©crochage Ă©taient perceptibles dĂšs la crise Ă©conomique de 2008-2012 : lâexcĂ©dent traditionnel de la France reposait surtout sur les Ă©changes intra-europĂ©ens, qui se sont depuis affaiblis. En 2025, la France enregistre un dĂ©ficit de 4 milliards dâeuros avec ses partenaires europĂ©ens, notamment en raison de la perte de compĂ©titivitĂ© face Ă des pays plus souples sur le plan normatif et organisationnel. LâentrĂ©e potentielle de lâUkraine dans lâUnion europĂ©enne fait planer une menace supplĂ©mentaire, notamment sur les cĂ©rĂ©ales, la viande de volaille ou les olĂ©agineux.
LâĂ©conomiste souligne que la politique agricole commune (PAC) ne mĂ©rite plus son nom : il sâagirait plutĂŽt dâune politique agricole concurrentielle, tant les Ătats membres adoptent des stratĂ©gies divergentes. LâEspagne, par exemple, a su dĂ©velopper une stratĂ©gie export offensive, facilitant lâagrandissement des exploitations et le dĂ©veloppement du « made in Spain », alors quâen France, les contraintes rĂ©glementaires et la pression sociĂ©tale freinent les projets, comme lâextension des Ă©levages avicoles.
Face Ă cette situation, Thierry Pouch insiste sur la nĂ©cessitĂ© dâun vĂ©ritable plan stratĂ©gique de long terme. Il remet en cause lâorientation exclusive vers la montĂ©e en gamme, inadaptĂ©e en pĂ©riode de crise Ă©conomique oĂč le consommateur recherche dâabord des prix accessibles. Il plaide pour une stratĂ©gie Ă plusieurs Ă©tages : produits standards, milieu de gamme et premium, afin de rĂ©pondre Ă une diversitĂ© de marchĂ©s. Il appelle Ă©galement Ă un renforcement des outils industriels, notamment pour la viande transformĂ©e, et Ă une relance de la production nationale, affaiblie par le manque dâĂ©leveurs et lâeffondrement de certains maillons.
Il alerte Ă©galement sur le rĂŽle gĂ©ostratĂ©gique de lâagriculture, Ă lâheure oĂč des puissances comme la Chine ou la NorvĂšge constituent des stocks stratĂ©giques. En France, les choix budgĂ©taires inquiĂštent : la PAC, qui reprĂ©sentait 66 % du budget europĂ©en en 1992, tombera Ă 15 % dâici 2028. Le recul de la place accordĂ©e Ă lâagriculture est perçu comme un risque majeur pour lâĂ©quilibre social, Ă©conomique et stratĂ©gique du pays.
Enfin, il Ă©voque quelques facteurs conjoncturels qui pourraient attĂ©nuer la chute Ă court terme : le repli du cours du cacao, la bonne tenue des exportations cĂ©rĂ©aliĂšres en 2025, et lâĂ©ventuelle remise en cause des droits de douane instaurĂ©s par Donald Trump, si la Cour suprĂȘme amĂ©ricaine les invalide. Mais ces Ă©lĂ©ments ne suffiront pas sans une remise Ă plat structurelle de la stratĂ©gie agricole française et europĂ©enne.
LâUsine Nouvelle, Moins de fermetures que dâouvertures : les brasseries françaises entrevoient la fin de la crise et se tournent vers la biĂšre sans alcool, 04/02/2026
AprĂšs deux annĂ©es de turbulences, le secteur brassicole français semble enfin sortir la tĂȘte de lâeau. En 2025, les chiffres publiĂ©s par le syndicat Brasseurs de France rĂ©vĂšlent un lĂ©ger excĂ©dent des ouvertures sur les fermetures (213 contre 209), pour une stabilitĂ© autour de 2 500 brasseries dans lâHexagone. Si les volumes de vente sont encore en retrait hors domicile (-1,5 %), ils repartent lĂ©gĂšrement Ă la hausse Ă domicile (+1,2 %), reprĂ©sentant dĂ©sormais les deux tiers des ventes totalesïżŒ.
Ce redressement intervient aprĂšs un essor trĂšs rapide du secteur entre 2010 et 2015, suivi dâun recul post-Covid ayant fragilisĂ© de nombreuses microbrasseries, notamment celles en phase dâinvestissement. Les nouvelles ouvertures observĂ©es en 2025 se concentrent sur des structures de plus petite taille, souvent connectĂ©es directement Ă des lieux de consommation (bars, restaurants, circuits courts), un modĂšle plus rĂ©silient en pĂ©riode de crise Ă©conomique et de transformation des usagesïżŒ.
La grande distribution enregistre une croissance modeste des ventes de biĂšre (+0,9 % selon Nielsen), mais lâun des signaux les plus encourageants concerne le segment de la biĂšre sans alcool, qui connaĂźt une croissance spectaculaire de 11,5 % en un an. Cette tendance, dĂ©jĂ forte Ă lâinternational, prend dĂ©sormais racine en France, portĂ©e par une Ă©volution des modes de consommation, une attention croissante portĂ©e Ă la santĂ©, et par des progrĂšs notables en matiĂšre de goĂ»t et de formulation des biĂšres sans alcool. Aujourdâhui, 40 % des brasseurs français produisent dĂ©jĂ ce type de biĂšre, et 30 % supplĂ©mentaires ont des projets en cours de dĂ©veloppementïżŒ.
CĂŽtĂ© acteurs industriels, le groupe Carlsberg, propriĂ©taire de Kronenbourg, affiche une croissance organique lĂ©gĂšrement nĂ©gative (-0,6 %) en 2025, contre +2,4 % en 2024. Toutefois, ses volumes de vente de biĂšre sans alcool ont doublĂ©, confirmant le potentiel de ce segment comme levier de croissance Ă moyen terme. La dynamique du sans alcool est donc perçue comme un axe stratĂ©gique durable par les brasseurs, notamment pour sĂ©duire une clientĂšle jeune, urbaine et soucieuse de son bien-ĂȘtre.
LâUsine Nouvelle, «LâĂ©picerie bio croĂźt trois fois plus vite que le conventionnel» : derriĂšre les marques Bjorg et Bonneterre, le groupe Ecotone confirme une reprise encourageante en 2025, 03/02/2026
AprĂšs plusieurs annĂ©es de dĂ©clin post-Covid, le bio semble reprendre des couleurs. LâannĂ©e 2025 a marquĂ© une inflexion positive pour le secteur, notamment pour Ecotone, leader europĂ©en de lâĂ©picerie bio avec des marques emblĂ©matiques comme Bjorg et Bonneterre. Lâentreprise affiche un chiffre dâaffaires en hausse de 4,8 %, Ă 708 millions dâeuros, tirĂ© avant tout par les volumes (+2,7 %), une dynamique notable dans un contexte de consommation globalement morose.
Ecotone attribue cette croissance Ă plusieurs facteurs : dâune part, une reprise des ventes Ă lâexport, en particulier au Royaume-Uni (+8,7 %), aux Pays-Bas (+7 %) et en Espagne (+5,1 %) ; dâautre part, Ă une meilleure performance dans les magasins spĂ©cialisĂ©s, avec une progression de +7 % en valeur et +5,5 % en volume. En France, lâĂ©picerie bio progresse trois fois plus vite que lâalimentation conventionnelle, un indicateur encourageant qui tĂ©moigne dâun retour de lâintĂ©rĂȘt des consommateurs pour les produits sains, en dĂ©pit de la pression sur le pouvoir dâachatïżŒ.
Lâentreprise met en avant les attentes santĂ© des consommateurs, qui demeurent prioritaires malgrĂ© un dĂ©sengagement des pouvoirs publics. Les inquiĂ©tudes autour des aliments ultra-transformĂ©s ou des rĂ©sidus chimiques comme lâhexane alimentent une demande pour une alimentation plus naturelle et transparente. Dans ce cadre, Ecotone continue de miser sur lâinnovation en 2026, avec des produits enrichis en fibres, protĂ©ines, et sans sucres ajoutĂ©s, notamment dans le segment en vogue de la nutrition fonctionnelle.
Cependant, Ecotone reste fermement opposĂ©e Ă lâaffichage du Nutriscore, quâelle juge inadĂ©quat pour juger la qualitĂ© globale de ses produits. En parallĂšle, le groupe ne prĂ©voit pas dâinvestissements industriels massifs Ă court terme, prĂ©fĂ©rant consolider ses acquis et amĂ©liorer lâaccessibilitĂ© de ses marques, Ă travers des partenariats stratĂ©giques avec des acteurs comme McDonaldâs ou Relay. Cette stratĂ©gie vise Ă rendre le bio plus prĂ©sent dans les lieux de consommation courante, tout en maintenant un positionnement tarifaire compĂ©titif (Ă©carts de prix jugĂ©s « minimes » sur certaines rĂ©fĂ©rences)ïżŒ.
Lâarticle rappelle Ă©galement lâun des freins historiques du bio en France : sa dĂ©connexion tarifaire avec le conventionnel, en partie liĂ©e aux marges excessives de certains maillons de la chaĂźne. Câest un des dĂ©fis quâEcotone devra surmonter pour consolider cette reprise, dâautant que le soutien des pouvoirs publics est jugĂ© insuffisant. La mise Ă lâĂ©cart de lâAgence Bio par la ministre Annie Genevard est pointĂ©e comme un mauvais signal pour le secteur.
Les Ăchos, Distribution, compĂ©titivité⊠pourquoi le lait français paie moins quâen Allemagne, 06/02/2026
Alors que le Salon de lâagriculture approche, les industriels laitiers français tirent la sonnette dâalarme sur la faible rĂ©munĂ©ration du lait en France comparĂ©e Ă lâAllemagne. Selon une Ă©tude du CNIEL, le prix moyen payĂ© en 2025 Ă©tait de 470 euros pour 1 000 litres en France, contre 520 euros en Allemagne, soit un Ă©cart de 50 euros qui sâexplique en grande partie par la valorisation insuffisante des produits en grande distribution.
En effet, 15 Ă 20 euros de cet Ă©cart seraient directement liĂ©s Ă la capacitĂ© des industriels allemands Ă faire passer des hausses de prix auprĂšs de la grande distribution, contrairement Ă leurs homologues français qui doivent souvent rogner leurs marges dĂ©jĂ faibles (1,1 % en moyenne en 2024, contre 3 % pour le reste de lâindustrie agroalimentaire). Les industriels français peinent Ă investir dans la modernisation de leurs outils, ce qui nuit Ă leur compĂ©titivitĂ©. En face, les Allemands bĂ©nĂ©ficient dâĂ©quipements plus performants, leur permettant de gĂ©nĂ©rer 15 Ă 30 euros supplĂ©mentaires par 1 000 litres grĂące Ă la production de fromages dâentrĂ©e de gamme, de protĂ©ines de lactosĂ©rum et Ă une meilleure performance Ă lâexport.
La FNIL dĂ©nonce Ă©galement la duretĂ© des nĂ©gociations commerciales avec les distributeurs. Les grandes centrales dâachat (IntermarchĂ©, Auchan, Casino, etc.) concentrent dĂ©sormais 88 % des achats de produits laitiers en France, contre 66 % en 2014, ce qui dĂ©sĂ©quilibre le rapport de force. Des conflits rĂ©cents avec des gĂ©ants comme Lactalis, dont certains produits ont Ă©tĂ© dĂ©rĂ©fĂ©rencĂ©s, illustrent cette tension. MalgrĂ© la loi Egalim, censĂ©e protĂ©ger le prix des matiĂšres premiĂšres agricoles, les industriels estiment que les distributeurs ne jouent pas le jeu, bloquant la revalorisation des prix.
Ă cela sâajoute une crise de surproduction en Europe : en Belgique, le prix du lait est tombĂ© sous les 350 euros/1 000 litres, une chute inĂ©dite depuis 2017. En France, la FĂ©dĂ©ration nationale des producteurs laitiers alerte sur le risque de voir les prix repasser sous les coĂ»ts de production, ce qui fragiliserait durablement lâamont laitier. En rĂ©ponse, Lactalis et lâUnion nationale de ses Ă©leveurs ont conclu un accord temporaire pour fĂ©vrier-mars 2026, avec une hausse exceptionnelle de 3,5 euros/1 000 litres, soit 2,7 millions dâeuros injectĂ©s pour soutenir les producteursïżŒ.
Le niveau historiquement bas de lâinflation alimentaire en France (+1,7 % en dĂ©cembre 2025, infĂ©rieur Ă la moyenne europĂ©enne) est aussi pointĂ© du doigt : sâil protĂšge le consommateur, il ralentit la crĂ©ation de valeur dans la chaĂźne, ce qui empĂȘche la France de maintenir un modĂšle agricole rentable et durable. La FNIL appelle Ă une rĂ©vision des rĂšgles de concurrence, notamment pour exclure les alliances dâachat internationales des produits Ă forte composante agricole et imposer des nĂ©gociations en France pour les biens produits localement.
LâInformĂ©, Les boulangeries PoilĂąne placĂ©es en redressement judiciaire, 06/02/2026
Figure emblĂ©matique du pain au levain artisanal, la maison PoilĂąne vient dâĂȘtre placĂ©e en redressement judiciaire par le tribunal de Paris, aprĂšs avoir Ă©tĂ© lourdement fragilisĂ©e par la fermeture temporaire de son principal atelier de production, situĂ© Ă BiĂšvres (Essonne), pour raisons dâhygiĂšne. Lors dâune inspection le 28 mai 2025, les services de la prĂ©fecture ont dĂ©couvert une situation jugĂ©e alarmante : dĂ©jections de rongeurs, cadavres dâanimaux, saletĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Cette usine, essentielle Ă lâapprovisionnement de trois des cinq boulangeries PoilĂąne ainsi quâĂ plusieurs clients de la grande distribution, a dĂ» cesser ses activitĂ©s pendant plus dâun moisïżŒ.
Cette interruption a provoquĂ© une chute brutale du chiffre dâaffaires, plongeant la sociĂ©tĂ© en cessation de paiements dĂšs janvier 2026. Lâentreprise Ă©tait dĂ©jĂ fragilisĂ©e : en 2024, elle avait rĂ©ussi Ă rĂ©duire ses pertes Ă 2,16 millions dâeuros (contre 2,53 millions lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente) pour un chiffre dâaffaires de 10,5 millions dâeuros, grĂące Ă un plan de sauvegarde validĂ© en 2024 qui comprenait lâabandon partiel de dettes et un Ă©talement sur plusieurs annĂ©es. Mais la crise sanitaire de lâĂ©tĂ© 2025 a ruinĂ© ces efforts de redressementïżŒ.
DirigĂ©e par Apollonia PoilĂąne, hĂ©ritiĂšre de la maison fondĂ©e en 1932 par son grand-pĂšre Pierre PoilĂąne, lâentreprise entend dĂ©sormais proposer un plan de continuation, possiblement avec le soutien dâun partenaire stratĂ©gique. Parmi les pistes envisagĂ©es figurent la rĂ©duction des coĂ»ts, le recentrage sur la clientĂšle professionnelle (BtoB), et une diversification vers le snacking et les pains surgelĂ©s, destinĂ©e Ă toucher une clientĂšle plus large, en particulier hors des grandes villes oĂč la marque est absente.
Toutefois, les difficultĂ©s de PoilĂąne dĂ©passent le cadre strictement sanitaire ou financier. Selon Bernard Boutboul, expert en restauration, la marque a ratĂ© le virage du digital et du marketing contemporain. Elle souffre dâun dĂ©ficit dâimage auprĂšs des jeunes gĂ©nĂ©rations, au profit de concurrents plus visibles et modernes comme Kayser, Landemaine, LibertĂ© ou Michalak. Sur les rĂ©seaux sociaux, le nom PoilĂąne ne parle plus aux 25-35 ans, pourtant cĆur de cible du renouveau du secteur de la boulangerie-pĂątisserie premium.
La Tribune, Comment Le Drive tout nu bouscule les codes de la grande distribution, 03/02/2026
LancĂ© en 2018, Le Drive tout nu est devenu en quelques annĂ©es le fer de lance de la distribution alimentaire zĂ©ro dĂ©chet en France. Le concept repose sur un modĂšle simple mais disruptif : permettre aux consommateurs de faire leurs courses en ligne, puis de les retirer en drive, en point relais, ou de se les faire livrer, le tout dans des contenants en verre consignĂ©s et rĂ©utilisables. Ce pari, novateur et ambitieux, a immĂ©diatement sĂ©duit une clientĂšle en quĂȘte de sens et dâĂ©coresponsabilitĂ©ïżŒ.
Lâenseigne connaĂźt un essor rapide, notamment aprĂšs la crise du Covid qui a amplifiĂ© les prĂ©occupations environnementales. En 2025, lâentreprise exploite quatre drives dans la rĂ©gion toulousaine, et a rĂ©pliquĂ© son modĂšle avec succĂšs Ă Lille, Bordeaux et Rennes. En 2024, elle franchit un nouveau cap avec lâouverture du Super tout nu, premier supermarchĂ© zĂ©ro dĂ©chet de France, dĂ©sormais rentable. Chaque drive gĂ©nĂšre entre 700 000 et 800 000 euros de chiffre dâaffaires par an, tandis que le supermarchĂ© atteint prĂšs dâun million dâeuros. Le chiffre dâaffaires global du groupe a bondi de 2,2 millions dâeuros en 2023 Ă 3,5 millions en 2024, avec une croissance moyenne de 30 % par an.
Lâun des atouts du Drive tout nu est de proposer plus de 3 000 rĂ©fĂ©rences couvrant lâensemble des besoins alimentaires quotidiens, avec un positionnement tarifaire entre grande distribution et magasins spĂ©cialisĂ©s. Cette compĂ©titivitĂ© est rendue possible grĂące Ă une intĂ©gration verticale complĂšte de la chaĂźne de valeur : rĂ©ception des marchandises, conditionnement, logistique, lavage des bocaux. Le panier moyen atteint 57 euros, preuve que le modĂšle attire une clientĂšle prĂȘte Ă changer ses habitudes sans exploser son budget.
Lâentreprise a Ă©galement levĂ© prĂšs de 10 millions dâeuros depuis sa crĂ©ation, dont 7 millions en 2025, pour soutenir son dĂ©veloppement. Elle entre dĂ©sormais dans une nouvelle phase stratĂ©gique avec le lancement de « Le Corner tout nu », un espace dĂ©diĂ© au vrac zĂ©ro dĂ©chet intĂ©grĂ© dans les rayons de la grande distribution traditionnelle. En partenariat avec Carrefour, ce concept est testĂ© dans une dizaine de magasins de lâagglomĂ©ration toulousaine, et devrait rapidement sâĂ©tendre Ă dâautres enseignes (IntermarchĂ©, Netto) Ă partir de fĂ©vrier 2026. Cette expansion est rendue possible par la loi Climat et RĂ©silience de 2021, qui impose aux supermarchĂ©s de plus de 400 mÂČ de rĂ©server 20 % de leur surface Ă des produits en vrac ou rĂ©employables.
SalomĂ© GĂ©raud, la co-fondatrice, insiste sur lâimportance dâune stratĂ©gie omnicanal : drive, livraison, et dĂ©sormais prĂ©sence en magasin. Lâobjectif Ă horizon 2027 est dâatteindre 25 points de vente, avec dĂ©jĂ trois nouvelles ouvertures prĂ©vues au premier semestre 2026. Lâambition affichĂ©e est de devenir pour le zĂ©ro dĂ©chet ce que Biocoop est au bio, en changeant en profondeur les pratiques de consommation.
La Tribune, SantĂ© : les dĂ©putĂ©s lancent lâoffensive contre les aliments ultra-transformĂ©s, 03/02/2026
Un large front transpartisan de dĂ©putĂ©s a lancĂ© une offensive pour encadrer plus strictement la consommation des aliments ultra-transformĂ©s (AUT), accusĂ©s dâengendrer un surcoĂ»t de 11 milliards dâeuros par an pour lâAssurance maladie. La mobilisation, soutenue notamment par lâex-ministre AgnĂšs Pannier-Runacher (Renaissance) et lâĂ©lu LR Yannick Neuder, fait suite Ă une prise de conscience politique accrue sur les enjeux sanitaires, sociaux et Ă©conomiques liĂ©s Ă lâalimentation industrielle.
Dans une tribune, les deux responsables appellent Ă la publication rapide du rapport du SNANC (StratĂ©gie nationale alimentation, nutrition, climat), encore en attente depuis 2023, et Ă lâĂ©tablissement dâune lĂ©gislation claire sur lâultra-transformation. Ils insistent sur lâurgence de rĂ©duire la consommation de ces produits, dâamĂ©liorer lâinformation du consommateur, et de protĂ©ger les enfants, particuliĂšrement ciblĂ©s par les produits salĂ©s, gras et sucrĂ©s.
La pression parlementaire sâintensifie Ă la suite de rĂ©vĂ©lations sur des blocages internes au gouvernement. En effet, une version conjointe du texte (SantĂ© + Agriculture), bien quâapprouvĂ©e Ă lâĂ©tĂ© 2025, nâa jamais Ă©tĂ© publiĂ©e, semble-t-il sous lâinfluence de lâagro-industrie. Ce silence a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme une tentative de censure des recommandations scientifiques, notamment de lâAnses, pourtant unanimes sur la nocivitĂ© des AUT. Un article de The Lancet, publiĂ© en 2025, confirme leur rĂŽle dans lâaugmentation de lâobĂ©sitĂ©, du diabĂšte, des maladies cardiovasculaires, et de la dĂ©pression.
Dans ce contexte, plusieurs propositions sont Ă lâĂ©tude :
Lâinterdiction des AUT dans les cantines scolaires et les distributeurs automatiques,
Une meilleure régulation de la publicité alimentaire destinée aux enfants,
La clarification juridique du terme « ultra-transformé »,
Et potentiellement, lâobligation dâaffichage dâun Nutriscore spĂ©cifique signalant le niveau de transformation.
La France accuse un retard sur ces enjeux, comparĂ©e Ă dâautres pays comme le BrĂ©sil ou le Royaume-Uni. Lâurgence est dâautant plus grande que ces produits reprĂ©sentent 35 % de lâapport calorique quotidien des Français. Les dĂ©putĂ©s insistent Ă©galement sur le fait que la surconsommation des AUT touche prioritairement les mĂ©nages modestes, exacerbant les inĂ©galitĂ©s sociales de santĂ©.
Enfin, la dynamique politique sâintensifie avec le dĂ©pĂŽt dâune proposition de loi « transpartisane », portĂ©e notamment par LoĂŻc Prudâhomme (LFI), pour introduire une rĂ©gulation forte des AUT. Le gouvernement, qui avait jusque-lĂ tergiversĂ©, se retrouve dĂ©sormais sous pression pour agir rapidement, avant que la colĂšre sanitaire ne rejoigne la colĂšre agricole dans lâopinion.
The Guardian, Ultra-processed foods should be treated more like cigarettes than food â study, 03/02/2026
Dans une Ă©tude percutante publiĂ©e dans la revue Milbank Quarterly, des chercheurs des universitĂ©s de Harvard, Michigan et Duke avancent que les aliments ultra-transformĂ©s (AUT) prĂ©sentent des similaritĂ©s alarmantes avec le tabac, tant dans leur mode de production que dans leur impact sur la santĂ© publique. Selon eux, ces produits doivent faire lâobjet dâune rĂ©glementation stricte, comparable Ă celle mise en place pour le tabac.
Les AUT sont conçus pour stimuler des circuits de rĂ©compense dans le cerveau, favorisant une consommation compulsive. Les auteurs dĂ©noncent lâexistence dâune âingĂ©nierie addictiveâ, comparable Ă celle des cigarettes : dosage optimisĂ© des ingrĂ©dients, formulation ciblĂ©e, marketing trompeur via des allĂ©gations comme âsans sucreâ ou âpauvre en graissesâ, assimilĂ©es Ă une forme de âhealthwashingâ. Ce processus est comparĂ© aux filtres Ă cigarettes des annĂ©es 1950, promus comme protecteurs mais sans rĂ©el effet bĂ©nĂ©fique.
La chercheuse Ashley Gearhardt (UniversitĂ© du Michigan) appuie ce parallĂšle : certains de ses patients dĂ©clarent ĂȘtre âaccros au soda ou aux beignets comme ils lâĂ©taient autrefois Ă la cigaretteâ, sans parvenir Ă sâen dĂ©faire, malgrĂ© la conscience des effets dĂ©lĂ©tĂšres.
LâĂ©tude souligne que les AUT remplissent les critĂšres dâune substance addictive : compulsivitĂ©, perte de contrĂŽle, usage continu malgrĂ© les consĂ©quences nĂ©gatives. En ce sens, les auteurs appellent Ă dĂ©placer la responsabilitĂ© individuelle vers une rĂ©gulation de lâindustrie agroalimentaire, Ă lâimage des campagnes de lutte contre le tabac. Parmi les leviers envisagĂ©s : restrictions publicitaires, poursuites judiciaires, rĂ©formes structurelles, ou encore Ă©tiquetage diffĂ©renciĂ©, comme cela se fait avec lâalcool.
Toutefois, certains experts, comme le Pr Martin Warren (Quadram Institute), nuancent ce parallĂšle. Il questionne si les AUT sont rĂ©ellement addictifs au sens pharmacologique, ou sâils exploitent des prĂ©fĂ©rences apprises et le confort de la consommation facile. Il plaide pour une approche plus centrĂ©e sur la qualitĂ© nutritionnelle, la rĂ©forme des recettes, et la diversification de lâoffre alimentaire, plutĂŽt que pour un simple mimĂ©tisme avec la politique antitabac.
Enfin, lâarticle souligne lâurgence de lâenjeu pour les pays du Sud, notamment en Afrique, oĂč des rĂ©gulations faibles et une transition alimentaire rapide exposent les populations Ă une explosion des maladies non transmissibles, faisant peser une lourde menace sur des systĂšmes de santĂ© dĂ©jĂ fragiles, selon le Dr Githinji Gitahi (Amref Health Africa).
New York Times, The New Key to Restaurant Success? A Simple but Clever Model., 02/02/2026
Un nouveau modĂšle sâimpose dans la restauration amĂ©ricaine : celui du cafĂ© âall-dayâ, ou restaurant Ă gĂ©omĂ©trie variable, qui adapte son offre tout au long de la journĂ©e. NĂ© en rĂ©ponse aux dĂ©fis Ă©conomiques et sociaux post-Covid, ce format sĂ©duit chefs crĂ©atifs et clients en quĂȘte de flexibilitĂ© et de lien social. Lâexemple phare : The Dutchess Ă Ojai (Californie), boulangerie française le matin et restaurant birman le soir.
Cette approche permet aux restaurateurs de maximiser les heures dâouverture, de diversifier les sources de revenus et de fidĂ©liser une clientĂšle variĂ©e : habituĂ©s du cafĂ© du matin, tĂ©lĂ©travailleurs, familles, ou dĂźneurs du soir. Elle rĂ©pond Ă©galement Ă une forte demande de lieux de proximitĂ© chaleureux aprĂšs lâisolement de la pandĂ©mie. Des Ă©tablissements comme Kasama Ă Chicago (deux Ă©toiles Michelin), ou Dianeâs Place Ă Minneapolis, en sont des dĂ©clinaisons ambitieuses, alliant identitĂ© culturelle forte et exigence gastronomique.
Le modĂšle est aussi portĂ© par des chefs souhaitant Ă©quilibrer vie professionnelle et personnelle. Ă Cincinnati, Cafe Mochiko se transforme dâune boulangerie asiatique en journĂ©e en restaurant japonais yoshoku le soir, permettant Ă ses fondateurs de travailler en horaires diurnes et dâĂȘtre plus autonomes, dans un lieu Ă taille humaine.
La dimension communautaire est centrale : Ă Bernieâs (Minnesota), ouvert par la cheffe Molly Yeh, on accueille des groupes dâĂ©tude, des Ă©tudiants ou des danses traditionnelles, recrĂ©ant des lieux de vie sociale au-delĂ de la seule restauration. MĂȘme logique pour Mercado Sin Nombre Ă Austin, qui revisite la tradition mexicaine des panaderĂas avec crĂ©ativitĂ© et un ancrage fort dans lâagriculture locale (ex. Twinkies au maĂŻs bleu nixtamalisĂ©).
Ces Ă©tablissements sont souvent issus de chefs formĂ©s Ă la haute gastronomie, mais qui choisissent la simplicitĂ© et lâaccessibilitĂ© : scones, soupes, petits-dĂ©jeuners soignĂ©s⊠à Los Angeles, Wildeâs propose des plats âde tous les joursâ inspirĂ©s des racines anglaises de la cheffe Natasha Price, dans un cadre convivial oĂč lâon peut revenir plusieurs fois par semaine.
En somme, ce modĂšle repose sur :
Une offre évolutive matin-midi-soir (boulangerie, café, dßner),
Une forte identité locale ou culturelle,
Une relation de proximité avec les clients réguliers,
Un modĂšle Ă©conomique rĂ©silient, adaptĂ© Ă des espaces rĂ©duits et sans pression dâinvestisseurs.
Le cafĂ© all-day, au-delĂ dâune tendance, devient un levier de transformation durable du paysage de la restauration amĂ©ricaine, entre agilitĂ© entrepreneuriale, lien social et quĂȘte dâauthenticitĂ©.
The Spoon, Fiberâs âSignalâ Has Faded in Modern Food. These Two Founders Want to Restore It, 02/02/2026
Dans un contexte oĂč les fibres alimentaires sont souvent relĂ©guĂ©es au second plan, Matt Barnard et Matt Amicucci, fondateurs de la start-up One Unlimited, ambitionnent de rĂ©habiliter leur rĂŽle fondamental dans la santĂ© mĂ©tabolique. Leur entreprise combine recherche scientifique poussĂ©e et innovation produit, notamment Ă travers one.bio, une plateforme technologique de cartographie des fibres, et GoodVice, leur marque grand public qui lance cette semaine des shakes protĂ©inĂ©s enrichis de 10 g de fibres dâavoine et 15 g de protĂ©ines.
Le constat de dĂ©part est que les fibres sont mal comprises et mal utilisĂ©es dans lâindustrie agroalimentaire. Contrairement aux vitamines et minĂ©raux, les fibres restent classĂ©es en un seul chiffre sur les Ă©tiquettes nutritionnelles, sans distinction de leur structure molĂ©culaire ni de leur interaction avec le microbiote intestinal. Pour y remĂ©dier, Amicucci â ancien chef devenu chercheur en chimie alimentaire â a dĂ©veloppĂ© avec son Ă©quipe une base de donnĂ©es propriĂ©taire appelĂ©e glycopedia, qui cartographie la structure et la fonction biologique de milliers de fibres alimentaires.
Cette cartographie permet de prĂ©dire les effets de chaque fibre sur lâorganisme, comme la rĂ©gulation de la glycĂ©mie ou la rĂ©ponse immunitaire. Le premier ingrĂ©dient issu de cette recherche, one.bio 01, est un ÎČ-glucane dâavoine, reconnu pour ses propriĂ©tĂ©s anti-inflammatoires. Il est dĂ©sormais intĂ©grĂ© aux produits GoodVice, qui se veulent agrĂ©ables Ă consommer, efficaces, et sans effets indĂ©sirables.
Barnard dĂ©fend une vision selon laquelle les aliments ultra-transformĂ©s ont perdu plus que des nutriments : ils ont perdu leur capacitĂ© Ă âcommuniquerâ avec notre corps. La fibre ne serait pas un simple Ă©lĂ©ment fonctionnel, mais un vĂ©ritable âsignal biologiqueâ permettant au microbiome intestinal dâactiver des processus bĂ©nĂ©fiques sur le mĂ©tabolisme, lâimmunitĂ© ou lâinflammation. En supprimant ces fibres au profit de la texture, de la durĂ©e de conservation ou de la rentabilitĂ©, lâindustrie aurait rendu lâalimentation âmĂ©taboliquement chaotiqueâ.
Le systÚme alimentaire industriel échouerait sur trois fronts :
1. Des fibres modifiées, mal reconnues par le microbiome ;
2. Des fibres efficaces mais au goût désagréable ;
3. Des fibres naturelles comme lâinuline qui causent des troubles digestifs Ă fortes doses.
GoodVice vise donc Ă crĂ©er des produits contenant des fibres naturelles, bien tolĂ©rĂ©es, et dotĂ©es de bĂ©nĂ©fices mesurables. Leur ambition : rĂ©injecter les âsignauxâ du vrai aliment dans les produits transformĂ©s (ex. lait vĂ©gĂ©tal avec fibres restaurĂ©es, jus de fruits avec fibres recomposĂ©es, pĂątisseries mĂ©taboliquement neutres).
Enfin, les fondateurs envisagent une nutrition personnalisĂ©e fondĂ©e sur le profil microbiotique individuel, rendue possible grĂące Ă lâintelligence artificielle et Ă la biologie des fibres. Ce futur nâest, selon eux, plus si lointain : les premiers produits sont dĂ©jĂ lĂ , et dâautres applications suivront.
Financial Times, The âlipstick effectâ now has a counterpart in the cake aisle, 02/02/2026
Alors que lâinflation pĂšse sur les budgets, les consommateurs adoptent un comportement bien connu des analystes Ă©conomiques : le âlipstick effectâ, thĂ©orie selon laquelle, en pĂ©riode difficile, les mĂ©nages se consolent par de petits achats accessibles mais gratifiants. Aujourdâhui, cette logique se dĂ©cline dans les rayons alimentaires avec une ruĂ©e sur les produits premium des grandes surfaces, notamment au Royaume-Uni.
Les enseignes de distribution comme Sainsburyâs et Tesco enregistrent des performances remarquables sur leurs gammes haut de gamme. Chez Sainsburyâs, la ligne âTaste the Differenceâ a vu ses ventes de produits frais croĂźtre de 15 % sur un an, soit prĂšs du double du taux global de ses ventes de produits frais. Tesco, de son cĂŽtĂ©, a vendu 21 millions de piĂšces de sa gamme âFinestâ de saucisses enrobĂ©es de bacon pendant les fĂȘtes, contribuant Ă une hausse de 13 % des ventes premium.
Cette premiumisation ne touche pas que les mĂ©nages aisĂ©s. Une Ă©tude de Mintel rĂ©vĂšle que plus de la moitiĂ© des foyers modestes achĂštent rĂ©guliĂšrement des produits premium. Il ne sâagit pas dâun remplacement des achats essentiels, mais dâun panier hybride : deux tiers des clients de Sainsburyâs combinent promotions prix-marchĂ©s et achats premium. Par ailleurs, la mĂ©fiance croissante envers les aliments ultra-transformĂ©s encourage certains consommateurs Ă privilĂ©gier des produits plus qualitatifs, mĂȘme au sein des marques distributeurs.
Pour les distributeurs, ces tendances restent bĂ©nĂ©fiques mais secondaires : chez Sainsburyâs, les produits premium reprĂ©sentent environ 8 % du chiffre dâaffaires. En revanche, ce phĂ©nomĂšne a un impact beaucoup plus net sur les fournisseurs. Le groupe Cranswick, partenaire de nombreux retailers, a vu ses marges brutes et opĂ©rationnelles progresser dâun point grĂące Ă ses gammes premium. Idem chez Greencore, spĂ©cialisĂ© dans les plats cuisinĂ©s, ou encore Premier Foods, qui monte en gamme via ses marques The Spice Tailor (kits de repas indiens) et Merchant Gourmet (produits cĂ©rĂ©aliers micro-ondables).
Mais attention : les relations entre fournisseurs et grandes enseignes sont parfois tendues, ces derniĂšres nĂ©gociant durement les prix. Seuls les industriels dotĂ©s de marques propres fortes semblent en mesure de prĂ©server leurs marges dans ce contexte. MalgrĂ© cela, les marchĂ©s financiers nâont pas encore pleinement valorisĂ© ces dynamiques : les actions de ces groupes se nĂ©gocient toujours Ă des niveaux proches de leurs moyennes post-pandĂ©mie, sans reflĂ©ter pleinement le potentiel de cette montĂ©e en gamme.
Financial Times, How protein rose to the top of the food chain, 01/02/2026
Le protĂ©ine sâimpose comme le nutriment phare de lâindustrie agroalimentaire mondiale. Autrefois associĂ© Ă la musculation ou Ă un public sportif, il est dĂ©sormais intĂ©grĂ© Ă une large gamme de produits du quotidien : cĂ©rĂ©ales, boissons, encas, snacks, eau, cafĂ© ou plats prĂ©parĂ©s. Des marques comme Starbucks, General Mills, PepsiCo, Danone, Chobani ou encore Fairlife (Coca-Cola) misent massivement sur cette tendance, qui croĂźt 3 Ă 4 fois plus vite que le marchĂ© alimentaire global selon AlixPartners ïżŒ.
Ce phénomÚne est alimenté par plusieurs leviers :
La popularité des régimes hyperprotéinés, relayés par les influenceurs sur les réseaux sociaux.
La généralisation des médicaments amaigrissants (GLP-1), qui favorisent la perte de masse musculaire, incitant les consommateurs à augmenter leur apport en protéines.
Une rĂ©vision controversĂ©e des recommandations nutritionnelles amĂ©ricaines par lâadministration Trump, encourageant un doublement de la consommation de protĂ©ines, au dĂ©triment des glucides.
Les entreprises agroalimentaires exploitent cette dynamique pour relancer des ventes parfois stagnantes. Par exemple :
Chipotle propose un menu âhaute protĂ©ineâ allant jusquâĂ 81 g de protĂ©ines par portion.
PepsiCo lancera en 2026 des Doritos Protein et une eau enrichie, Propel Clear Protein.
Starbucks propose des boissons protéinées, dont certaines sont promues par des célébrités comme Khloé Kardashian.
General Mills a lancé un nouveau Cheerios Protein, avec 100 M$ de ventes attendues sur un an.
Les donnĂ©es de NielsenIQ et de Keychain confirment une croissance forte des produits portant la mention « riche en protĂ©ines », avec une hausse de 4,6 % des ventes aux Ătats-Unis en 2025 et une augmentation de 64 % des recherches industrielles liĂ©es Ă la protĂ©ine.
Ce boom a de fortes implications Ă©conomiques et industrielles : le prix de la whey protĂ©inĂ©e (protĂ©ine de lactosĂ©rum) a bondi de 60 % en un an, poussant Coca-Cola Ă investir 650 millions de dollars dans une nouvelle usine dĂ©diĂ©e Ă sa marque Fairlife. Cette revalorisation dâun ancien sous-produit de la fabrication du fromage tĂ©moigne de lâĂ©volution de la chaĂźne de valeurïżŒ.
Cependant, les alternatives vĂ©gĂ©tales Ă la viande, pourtant riches en protĂ©ines, ne profitent pas de cet engouement. Les ventes de Beyond Meat ont chutĂ© de 465 Ă moins de 300 millions de dollars entre 2021 et 2025. Lâentreprise tente de se repositionner avec des boissons protĂ©inĂ©es, marquant un Ă©loignement de son cĆur de mĂ©tier.
MalgrĂ© des critiques sur la surconsommation et la part dĂ©jĂ suffisante (voire excessive) de protĂ©ines dans lâalimentation amĂ©ricaine, la dimension symbolique et santĂ© du nutriment reste intacte. Comme le rĂ©sume une analyste dâEuromonitor : « Les protĂ©ines continuent de bĂ©nĂ©ficier dâune aura quasi mythique en matiĂšre de santĂ©, qui persiste malgrĂ© une surconsommation alimentaire gĂ©nĂ©ralisĂ©e, et les consommateurs ne semblent pas prĂȘts Ă y renoncer. »
Le Salon FOODORAMA revient pour sa 3Ú édition lundi 9 et mardi 10 février
PortĂ© par Service Compris, FOODORAMA est le rendez-vous incontournable de lâentrepreneuriat food en France, rassemblant les personnalitĂ©s les plus influentes et les entrepreneurs qui font la restauration et les commerces de bouche dâaujourdâhui et de demain. En 2025, plus de 900 entrepreneurs, investisseurs, experts et professionnels du secteur Ă©taient au rendez-vous.
Au programme en 2026 : un village Partenaires, des tables-rondes 100% business, des sessions pitchs de projets à fort potentiel, des speed-dating et des masterclass avec des experts pour comprendre tous les enjeux et obtenir des conseils sur un secteur et un métier qui se transforment.
Vous trouverez toutes les informations ici.
Et bonne nouvelle : lâĂ©quipe de FOODORAMA propose une entrĂ©e gratuite Ă 10 lecteurs de Eatâs Business en utilisant le code EAT'SFDMA
Un (trÚs) long épisode de Business of Bouffe qui date du mois de septembre dernier mais qui est vraiment super intéressant car on y découvre un véritable entrepreneur de la food. Moïse Sfez a une vraie vision du marché mais surtout une obsession de la qualité du produit.
Câest tout pour aujourdâhui.
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Et si vous voulez vous pouvez mĂȘme me payer un cafĂ© ;-)
A la semaine prochaine!
O. Frey

















