đŸđđ Eat's business đđ·đ§ 2026-04
Bonjour Ă toutes et Ă tous, Eatâs Business est une newsletter dans laquelle vous trouverez une revue de presse de quelques articles sur le monde de lâalimentaire qui mâont semblĂ© intĂ©ressants dans la semaine prĂ©cĂ©dente.
Pour ceux qui veulent la version audio :
Pour ceux qui veulent la formule ristretto, les 3 articles que je vous conseille de lire en priorité cette semaine sont :
Les Ăchos, « Nous avons vocation Ă servir toutes les mĂ©tropoles » : Picnic, la formule magique du nĂ©erlandais qui fait de lâombre aux supermarchĂ©s français, 23/01/2026
Le Figaro, Le café gourmand, ce dessert qui divise les Français, 24/01/2026
New York Times, Is America Breaking Up With the Calorie?, 20/01/2026
Bonne lecture et bonne semaine Ă toutes et Ă tous!
Pour celles et ceux dâentre vous qui ont plus de temps pour la formule lungo :
Le Monde, « Dumping environnemental » : des petits producteurs français dâamandes engagent la bataille contre les gĂ©ants californiens, 20/01/2026
Cet article analyse lâoffensive juridique et politique menĂ©e par de petits producteurs français dâamandes contre la domination Ă©crasante des acteurs californiens sur le marchĂ© mondial. Au cĆur de la dĂ©marche, la Compagnie des amandes, entreprise fondĂ©e en 2018 par Arnaud Montebourg et François Moulias, qui a saisi lâAutoritĂ© de la concurrence pour dĂ©noncer un « abus de position dominante environnemental ». Lâobjectif est de faire reconnaĂźtre que la compĂ©titivitĂ© des amandes amĂ©ricaines repose sur des pratiques agricoles incompatibles avec les normes europĂ©ennes, notamment en matiĂšre dâirrigation et dâusage de pesticides.
La filiĂšre française de lâamande reste marginale : avec environ 2 000 hectares cultivĂ©s, elle ne couvre que 3 % de la consommation nationale, alors que les producteurs californiens contrĂŽlent plus de 75 % du marchĂ© mondial. En Californie, la productivitĂ© Ă©levĂ©e est rendue possible par une irrigation intensive â jusquâĂ 12 000 Ă 16 000 mÂł dâeau par hectare selon les plaignants â et par lâutilisation de substances phytosanitaires interdites dans lâUnion europĂ©enne, notamment certains nĂ©onicotinoĂŻdes. Ces pratiques permettraient aux producteurs amĂ©ricains de proposer des prix trĂšs infĂ©rieurs Ă ceux des producteurs français, confrontĂ©s Ă des normes environnementales plus strictes.
Le Almond Board of California conteste vigoureusement ces accusations. Il affirme que les chiffres avancĂ©s sur la consommation dâeau sont exagĂ©rĂ©s et que lâirrigation moyenne serait bien infĂ©rieure, autour de 3 400 mÂł par hectare, majoritairement issue dâeaux de surface. Lâorganisation assure Ă©galement respecter une rĂ©glementation rigoureuse et limiter fortement lâusage de substances controversĂ©es. Selon elle, la domination californienne sâexplique avant tout par un climat favorable, des sols adaptĂ©s et des dĂ©cennies dâinvestissements en recherche et innovation.
La Compagnie des amandes demande nĂ©anmoins des sanctions lourdes : jusquâĂ 10 % du chiffre dâaffaires mondial des entitĂ©s visĂ©es, ainsi que des mesures conditionnant lâaccĂšs au marchĂ© français au respect de critĂšres environnementaux prĂ©cis, comme un plafond de consommation dâeau et lâinterdiction de pesticides non autorisĂ©s en Europe. Si la procĂ©dure nâa pas Ă©tĂ© coordonnĂ©e avec lâensemble de la filiĂšre, certains acteurs français y voient une opportunitĂ© pour rééquilibrer la concurrence.
Les Ăchos, BousculĂ© par PepsiCo et Brets, Vico cherche la parade au rayon des chips, 22/01/2026
Cet article dĂ©crypte la stratĂ©gie de relance dâIntersnack, maison mĂšre des marques Vico, Curly et Monster Munch, confrontĂ©e Ă un ralentissement de sa croissance sur le marchĂ© français des chips. AprĂšs plusieurs annĂ©es dynamiques, marquĂ©es par 80 millions dâeuros de chiffre dâaffaires additionnel entre 2022 et 2024, le groupe a connu en 2025 une stagnation de ses ventes en France, Ă 360 millions dâeuros. Sa part de marchĂ© a reculĂ© dâun point, Ă 11,5 %, principalement au profit de Brets, acteur breton trĂšs offensif sur le segment des chips aromatisĂ©es.
La direction explique ce repli par deux facteurs majeurs. Dâune part, la sortie de lâenseigne Lidl, sur fond de dĂ©saccords tarifaires, a pesĂ© lourdement sur les volumes. Dâautre part, un marchĂ© trĂšs promotionnĂ© a pĂ©nalisĂ© les rĂ©fĂ©rences « fond de rayon », cĆur historique de Vico. MalgrĂ© ce recul, Intersnack conserve des positions solides, notamment sur les chips nature et les produits extrudĂ©s, segments oĂč le groupe reste leader.
Face Ă une concurrence accrue, notamment celle de PepsiCo et de sa marque Layâs, Intersnack affiche des ambitions claires : atteindre 13 Ă 14 % de parts de marchĂ© dâici trois ans. Pour y parvenir, le groupe mise sur une diversification accrue de ses circuits de distribution. Historiquement trĂšs prĂ©sent en hypermarchĂ©s, il entend dĂ©sormais se renforcer dans les magasins de proximitĂ©, les gares, les aires dâautoroute et le circuit hors domicile. Des Ă©quipes commerciales dĂ©diĂ©es aux grandes mĂ©tropoles françaises ont Ă©tĂ© mises en place pour soutenir cette stratĂ©gie.
Lâinnovation constitue lâautre pilier de la riposte. Pour rĂ©pondre au succĂšs des chips aromatisĂ©es, Vico va lancer plusieurs nouvelles recettes inspirĂ©es Ă la fois du terroir et des tendances internationales, comme le steak au poivre, la raclette ou le Korean BBQ. ParallĂšlement, le groupe adapte son offre aux attentes nutritionnelles : des versions de chips classiques et paysannes avec 25 % de sel en moins arrivent en rayon, ciblant notamment les consommateurs seniors. Les marques premium, comme Tyrrells, poursuivent Ă©galement leur dĂ©veloppement, avec des rĂ©fĂ©rences sans sel ou Ă base de lĂ©gumineuses.
Enfin, Intersnack soutient cette stratĂ©gie par un vaste plan dâinvestissement industriel de 100 millions dâeuros sur cinq ans, principalement concentrĂ© sur son site historique de Vic-sur-Aisne. Dans un contexte de nĂ©gociations commerciales tendues, le groupe anticipe une relative stabilitĂ© des prix, malgrĂ© la hausse persistante des coĂ»ts salariaux et Ă©nergĂ©tiques.
LibĂ©ration, «Ce plat de mĂ©moire raconte lâItalie Ă©lĂ©gante et populaire» : le vitello tonnato, cette spĂ©cialitĂ© qui a conquis la France, 17/01/2026
Lâarticle retrace lâascension du vitello tonnato dans le paysage gastronomique français, devenu en quelques annĂ©es un incontournable des cartes italiennes et au-delĂ . Longtemps mĂ©connue en France, cette spĂ©cialitĂ© piĂ©montaise mĂȘlant fines tranches de veau froid et sauce onctueuse Ă base de thon, cĂąpres et anchois sâest progressivement imposĂ©e comme un symbole de la cuisine italienne Ă la fois populaire et sophistiquĂ©e. Ă Paris notamment, elle figure aujourdâhui aussi bien dans les trattorias de quartier que dans des restaurants gastronomiques ou des bistrots chics.
Le succĂšs du plat repose sur son Ă©quilibre singulier entre terre et mer, autrefois jugĂ© dĂ©routant. Cheffes et chefs interrogĂ©s soulignent quâil sâagit dâun « plat de mĂ©moire », transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, dans lequel chaque famille italienne apporte sa touche personnelle. Certains modifient la sauce, dâautres ajustent les proportions dâanchois, de cĂąpres ou de citron. Cette plasticitĂ© explique sa capacitĂ© Ă sâadapter aux goĂ»ts contemporains et aux attentes du public français.
Lâarticle met en lumiĂšre lâĂ©volution des techniques de prĂ©paration. La cuisson du veau, traditionnellement bouillie, tend aujourdâhui vers des mĂ©thodes plus douces ou rĂŽties, afin dâobtenir une chair rosĂ©e et fondante, jugĂ©e plus appĂ©tissante visuellement et gustativement. La sauce, autrefois lourde et trĂšs proche de la mayonnaise, est dĂ©sormais allĂ©gĂ©e, parfois enrichie de yaourt grec ou montĂ©e en siphon pour gagner en lĂ©gĂšretĂ©. Ces ajustements traduisent une volontĂ© de moderniser le plat sans en trahir lâesprit.
Le vitello tonnato inspire Ă©galement de nombreuses rĂ©interprĂ©tations crĂ©atives : veau panĂ©, langue de veau, thon cru nappĂ© de sauce tonnata, ou encore dĂ©clinaisons saisonniĂšres avec lĂ©gumes dâhiver ou dâĂ©tĂ©. Des groupes de restauration comme Big Mamma contribuent Ă sa diffusion Ă grande Ă©chelle, tandis que des chefs Ă©toilĂ©s lâintĂšgrent Ă des propositions plus gastronomiques.
Au-delĂ de la mode, lâarticle insiste sur la valeur patrimoniale du vitello tonnato, rĂ©cemment cĂ©lĂ©brĂ© dans le cadre de lâinscription de la cuisine italienne au patrimoine immatĂ©riel de lâUnesco.
Libération, On a dßné avec le Club des seins, le cercle qui remet «les femmes à table et les cheffes en cuisine», 18/01/2026
Cet article plonge dans lâunivers du Club des seins, un cercle gastronomique fĂ©minin fondĂ© en 2024 par Marion Seibel, en rĂ©ponse ironique et engagĂ©e au trĂšs masculin Club des cent. Le concept repose sur des dĂźners mensuels rĂ©unissant exclusivement des femmes autour dâune gastronomie Ă la fois exigeante, conviviale et Ă©thique. Lâobjectif affichĂ© est double : cĂ©lĂ©brer le plaisir de manger sans culpabilitĂ© et donner de la visibilitĂ© aux cheffes, productrices et artisanes de lâalimentation.
Le fonctionnement du club repose sur un systĂšme de cooptation ou de sĂ©lection par questionnaire, destinĂ© Ă fĂ©dĂ©rer une communautĂ© de passionnĂ©es. Les dĂźners, organisĂ©s dans des restaurants privatisĂ©s, sont financĂ©s par les cotisations et le prix des repas, sans sponsors ni partenariats commerciaux. Les menus mettent en avant des produits de saison, issus de circuits courts ou de filiĂšres engagĂ©es, avec une attention particuliĂšre portĂ©e Ă la transparence des approvisionnements et Ă la reconnaissance de lâensemble des mĂ©tiers de la chaĂźne culinaire.
Lâarticle insiste sur la dimension sociale et symbolique du Club des seins. Dans un milieu gastronomique encore largement dominĂ© par des codes masculins, la non-mixitĂ© est vĂ©cue par de nombreuses participantes comme un espace de libertĂ©, de confiance et de parole. Certaines Ă©voquent un climat plus apaisĂ©, dĂ©barrassĂ© des rapports de domination ou de compĂ©tition, oĂč la gourmandise peut sâexprimer pleinement.
Au-delĂ du simple plaisir de la table, le club se veut porteur dâune vision engagĂ©e de la gastronomie. Il soutient ponctuellement des causes, comme la lutte contre le cancer, et sâinscrit dans une rĂ©flexion plus large sur la place des femmes dans les mĂ©tiers de bouche. Lâinitiative fait Ă©cho Ă dâautres mouvements visant Ă corriger le manque de reconnaissance des professionnelles de lâalimentation, sans pour autant se positionner comme un outil militant au sens strict.
Lâarticle donne enfin la parole Ă des observatrices critiques, qui interrogent les limites de lâentre-soi et la portĂ©e rĂ©elle de ce type dâinitiative. Mais pour sa fondatrice, le message principal reste clair : revendiquer le droit des femmes Ă manger, Ă aimer la gastronomie et Ă en parler avec expertise, sans sâexcuser.
Les Ăchos, « Nous avons vocation Ă servir toutes les mĂ©tropoles » : Picnic, la formule magique du nĂ©erlandais qui fait de lâombre aux supermarchĂ©s français, 23/01/2026
Lâarticle analyse lâascension mĂ©thodique de Picnic, start-up nĂ©erlandaise de livraison de courses Ă domicile, qui sâimpose progressivement comme un challenger crĂ©dible des grandes enseignes de la distribution française. ArrivĂ©e en France en 2021, lâentreprise affiche une croissance rapide : son chiffre dâaffaires a progressĂ© de 40 % en 2025 pour atteindre prĂšs de 140 millions dâeuros. Ă lâĂ©chelle europĂ©enne, Picnic frĂŽle dĂ©sormais les 2 milliards dâeuros de revenus, portĂ©e par ses activitĂ©s aux Pays-Bas et en Allemagne.
Le modĂšle de Picnic sâinscrit dans une dynamique de fond : en France, la livraison Ă domicile alimentaire a vu ses volumes tripler en cinq ans, mĂȘme si lâe-commerce alimentaire reste largement dominĂ© par les drives. Contrairement aux acteurs du « quick commerce » â Getir, Flink, Gorillas ou Cajoo â qui ont Ă©chouĂ© aprĂšs avoir brĂ»lĂ© massivement du cash, Picnic revendique une approche plus rationnelle, orientĂ©e vers les familles et les courses complĂštes plutĂŽt que lâultra-rapiditĂ©.
Sa promesse repose sur un triptyque clair : qualitĂ© de service, prix bas et maĂźtrise des coĂ»ts. Picnic propose environ 10 000 rĂ©fĂ©rences, livrĂ©es gratuitement Ă J+1 par une flotte de 500 vĂ©hicules Ă©lectriques, sur des crĂ©neaux trĂšs prĂ©cis de vingt minutes. Lâentreprise met en avant lâabsence de produits manquants, la fraĂźcheur irrĂ©prochable et une expĂ©rience client jugĂ©e supĂ©rieure aux standards du marchĂ©. Sur le plan tarifaire, Picnic se positionne 15 % moins cher que la moyenne des grands distributeurs, selon lâindice Distri Prix LAD, talonnant Leclerc, seul acteur Ă faire mieux.
Cet avantage prix sâexplique par une structure de coĂ»ts allĂ©gĂ©e : absence de magasins physiques, dĂ©penses marketing limitĂ©es, gaspillage quasi nul grĂące Ă des outils dâoptimisation fondĂ©s sur lâintelligence artificielle. Ă cela sâajoutent des conditions dâachat favorables, nĂ©gociĂ©es via la centrale europĂ©enne Everest, qui regroupe notamment Edeka et IntermarchĂ©. Ce dernier est devenu partenaire de Picnic en France, ses marques reprĂ©sentant prĂšs de 30 % des ventes.
GĂ©ographiquement, Picnic couvre aujourdâhui les Hauts-de-France et lâĂle-de-France, oĂč il dessert plus de 2,2 millions de foyers, sans encore livrer Paris intra-muros pour des raisons de coĂ»ts immobiliers. Lâentreprise annonce Lyon comme prochaine zone de dĂ©ploiement et affiche lâambition de couvrir toutes les grandes mĂ©tropoles françaises. Encore dĂ©ficitaire en France, Picnic vise la rentabilitĂ© rĂ©gion par rĂ©gion dĂšs 2026, soutenue par une levĂ©e de fonds de 430 millions dâeuros fin 2025, prĂ©lude Ă une expansion plus large, notamment en Europe du Sud.
Le Figaro, Le café gourmand, ce dessert qui divise les Français, 24/01/2026
Trente ans aprĂšs son apparition sur les tables françaises, le cafĂ© gourmand continue de diviser clients et professionnels, tout en restant lâun des desserts les plus commandĂ©s dans les bistrots et brasseries. AdulĂ© par les indĂ©cis et les pressĂ©s, dĂ©criĂ© par une partie des amateurs de pĂątisserie, il sâest imposĂ© comme un classique incontournable, pour le meilleur comme pour le pire. Lâarticle retrace lâhistoire, les ressorts du succĂšs et les dĂ©rives de ce dessert hybride, devenu un vĂ©ritable marqueur de la restauration hexagonale.
Le cafĂ© gourmand naĂźt officiellement en 1995 dans les restaurants La CriĂ©e, Ă lâinitiative de Bernard Boutboul, prĂ©sident du cabinet GIRA. Ă lâĂ©poque, le dĂ©fi est simple : relancer la consommation de desserts, alors en perte de vitesse. InspirĂ© des mignardises servies dans la haute gastronomie, le concept propose un expresso accompagnĂ© de petites bouchĂ©es sucrĂ©es, offrant une alternative lĂ©gĂšre et ludique au dessert classique. Le succĂšs est progressif, mais rĂ©el. Ă partir des annĂ©es 2010, prĂšs dâun restaurant sur deux le propose Ă sa carte, une proportion qui reste stable aujourdâhui.
Sur le terrain, les restaurateurs constatent son efficacitĂ© commerciale. Ă Paris, certains Ă©tablissements le placent parmi leurs desserts les plus vendus, Ă condition de jouer la carte du fait maison et de la gĂ©nĂ©rositĂ©. Mais cette popularitĂ© a un revers : le cafĂ© gourmand est exigeant en organisation, nĂ©cessitant une coordination prĂ©cise entre cuisine et salle, et sâavĂšre parfois difficile Ă gĂ©rer lors des services trĂšs frĂ©quentĂ©s. Il est aussi marquĂ© par un clivage gĂ©nĂ©rationnel : moins plĂ©biscitĂ© par les jeunes, il sĂ©duit surtout une clientĂšle plus ĂągĂ©e, attachĂ©e Ă ce format rassurant.
Lâarticle pointe surtout la dĂ©rive industrielle du concept. DĂšs les annĂ©es 2000, des acteurs comme Metro proposent des kits prĂȘts Ă lâemploi, trĂšs rentables mais souvent mĂ©diocres sur le plan gustatif. Ces versions standardisĂ©es, composĂ©es de produits surgelĂ©s ou reconditionnĂ©s, ont contribuĂ© Ă dĂ©grader lâimage du cafĂ© gourmand, devenu synonyme de bricolage pĂątissier dans de nombreux Ă©tablissements.
Face Ă ce constat, certains professionnels tentent de lui redonner ses lettres de noblesse. Depuis 2021, un « Mondial du cafĂ© gourmand » met en avant des crĂ©ations de haute volĂ©e, miniaturisĂ©es mais techniquement exigeantes, attirant un jury prestigieux et des candidats internationaux. Paradoxalement, cette reconnaissance intervient alors que le modĂšle sâessouffle : sous lâeffet de lâinflation, le cafĂ© gourmand est parfois devenu plus cher quâun dessert classique, remettant en cause lâun de ses principaux atouts.
CNBC, Why South Korean noodle companies are betting on an overseas appetite for growth, 18/01/2026
Lâarticle se penche sur la stratĂ©gie dâinternationalisation agressive des industriels sud-corĂ©ens des nouilles instantanĂ©es, qui misent sur lâexport pour soutenir leur croissance. Dans un marchĂ© domestique arrivĂ© Ă maturitĂ©, des groupes comme Nongshim, Samyang ou Ottogi cherchent Ă capter la demande mondiale, portĂ©e par la popularitĂ© croissante de la culture corĂ©enne et de la cuisine Ă©picĂ©e.
Le succÚs international des ramyeon est étroitement lié à la vague culturelle coréenne, la « Hallyu », qui englobe K-pop, séries télévisées et cinéma. Les nouilles apparaissent réguliÚrement dans des contenus culturels exportés, renforçant leur attractivité auprÚs des consommateurs étrangers. Samyang, notamment, a vu ses ventes exploser grùce à ses nouilles ultra-piquantes, devenues virales sur les réseaux sociaux.
Les industriels investissent massivement dans de nouvelles capacitĂ©s de production Ă lâĂ©tranger, notamment aux Ătats-Unis et en Europe, afin de contourner les barriĂšres logistiques et de sâadapter aux goĂ»ts locaux. Ils diversifient Ă©galement leurs recettes, proposant des versions moins Ă©picĂ©es ou adaptĂ©es aux prĂ©fĂ©rences nutritionnelles des marchĂ©s occidentaux, tout en conservant lâidentitĂ© corĂ©enne du produit.
Lâarticle souligne toutefois les dĂ©fis de cette expansion. La concurrence est rude sur le segment des nouilles instantanĂ©es, dominĂ© par des acteurs japonais et chinois bien implantĂ©s. Les entreprises sud-corĂ©ennes doivent aussi composer avec la volatilitĂ© des coĂ»ts des matiĂšres premiĂšres et les exigences rĂ©glementaires en matiĂšre de santĂ© et de nutrition.
New Yorker, How To Kill A Fish, 19/01/2026
Lâarticle sâintĂ©resse Ă une technique japonaise dâabattage du poisson â ike jime, complĂ©tĂ©e par shinkei jime â et Ă la maniĂšre dont elle transforme discrĂštement la filiĂšre de pĂȘche et la qualitĂ© du poisson servi dans certains restaurants amĂ©ricains, notamment en Californie du Sud. La journaliste suit le chef Junya Yamasaki, figure centrale de cette diffusion, lors dâune sortie en mer au large de Dana Point. La scĂšne initiale sert de dĂ©monstration : une fois le poisson ferrĂ© (ici une bonite), Junya Yamasaki neutralise rapidement lâanimal en dĂ©truisant le cerveau avec une pointe, puis insĂšre un fil mĂ©tallique le long de la colonne vertĂ©brale pour interrompre le systĂšme nerveux. Le rĂ©sultat est double : une mort plus rapide (prĂ©sentĂ©e comme plus âhumaineâ que lâasphyxie ou le coup approximatif), et surtout une qualitĂ© organoleptique supĂ©rieure.
Lâarticle explique les mĂ©canismes : en rĂ©duisant le stress et la libĂ©ration dâhormones au moment de la capture, on limite la dĂ©gradation des tissus, on retarde la rigiditĂ© cadavĂ©rique et on prolonge la fraĂźcheur. Pour les restaurateurs et pĂȘcheurs interrogĂ©s, lâeffet est spectaculaire : un poisson reste souple, brillant, dâune couleur vive, lĂ oĂč un poisson mal abattu ternit vite et âtourneâ plus rapidement. Lâarticle souligne aussi un enjeu Ă©conomique : meilleure tenue du produit, moins de pertes, capacitĂ© Ă maturer le poisson avec davantage de contrĂŽle, et donc Ă vendre plus cher une matiĂšre premiĂšre dâexception.
Lâarticle replace la pratique dans la culture japonaise, oĂč ike jime est largement rĂ©pandue dans les circuits haut de gamme et sur les marchĂ©s rĂ©putĂ©s. Aux Ătats-Unis, elle restait cantonnĂ©e aux poissons importĂ©s du Japon et aux restaurants trĂšs spĂ©cialisĂ©s. La nouveautĂ© dĂ©crite ici tient Ă lâĂ©vangĂ©lisation de Junya Yamasak auprĂšs de pĂȘcheurs locaux et dâacteurs de la restauration : sur le bateau, une petite communautĂ© de professionnels apprend, reproduit et transmet, avec une forme dâenthousiasme quasi initiatique.
Wall Street Journal, There Are 29,000 People on a Waitlist for Beansâand Itâs Not for the Fiber, 09/01/2026
Lâarticle raconte la montĂ©e en puissance spectaculaire de Rancho Gordo, entreprise amĂ©ricaine devenue lâĂ©tendard des haricots « heirloom » (variĂ©tĂ©s anciennes) aux Ătats-Unis, et met en scĂšne son fondateur Steve Sando comme un âbean kingâ Ă contre-courant des effets de mode. Depuis 2019, les ventes de Rancho Gordo auraient triplĂ© : la marque Ă©coule environ 2,5 millions de livres de haricots par an, sâappuie sur une communautĂ© de 400 000 abonnĂ©s Ă sa newsletter, et a bĂąti un modĂšle Ă©conomique rare dans lâĂ©picerie de niche : un club payant, Ă 200 dollars par an, qui donne droit Ă des envois trimestriels. Signe dâun engouement devenu presque absurde : le club compte autour de 30 000 membres⊠et prĂšs de 29 000 personnes sur liste dâattente.
Lâarticle revient notamment sur la trajectoire de Sando, obsĂ©dĂ© par le produit depuis 25 ans. Dâabord maraĂźcher et vendeur sur les âfarmers marketsâ californiens, il sâest heurtĂ© Ă une double incomprĂ©hension : la culture amĂ©ricaine associe longtemps les haricots Ă la pauvretĂ© (souvenir de la Grande DĂ©pression), tandis que les âfood co-opsâ critiquaient des prix jugĂ©s trop Ă©levĂ©s. MalgrĂ© tout, la rĂ©pĂ©tition des achats, semaine aprĂšs semaine, lui a confirmĂ© que la qualitĂ© gustative pouvait crĂ©er un marchĂ©. Un point de bascule symbolique est Ă©voquĂ© : lâintĂ©rĂȘt prĂ©coce de Thomas Keller, qui aurait mis ses haricots au menu du restaurant French Laundry, validant la promesse gastronomique du produit.
Lâarticle situe lâexplosion actuelle dans un contexte nutritionnel : obsession croissante pour les protĂ©ines et surtout les fibres, et multiplication de produits âenrichisâ (sodas, snacks, barres). Pourtant, Steve Sando refuse de rĂ©duire le haricot Ă un support de bĂ©nĂ©fices santĂ©. Son ambition est culturelle : faire des haricots un rĂ©flexe culinaire durable, pas un phĂ©nomĂšne passager. Il redoute la logique du âmomentâ, et oppose Ă la rhĂ©torique fonctionnelle une stratĂ©gie centrĂ©e sur le plaisir â textures, saveurs, bouillons, recettes, rituels domestiques (la marmite du dimanche, les restes transformĂ©s, le bouillon servi comme un shot). Le rĂ©cit conclut sur cette idĂ©e : la force de Rancho Gordo nâest pas seulement de vendre des lĂ©gumineuses, mais dâavoir rĂ©installĂ© un aliment simple dans lâimaginaire du goĂ»t, jusquâĂ le rendre âcoolâ â et extrĂȘmement rentable.
New York Times, Is America Breaking Up With the Calorie?, 20/01/2026
Lâarticle explore le dĂ©clin progressif du âcalorie-countingâ comme rĂ©fĂ©rence centrale de la nutrition aux Ătats-Unis. Longtemps considĂ©rĂ©e comme lâunitĂ© reine pour gĂ©rer le poids et la santĂ©, la calorie perd de son influence face Ă une approche plus qualitative de lâalimentation, axĂ©e sur les nutriments, la satiĂ©tĂ© et la composition des aliments.
Lâessor des mĂ©dicaments amaigrissants de type GLP-1, qui rĂ©duisent fortement lâappĂ©tit, a contribuĂ© Ă rendre le comptage des calories obsolĂšte pour une partie de la population. ParallĂšlement, les rĂ©seaux sociaux et certains courants nutritionnels critiquent de plus en plus cette approche, accusĂ©e de favoriser des comportements alimentaires dĂ©sordonnĂ©s. MĂȘme WeightWatchers, symbole historique du contrĂŽle calorique, a amorcĂ© un virage stratĂ©gique en intĂ©grant ces traitements mĂ©dicamenteux.
Lâarticle retrace lâhistoire de la calorie, depuis son origine scientifique au XIXe siĂšcle jusquâĂ son appropriation culturelle au XXe siĂšcle comme outil de contrĂŽle du poids. Lâarticle rappelle que cette unitĂ© nâa jamais Ă©tĂ© conçue pour guider des choix alimentaires complexes et quâelle ignore des paramĂštres essentiels comme la qualitĂ© nutritionnelle ou lâeffet des aliments sur la satiĂ©tĂ©.
Les nouvelles recommandations nutritionnelles amĂ©ricaines illustrent ce changement de paradigme, en mettant davantage lâaccent sur les aliments peu transformĂ©s, les protĂ©ines et les fibres, et en alertant pour la premiĂšre fois sur les dangers des produits ultra-transformĂ©s. Les consommateurs, eux, se tournent vers de nouveaux indicateurs, comme les scores nutritionnels ou le comptage des protĂ©ines.
Sans enterrer totalement la calorie, lâarticle conclut quâelle devient une information parmi dâautres, moins prescriptive et moins centrale. Ce basculement reflĂšte une Ă©volution plus large du rapport Ă la nourriture, oĂč la santĂ© est pensĂ©e comme un Ă©quilibre global plutĂŽt que comme une simple Ă©quation Ă©nergĂ©tique.
Forbes, Mushroom Coffee Maker Ryze Could Be The Next Billion-Dollar DrinkâOr A Warning Of A Bubble, 19/01/2026
Lâarticle analyse lâascension fulgurante de Ryze, marque amĂ©ricaine de « mushroom coffee » qui pourrait devenir un gĂ©ant mondial des boissons fonctionnelles, tout en soulevant les risques dâune bulle spĂ©culative. FondĂ©e en 2020 par Rashad Hossain et AndrĂ©e Werner, la start-up sâest imposĂ©e comme le leader dâun marchĂ© mĂȘlant cafĂ© et champignons adaptogĂšnes, prĂ©sentĂ©s comme bĂ©nĂ©fiques pour lâĂ©nergie, la concentration et la santĂ© digestive.
Ryze aurait gĂ©nĂ©rĂ© plus de 300 millions de dollars de chiffre dâaffaires en 2025, exclusivement via la vente en ligne et les abonnements, sans prĂ©sence physique en magasin jusquâĂ rĂ©cemment. Son entrĂ©e dans prĂšs de 2 000 magasins Target marque un tournant stratĂ©gique majeur, avec lâambition de toucher un public plus large et dâaccĂ©lĂ©rer encore sa croissance. Cette percĂ©e sâinscrit dans un contexte favorable : flambĂ©e des prix du cafĂ© traditionnel, intĂ©rĂȘt croissant pour les boissons fonctionnelles et recherche de produits perçus comme plus sains.
Le succĂšs de Ryze repose sur un marketing trĂšs agressif, largement dĂ©ployĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, et sur une communautĂ© extrĂȘmement engagĂ©e, notamment via un groupe Facebook de plusieurs centaines de milliers de membres. Toutefois, lâarticle met en lumiĂšre les fragilitĂ©s du modĂšle. La rentabilitĂ© reste faible, avec une marge estimĂ©e Ă 3 %, et certains investisseurs Ă©voquent un taux dâattrition Ă©levĂ© des abonnĂ©s, liĂ© Ă des pratiques commerciales jugĂ©es trop offensives.
Lâarticle souligne Ă©galement les controverses autour des allĂ©gations santĂ©. Si les champignons utilisĂ©s font lâobjet dâĂ©tudes scientifiques, aucune preuve clinique ne valide les bĂ©nĂ©fices spĂ©cifiques du « mushroom coffee ». Des concurrents et experts alertent sur le risque de surpromesses, susceptibles dâĂ©roder la confiance des consommateurs et dâattirer lâattention des autoritĂ©s de rĂ©gulation.
Câest tout pour aujourdâhui.
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A la semaine prochaine!
O. Frey














